Stratégies de femmes pour se sentir en sécurité en parcourant Bruxelles

Un passage sous-terrain est un lieu où l'on peut se sentir en insécurité, explique l'une des témoins de l'étude
Un passage sous-terrain est un lieu où l'on peut se sentir en insécurité, explique l'une des témoins de l'étude - © Jonas Hamers - BELGAIMAGE

"brusselsstudies.be", la revue scientifique en ligne, publie une étude qui examine comment les femmes écument Bruxelles. Quels sont les lieux qu'elles évitent? Et pourquoi? Mais l'étude se penche aussi sur ce qu'elles développent comme stratégies pour se sentir en sécurité quand elles se déplacent la nuit dans la capitale.

L'étude se base sur dix entretiens avec des femmes aux âges et profils différents. L'urbaniste Marie Gilow les a interrogées sur les lieux et moments qui les rendent mal à l'aise en ville. Et sur leurs astuces pour se sentir moins exposées à une éventuelle agression. 

De précédentes études avaient montré que les peurs des femmes ont pour effet de limiter leurs déplacements. Par ces dix rencontres, la chercheuse a voulu savoir si c'était vrai à Bruxelles et comment ces dix habitantes s'appropriaient leur ville.

Ne pas bouger ou être stratège

Un repas le soir dans un quartier qui les effraye? Certaines font le choix de ne pas s'y rendre ou alors de rester loger chez leur hôte: dans les deux cas, de renoncer au trajet qui leur fait peur.

D'autres disent chercher quelqu'un pour les accompagner, une compagnie comme condition pour se déplacer la nuit dans ce quartier-là. Et celles qui, malgré leur peur, prennent quand même le chemin du retour seules développent des stratégies.

Des astuces rassurantes

Passer vite sans regarder autour, sans répondre à d'éventuelles sollicitations. Avoir l'air "de savoir où on va". S'habiller de façon peu féminine. Choisir un itinéraire, même indirect, qui évite les rues où elles pourraient se retrouver isolées ou au contraire entourées uniquement d'hommes. Prendre un abonnement Villo ou Stib ou mieux encore, se déplacer en voiture. Chacune cherche une manière d'aller le plus vite possible du point A au point B, sans trop marcher. C'est à pied qu'elles se sentent les plus vulnérables.

Et pour gagner du temps, le smartphone est utile: il permet de repérer le bus qui arrive pour se rendre à l'arrêt en dernière minute ou la borne Villo à laquelle il reste des vélos disponibles.

Des outils qui coûtent

Une voiture, un smartphone, mais aussi un abonnement Villo ou STIB: ces outils ont un coût. La chercheuse relève que ces stratégies de protection impliquent des ressources économiques que n'ont pas toutes les femmes. Les inégalités sociales peuvent susciter des inégalités d'accès à la ville.

Une étude à creuser

L'urbaniste parle de sa recherche comme d'une première étude, qualitative, à creuser. Les lieux qui font peur ne sont pas forcément ceux qui sont le théâtre d'actes violents, mais ces sentiments d'insécurité sont tout de même à prendre en compte puisqu'ils limitent l'accès de femmes à un espace supposé public. Marie Gilow invite donc les pouvoirs publics à lire ces témoignages pour comprendre ce qui freine l'accès des femmes à certains quartiers,  pour éventuellement y remédier.

La recherche de Marie Gilow, "Déplacement des femmes et sentiment d’insécurité à Bruxelles : perceptions et stratégies",  est à découvrir sur le site de la revue scientifique en ligne brusselsstudies.be

M. Baele

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