Des pommes de terre jamais récoltées en Hesbaye

Des pommes de terre qui pourrissent dans les champs.
5 images
Des pommes de terre qui pourrissent dans les champs. - © Tous droits réservés

En Hesbaye, des pommes de terre pourrissent dans les champs. Pourquoi ? Un agriculteur de Verlaine explique qu'au-delà d'un volume produit prévu dans le contrat entre l'exploitant agricole et son marchand, l'agriculteur est en surproduction et tombe donc dans un marché libre, de surplus ou de spéculation qui les années de bons rendements, est à un prix ridicule. Entretien de Marc Mélon avec Henri Lhoest, agriculteur à Verlaine.

Henri Lhoest, des pommes de terre n’ont pas été récoltées. Comment cette situation est-elle possible ? C’est trop onéreux de les récolter ?

"Le marché de la pomme de terre en Belgique et en Europe est totalement libre, non soutenu et pas encadré. La Belgique est le plus gros transformateur européen, sans être le plus gros producteur. Le marché intérieur et les contrats entre les agriculteurs et les usines sont régis uniquement sur base de l’offre et de la demande, à un prix fixé avant la saison pour un volume déterminé. L’incertitude pour l’agriculteur est bien sûr le rendement à l’hectare, variable d’une année à l’autre. Au-delà du volume produit prévu dans le contrat, l’agriculteur est en surproduction et tombe donc dans un marché libre, de surplus ou de spéculation qui les années de bons rendements, est à vil prix, c’est un euphémisme. C’est une des raisons pour lesquelles certaines parcelles n’ont pas été récoltées. L’agriculteur ayant ses hangars remplis, ses contrats honorés et encore quelques hectares en terre. Une autre raison par rapport au fait que la récolte n’a pas lieu peut être l’état de la culture : qualité non conforme aux normes très resserrées les années d’abondance. Ce n’est pas le coût de la récolte qui est déterminant dans le fait de récolter ou non, mais plutôt le fait de ne pas savoir comment commercialiser une récolte dont on sait qu’elle ne vaut plus rien ou presque parce qu’elle est hors contrat ou hors norme. Les usines connaissent et profitent de la situation ".

Des citoyens s’interrogent. On laisse pourrir des pommes de terre dans les champs et des personnes meurent de faim. Quel est votre point de vue ?

Le problème de la faim dans le monde est causé par de multiples raisons ( géopolitiques, spéculation mauvaise répartition des richesses, dérèglement climatique, augmentation du coût de la vie). Cela dit, certains chiffres interpellent, par exemple le fait de ne pas consommer et donc de jeter un tiers de la nourriture produite dans nos sociétés. Cela commence en début de chaîne comme dans notre cas des pommes de terre mais aussi des fruits non récoltés suite à l’embargo russe, des carottes qui sont restées enterre à cause des dégâts provoqués par les mulots. Sur ces problèmes de la faim, nous devons tous, quelque soit notre place dans la société, brosser devant notre porte et faire notre mea culpa. Les agriculteurs disposent de peu de leviers pour endiguer la faim dans le monde.

Des tonnes et des tonnes de pommes de terre qui pourrissent… Il y a des conséquences pour les cultures ?

Les pommes de terre laissées dans les sols sont bien entendu des vecteurs potentiels pour les maladies (par exemple le mildiou ou les nématodes pour l’avenir et le terres voisine)s. En cas de gel, et de destruction totale, les conséquences agronomique sont faibles. Par contre, les repousses (en cas de destructions partielles) seront non seulement des relais pour les maladies mais aussi elle seront en compétition avec la nouvelle culture en place. Les repousses de pommes de terre n’étant pas toujours faciles à détruire dans les céréales, les betteraves et les chicorées par exemple, il convient d’être attentif tout au long de la saison. Leur élimination peut engendrer des coûts financiers supplémentaires. C’est sans doute vers ce schéma que l’on se dirige compte tenu du peu d’hiver  que nous avons eu cette année ".

Propos recueillis par Marc Mélon

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK