Des Nomades à Namur: il y a dix mille ans, un campement, sous le parking du Grognon

Des outils en silex. Des morceaux de bois. Des ossements, également. Depuis lundi, les archéologues s'en donnent à cœur joie sous la dalle du -1. Nous sommes dans le futur parking du Grognon, à Namur. Et les experts du passé ont un mois - avant que le chantier ne reprenne à cet endroit - pour récolter un maximum d'objets. Ceux-ci seront examinés et livreront davantage de secrets après analyse, mais les premières fouilles ont déjà révélé la nature du site découvert: il s'agit selon l'Agence wallonne du Patrimoine d'un ancien campement nomade.

Les archéologues ont eu la puce à l'oreille le 16 janvier. En visitant, comme il le font régulièrement depuis l'été dernier, le chantier de construction du parking de 650 places situé au pied de la Citadelle, ils sont tombés sur une couche sédimentaire qui renfermait plusieurs éléments archéologiques. Le concessionnaire Interparking leur a donné l'autorisation d'entamer des fouilles à cet endroit. Mieux. La société les a aidés sur le plan logistique. Un engin de terrassement a retiré des quantités de terre pour pouvoir dégager la zone de recherche.

Une découverte exceptionnelle

Ce campement nomade serait vieux de dix mille ans ! C'est une pointe de silex, coupante comme une lame de rasoir, qui permet de donner cette estimation. Une technique de taille typique du Mésolithique. Pour Dominique Bosquet, archéologue de l'Agence wallonne du Patrimoine (Awap), cette découverte est exceptionnelle. D'abord parce que "les sites de cette période sont rares et ont été rarement fouillés dans la partie francophone du pays".

Ensuite, parce qu'à cet endroit, "on a une conservation parfaite des matières organiques. C'est rarissime, même au-delà de nos frontières. Le lieu de fouilles est situé 2,5 mètres sous le niveau actuel de la Sambre et de la Meuse. Ce niveau préhistorique a été gorgé d'eau. Les pièces se sont retrouvées dans un milieu anaérobie, soit sans oxygène. Voilà ce qui a permis de conserver les matières organiques dans d'aussi bonnes conditions."

Une mâchoire de chien

Les restes retrouvés laissent penser qu'un groupe de chasseurs-cueilleurs s'est installé durant quelque temps (des jours ? des semaines ?) en bordure des deux fleuves et s'est livré à différentes activités. "On a eu un tailleur de silex. On a eu une personne qui a débité des quartiers de viande. On a des ossements qui portent des traces de découpe. On a même eu un chien." Une mâchoire de chien a en effet été découverte en ce début de semaine. "C'est un élément extrêmement rare pour le Mésolithique. On sait que le chien a été domestiqué à cette période-là, peut-être un peu avant".

Autres éléments organiques recueillis sur place: des noisettes! "Ça peut paraître anodin. Mais des noisettes parfaitement conservées qui datent d'il y a si longtemps, c'est quelque chose qu'on ne trouve pas tous les jours en contexte archéologique". Grâce à ces fruits et à leur datation au carbone 14, on peut espérer préciser davantage l'époque de passage de ces nomades à Namur.

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