Des élèves de Saint-Josse présentent leur travail sur la colonisation au Parlement bruxellois

L'une des élèves du lycée Guy Cudell s'exprime devant l'hémicycle du Parlement bruxellois
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L'une des élèves du lycée Guy Cudell s'exprime devant l'hémicycle du Parlement bruxellois - © Tous droits réservés

Pendant l’année scolaire 2017-2018, des élèves de 3e et 4e secondaire du lycée Guy Cudell ont travaillé sur l’histoire coloniale belge. Une partie de l’histoire très peu abordée jusqu’ici dans l’enseignement. Ce mardi, les élèves et leurs professeurs étaient au Parlement bruxellois pour présenter leur travail devant d’autres écoles bruxelloises. L’occasion de remettre la question du programme scolaire sur la table du politique.

Dans la salle des glaces du parlement bruxellois, les élèves du lycée Guy Cudell exposent leur travail. Une ligne du temps de la période coloniale belge, des images venues des archives du musée de Tervueren, des cartes de l’esclavage en Afrique, etc. Les grands évènements du Congo-belge ont été repris, de la conférence de Berlin et du partage de l’Afrique entre les grandes puissances européennes (1885) jusqu’à la Commission d’enquête autour de l’assassinat de Patrice Lumumba (2001).

Une première visite en 2016 : "les zoos humains"

Au départ de ce travail, la professeure de français Sabiha El Yousfi raconte : "(…) il y a eu une visite de l’exposition "les zoos humains" à la cité miroir de Liège il y a deux ans, et certains élèves d’origine africaine étaient plutôt réticents". A l’exposition, les élèves "se sont rendu compte que ces zoos n’abritaient pas que des africains, mais aussi des asiatiques ou même des européens" explique Sabiha El Yousfi.

Il y a des liens insidieux entre racisme et colonisation

Suite à cette visite, les professeurs organisent des ateliers autour de la construction du racisme. Après ces ateliers, un constat surgit : "(…) ce qu’on ne dit pas assez souvent, c’est qu’il y a des liens insidieux entre racisme et colonisation".

Les enseignants lancent alors le chantier : réaliser un cours entier sur la colonisation belge, cette histoire dont on ne parle pas à l’école. "J’ai grandi en pensant que les européens étaient des bienfaiteurs – c’est ce qu’on m’a appris en tout cas à l’école – et qu’avec une très grande générosité ils avaient secouru les africains qui n’étaient pas civilisés, réduit à l’escalavage, etc." explique la professeure de français de l’école tennoodoise.  

Un travail riche et multidisciplinaire

Dans un premier temps, les élèves se documentent eux-mêmes sur la période coloniale. Ce travail mène à une relecture et à des synthèses des grands points de cette période. Les enseignants accompagnent les jeunes pour produire des textes explicatifs. Un partenariat avec le musée de Tervueren permet aux élèves de suivre des ateliers "Congo : colonisation et décolonisation" auprès des conservateurs mais aussi d’avoir accès aux archives très riches de ce musée. Avec le collectif "mémoire coloniale et lutte contre les discriminations", les élèves suivent une visite sur la colonisation dans l’espace public au square Riga, à Schaerbeek. Les élèves de troisième secondaire réalise eux un travail artistique sur les grandes figures africaines. A l’aide de l’artiste Samuel Idmtal, ils reproduisent des portraits de Paul "Panda" Fernana, Thomas Sankara, Nelson Mandela, Rosa Park et Patrice Lumumba entre autres (voir photo ci-dessous). Une expérience enrichissante pour les élèves qui parlent d’"un projet qui nous a apporté une certaine maturité, qui nous a fait grandir et réfléchir sur le passé".

Présentation au Parlement bruxellois et débat très politisé

Ce mardi, sur invitation du groupe PS au parlement bruxellois, les enseignants et quelques-uns de leurs élèves sont venus présenter leur travail dans l’hémicycle. En face d’eux, des jeunes d’autres écoles bruxelloises, mais aussi plusieurs acteurs de cette question de l’enseignement de l’histoire coloniale belge.

Après la prise de parole des jeunes du lycée Guy Cudell et de deux de leurs enseignants, les intervenants se succèdent : Isabelle Van Loo vient expliquer le travail réalisé avec les élèves et les futurs programmes de visites prévue au musée de Tervueren lors de sa réouverture ; l’auteur Assumani Budagwa - qui a travaillé sur la question des métis durant la colonisation - explique son travail et les problèmes liés au débat sur la période coloniale ; la sociologue Sarah Demart explique ses recherches sur le racisme et la discrimination dans l’enseignement en Belgique ; Kalvin Soiresse Njall du collectif mémoire coloniale explique l’importance d’enseigner cette histoire coloniale de manière juste en expliquant clairement la démarche de Léopold II.

Entre chercheurs, enseignants, monde associatif et politiques, le débat est parfois vif mais reste courtois. Le point commun entre les intervenants est qu’il y a un lien très fort entre le racisme et l’époque coloniale. Raconter cette histoire en détails sans en omettre les détails les plus sombre, c’est une façon de déconstruire les discours racistes selon les différents intervenants.

Reste à savoir si le cabinet de la ministre de l’enseignement Marie-Martine Schyns (CDH) entendra ces revendications. Pour le moment, il semble que les futures réforme de l’enseignement secondaire général imposent de parler de l’histoire coloniale belge, mais que l’approche reste la même. Selon Kalvin Soiresse Njall, professeur et cofondateur du collectif mémoire coloniale, le discours pose toujours problème : "Le contenu de la réforme fait le recyclage de la propagande coloniale. On ne peut pas dire que les blancs ont été au Congo parce qu’ils ont voulu migrer au Congo. S’ils ont été au Congo, c’est d’abord le projet capitaliste de Léopold II".

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