Des élèves affirment que certaines écoles vont trop loin, en voulant les faire redoubler malgré le confinement

Va-t-il y avoir une vague de redoublements pour pas mal d’élèves, malgré la crise du coronavirus et le confinement ? C’est en cas la crainte de plusieurs associations, dont la Fapeo, la fédération des parents de l’enseignement officiel. Avec d’autres organisations, elle lance aujourd’hui un appel à la ministre de l’enseignement pour geler tout redoublement cette année. Plusieurs dizaines d’élèves ou parents d’élèves mécontents les auraient déjà contactées pour se plaindre.

L’ordinateur manquant va-t-il faire basculer une année ?

Parmi ces élèves qui se plaignent, il y a Michael (prénom d’emprunt puisque le jeune homme préfère rester anonyme). Il est actuellement en 4e secondaire générale, option sciences fortes, dans une école secondaire bruxelloise.

"Au début du confinement, tout allait bien", explique-t-il. "J’ai pu répondre aux appels et aux mails des profs et de l’école. Et donc faire les travaux demandés. Mais, ensuite, ma sœur a dû récupérer son ordinateur et quitter la maison en journée. Or, ces appels, ils étaient uniquement pendant la journée et il n’y avait pas d’autres ordinateurs dans ma famille. Puis, même mon GSM a lâché. Je n’ai donc plus pu avoir de contact et de suivi totalement régulier. J’ai prévenu l’école pour signaler le problème. Mais aujourd’hui, on m’a dit que les élèves qui n’avaient pas pu avoir un suivi très régulier allaient avoir des problèmes. Du coup, je crains qu’on me fasse redoubler mon année ou, au moins, d’avoir une très grosse deuxième session". La décision de l’école le concernant devrait tomber dans les heures qui viennent.

Un cas qui est loin d’être unique. La Fapeo et l’association Infor-Jeunes Laeken disent déjà avoir reçu une soixantaine de témoignages de ce type, en direct ou par téléphone. "Pourtant, dans la circulaire envoyée par la ministre de l’enseignement, il y a des mots-clés clairement mis en avant", précise Chantal Massaer, la directrice d’Infor-Jeunes Laeken. "Par exemple, les redoublements ou deuxièmes sessions doivent être EXCEPTIONNELS. Il faut faire preuve de BIENVEILLANCE et on souligne l’importance d’établir un DIALOGUE entre les familles, les élèves, leurs professeurs et l’école, afin de juger de la réussite de l’année scolaire. Visiblement, dans certaines écoles, on n’a pas vraiment suivi ces règles".

On fragilise encore les plus fragiles

Selon ces associations qui dénoncent les faits, le problème vient d’un autre élément de cette fameuse circulaire. "En fait, la toute première phrase", précise Jean-Pierre Coenen, le président de la Ligue des droits de l’enfant. "Il est dit que la décision de faire réussir ou de faire redoubler un élève reste, au final, de la compétence du conseil de classe. Donc, de la volonté des professeurs. Avec un tel raisonnement, la circulaire se tire une balle dans le pied, parce qu’on laisse à nouveau la décision au bon vouloir des écoles, même si en théorie on parle de bienveillance et de dialogue. En fait, on continue à faire ce qu’on a toujours fait en laissant toute l’autorité à l’école.

C’est d’autant plus grave que, une fois de plus, ce sont les élèves les plus fragiles qui vont en être victimes. Ceux qui n’avaient pas la possibilité de travailler depuis chez eux (pas d’ordinateur, famille nombreuse à gérer, logement trop petit ou bruyant, pas d’aide des parents…). Cette crise va encore accentuer des inégalités sociales qui existaient déjà et va encore pousser davantage d’élèves déjà fragilisés vers des écoles qu’on considère comme des écoles poubelles, notamment dans les filières techniques ou professionnelles".

Pour toutes ces associations, la solution serait d’interdire et donc de geler tous les redoublements pour cette année scolaire qui a été très particulière et compliquée. Une mesure qui doit s’accompagner de la mise en place de remédiation et de suivi poussés dès la rentrée scolaire prochaine, au mois de septembre.

Du côté de la ministre de l’enseignement Caroline Désir (PS), on précise que s’il y a décision de redoublement ou de seconde session, elle doit être clairement justifiée et motivée par l’école. On indique aussi que les parents mécontents peuvent toujours introduire un recours s’ils jugent injuste la décision de l’école à propos de leur enfant.

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