Des chercheurs namurois utilisent les techniques de la police scientifique pour étudier la biodiversité

Les chercheurs prélèvent des échantillons d'eau dans la nature et, grpace à la génétique, sont capables de dresser la liste des tous les organismes vivants dans l'environnement.
Les chercheurs prélèvent des échantillons d'eau dans la nature et, grpace à la génétique, sont capables de dresser la liste des tous les organismes vivants dans l'environnement. - © P. Ryelandt

Les criminels laissent presque toujours des traces génétiques sur les lieux de leur forfait. Et c'est le travail de la police scientifique de récolter ces preuves et de les faire parler.

En fait, tous les animaux laissent des traces ADN sur leur passage, en urinant, en déféquant, en perdant des cellules de peau ou des poils... Les rivières et les mares, qui concentrent toujours beaucoup de biodiversité, sont remplis de brin d'ADN. Une vraie soupe génétique !

"Nous prélevons un échantillon d'eau et, grâce à la technique dite de "l'ADN environnemental", nous sommes capables de dresser la liste des génomes présents dans le milieu, explique Jonathan Marescaux, chercheur en biologie à l'UNamur et cofondateur de l'entreprise e-biom. Nous comparons cette liste avec des bases de données internationales répertoriant les espèces animales selon leur ADN, et nous pouvons dresser la liste des animaux présents dans l'environnement étudié."

Surveiller les espèces invasives, comme le raton-laveur

Les chercheurs namurois ont testé leur méthode sur la rivière Samson, qui se jette dans la Meuse entre Andenne et Namur. "Nous y avons retrouvé la trace génétique de dizaines d'animaux différents, explique J Marescaux. Beaucoup de poissons évidemment, mais aussi des mammifères qui dépendent du cours d'eau : le sanglier, le chevreuil, le cerf, la chauve-souris, tous les animaux domestiques imaginables : vache, mouton, chien, chat... Et même l'être humain ! Peut-être des habitants du coin, qui ne sont pas encore raccordés aux égoûts et dont les eaux usées sont rejetées dans la rivière". Ou alors simplement des enfants qui ont fait pipi dans la rivière...

Le raton-laveur est aussi dans la liste. C'est une demi-surprise. Cette espèce invasive a colonisé le sud de la Wallonie ces dernières années. Cette analyse génétique confirme qu'il remonte petit à petit et qu'il est sur le point de passer au nord du sillon Sambre et Meuse.

"La surveillance des espèces invasives est une des applications intéressantes de cette technique génétique, explique J Marescaux. Elle permet aussi de surveiller les espèces qui sont au contraire menacées." Dans le projet dit des "mille mares", les chercheurs veulent mesurer la présence partout en Wallonie de deux batraciens menacés : l'alyte accoucheur et le triton crêté.

La technique peut aussi être utilisée dans le cadre d'une étude d'incidence pour un projet urbanistique ou industriel. "Par exemple en cas d'installation d'un champ d'éoliennes, explique J Marescaux, pour savoir si certaines espèces rares pourraient être menacées".

Récemment, des chercheurs écossais et français ont plongé les éprouvettes dans le lac du Loch Ness pour étudier globalement sa diversité. Et, qui sait, découvrir la trace d'un ADN inconnu ou que l'on coyait disparu...

 

 

 

 

 

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