Des huiles essentielles à la place des insecticides: des chercheurs de l'UCLouvain à la rescousse de l'environnement

Une équipe de chercheurs en biologie de l'UCLouvain planche sur les effets des huiles essentielles sur les insectes qui ravagent certaines cultures. L'objectif de l'équipe du professeur Thierry Hance : mettre au point un insecticide sans danger pour l'homme et l'environnement et tout aussi efficace que les insecticides chimiques utilisés aujourd'hui. Les chercheurs examinent notamment les réactions du charançon, un insecte ravageur qui peut détruire jusqu'à un tiers des récoltes des grains mises en silo. "L'histoire débute au Cameroun, explique Thierry Hance. Là-bas, le problème est qu'il y a une très longue période sèche, de six à huit mois, pendant laquelle les paysans doivent stocker leurs grains de céréales dans des greniers en terre. Ils ont retrouvé une méthode ancienne : ils ont utilisé des plantes récoltées dans la nature pour protéger leurs grains". Des solutions offertes par la nature que les chercheurs tentent de transposer aux cultures belges.

On peut aujourd'hui retrouver des traces d'insecticide dans notre alimentation

Aujourd'hui, les charançons sont éliminés à l'aide d'insecticides chimiques. "Ce sont des insecticides très puissants, il en faut une très petite quantité par tonne de grain et cela va être efficace pendant un an à un an et demi. Cette rémanence est un gros problème : le stockage des grains étant en moyenne d'un an, on peut en retrouver des traces dans notre alimentation. Les huiles essentielles, elles, sont volatiles et elle ne laissent aucune trace au bout d'un an sur le grain, selon les études que nous menons actuellement", précise Sébastien Demeter. Divers mélanges d'huiles essentielles ont été testés. En laboratoire, le chercheur mesure quelle quantité est la plus efficace pour détruire les charançons. "Nous simulons ce qui se passe dans un silo. Nous procédons à une pulvérisation de nanogouttes d'huiles essentielles directement sur les grains et les insectes", poursuit le chercheur. Comparé au prix des insecticides conventionnels, celui des huiles essentielles est très élevé. Il faut donc vérifier quelle est la juste dose du juste mélange pour parvenir à un produit intéressant d'un point de vue financier.

Des injections dans les pommiers

Les huiles essentielles pourraient aussi venir à bout des pucerons qui dévorent les bourgeons des pommiers en début de floraison. L'idée des chercheurs est de les injecter directement dans l'arbre. "On va donc arrêter toute pulvérisation et utiliser des quantités plus petites, qui vont être utilisées à l'intérieur de l'arbre. On ne va donc pas avoir de perte de produit à cause des pulvérisations", indique Thierry Hance. Pour des cultures à grande échelle, la méthode pourrait aussi s'avérer plus efficace que la plantation de plantes que les ravageurs n'aiment pas, comme la menthe ou la lavande, qui est déjà pratiquée dans certains vergers. Certaines huiles essentielles sont toxiques pour les insectes nuisibles, mais le sont-elles aussi pour les pollinisateurs? "Les lavandes, par exemple, sont pollinisées par les abeilles. On fait d'ailleurs du miel de lavande, répond le scientifique. Il y a des barrières qui font que certains composés toxiques ne vont pas passer dans le nectar. Nous allons évidemment le mesurer au niveau des pommiers pour s'assurer qu'il n'y a aucun risque".

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