Depuis deux ans, la commune d'Anderlecht tisse des liens avec les Doms

A la Cripa, Hazem Yabroudi, Achraf Ben H'ssain et Vital Marage bâtissent des ponts entre les différentes communautés du quartier
A la Cripa, Hazem Yabroudi, Achraf Ben H'ssain et Vital Marage bâtissent des ponts entre les différentes communautés du quartier - © RTBF

Dans un petit parc de la rue Grisar à Cureghem, au-dessus de l’ONE, se loge une petite cellule de la commune d’Anderlecht : la CRIPA, chargée de mettre en relation les primo-arrivants avec les différents services de la commune. Depuis que cette cellule a été créée, il y a deux ans, Vital Marage, Achraf Ben H’ssain, Hazem Yabroudi y font office de médiateurs. Jour après jour, avec leur connaissance de l’arabe et de l’anglais, ils contribuent ainsi à améliorer les relations entre les différentes -nombreuses- communautés présentes dans le quartier.

Parmi elles, les Doms de Syrie, arrivés à Anderlecht en 2015. La communauté Dom est une petite communauté marginalisée de Syrie. Particulièrement vulnérable, elle est l’une des premières à avoir fui la guerre. On la compare souvent aux Roms. "Ils viennent probablement plus ou moins du même pays, explique Vital Marage, le chargé de projet à la Cripa. Ils ont des rapports semblables aux communautés majoritaires. Et dans leur rapport au travail et dans leur organisation communautaire, il y a clairement des liens". Une organisation centrée sur la famille. Les enfants y sont peu scolarisés et les mariages précoces.

►►► À lire aussi : Les Doms de Syrie, une population peu connue présente à Bruxelles

A Bruxelles, Cureghem est l’un des trois quartiers où les Doms se sont installés (avec le quartier de l’Eglise royale Sainte-Marie à Schaerbeek et la commune de Molenbeek). Régulièrement, ils poussent la porte de la Cripa. "Le public vient parce qu’il y a des difficultés dans le contact avec la société dominante, explique Achraf. Et quand il y a une tension que ce soit avec l’école, l’institution communale, le CPAS ou même le voisinage".

Médiation

C’est là que le travail de médiation commence : "On cherche à clarifier la situation. Par exemple, à expliquer à l’école, la directrice, l’institutrice, pourquoi la maman n’a pas compris comment gérer la boîte à tartines et pourquoi la boîte à tartines n’est pas quelque chose qui lui parle. Et en même temps, il s’agit d’expliquer à la famille pourquoi l’école est dure par rapport aux absences et à la ponctualité. On essaie d’améliorer petit à petit le respect des horaires et d’intégrer l’importance de la scolarité. Et de l’autre côté, on essaie de faire comprendre que sur le respect des consignes sur la boîte à tartines, on peut sans doute attendre un peu ".

Pas de solution magique

On pourrait dire qu’Achraf, Vital et Hazem bâtissent des ponts entre des cultures éloignées l’une de l’autre. Et sur certains points, Achraf constate que ça bouge déjà de part et d’autre : "Ils comprennent aujourd’hui qu’il faut se pointer à l’heure chez le médecin, respecter les délais pour payer les factures. Ça, j’ai l’impression que cette communauté qui vient d’une culture nomade, libérée de toutes les contraintes d’une société occidentale matérialiste, arrive à l’intégrer. Bien sûr, il y a des sujets avec des racines culturelles beaucoup plus profondes où il faut un travail avec les autres institutions, pour réfléchir ensemble. On n’a pas encore de solution magique sur le rapport à la scolarité. Ça va demander du temps, même si ça s’améliore déjà. Aujourd’hui, même si je ne veux pas généraliser pour ne pas stigmatiser, il y a encore pas mal de parents Doms qui ne donnent pas beaucoup d’importance à la scolarité".

Confiance, respect, compréhension

A la Cripa, le travail repose sur la confiance, le respect de l’autre et de sa culture. Sans pour autant transiger sur des droits aussi fondamentaux que celui à l’éducation pour les enfants. "Ce qui est important ici, résume Vital, c’est avoir une capacité de décentration. Ça ne veut pas dire qu’il faut abandonner les valeurs qui nous ont construits et qui construisent la société belge. Mais il faut être capable de prendre du recul et de comprendre le fonctionnement de nos usagers".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK