Depuis 100 ans, Notre Abri accueille les enfants en détresse

64 enfants vivent dans de petites unités "presque" comme en famille
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64 enfants vivent dans de petites unités "presque" comme en famille - © Tous droits réservés

Officiellement, il s'agit d'un SASPE, un service d'accueil spécialisé pour la petite enfance. Plus familièrement, on parlera de pouponnière. Un lieu d'accueil pour de jeunes enfants qui, pour des raison variées, ne peuvent pas vivre dans leur famille biologique. Ils sont alors placés par les services de protection de la jeunesse dans une institution comme Notre Abri, à Uccle. Cette grande maison offre un cadre de vie à 64 enfants âgés de o à 6 ans. Ils y passeront quelques semaines ou plusieurs années. En moyenne, leur séjour dure un an et demi. Une durée qui a tendance à s'allonger depuis quelques années.

Un appartement pour vivre presque comme en famille

Manel Yacoubi est éducatrice dans l'un des appartements de notre abri. Elle nous montre les lieux de vie des petits. Une cuisine, un salon, une salle de jeux, des chambres pour 2 ou 3 enfants maximum et une salle de bain. "On est pas les parents, mais on essaie de faire au mieux". La même équipe s'occupe de 8 enfants, le plus petit est âgé de quelques semaines, la plus grande a 5 ans, nous l'appellerons Elisa. Elisa passe la journée dans une école maternelle du quartier. Mais tous les enfants de Notre Abri ne fréquentent pas la même école, "pour éviter l'effet ghetto". Certains reçoivent la visite de leurs parents et préparent leur retour en famille. D'autres attendent une famille d'accueil ou bien ils iront vivre dans une autre institution pour enfants plus grands, quand ils auront atteint l'âge de 6 ans.

Une institution centenaire, ouverte à la fin de la première guerre mondiale

Depuis longtemps, il n'y a plus de réfectoires ou de grands dortoirs à Notre Abri. Seules quelques photos (et l'architecture un peu chaotique du bâtiment) témoignent encore du passé de l'établissement, créé en 1918 pour accueillir les orphelins de guerre. Depuis, les locaux ont bien changé et le personnel a abandonné l'uniforme. Des psychologues et des puéricultrices apportent des soins spécifiques aux enfants. Mais si la prise en charge des enfants a évolué, les raisons qui justifient le placement ont aussi changé, explique André Thôme, directeur général de Notre Abri. "Récemment, nous avons ouvert une nouvelle unité. il s'agit d'un CAU, un Centre d'Accueil d'Urgence qui accueille les bébés dès la sortie de la maternité, lorsque la maman n'est pas en mesure de s'en occuper".

Apporter la sécurité physique et de plus en plus, la sécurité psychique aux enfants

Emmanuelle Lamberts est l'une des psychologues de Notre Abri. Elle nous montre l'étagère où sont rangés les petits carnets qui accompagnent les enfants. Un recueil de photos, de dates et de souvenirs personnels qui retracent son histoire. Les conditions de son arrivée, ses copains préférés à l'école, la venue de Saint-Nicolas. Ce carnet le suivra lorsqu'il quittera l'établissement. "Ces enfants viennent de milieu où le fonctionnement est très chaotique. Ils sont toujours sur le qui-vive, sans savoir ce qui pouvait leur arriver d'un moment à l'autre. Alors ici, le fait d'être pris en charge dans un cadre très structuré, très ritualisé, a déjà un effet thérapeutique."

Les troubles de la fonction parentale, à l'origine de la plupart des placements

Dominique Simon est le directeur pédagogique de Notre Abri. Il a vu des centaines d'enfants passer par son établissement. Des enfants autrefois victimes d'abandons ou de violences physiques dans leurs familles.  Mais de plus en plus, il constate que les parents souffrent surtout de troubles de la fonction parentale. "Les parents n'ont eux-mêmes pas reçu de bons modèles, n'ont pas été respectés dans leur enfance." Ils souffrent souvent de maladies mentales liées parfois à des addictions. "Il faut alors éviter que les bébés ne soient pris dans des liens pathologiques, même si ce sont leurs parents".

Le placement survient parfois trop tardivement

Un récent colloque, organisé pour les 100 ans de Notre Abri, avait pour thème "le temps". Celui de l'enfant et celui des institutions, différents, forcément!  A cette occasion, le docteur Rosa Mascaro, pédopsychiatre et directrice du Fil d'Ariane, à Lille est venue présenter le résultat de ses travaux. Elle a longtemps étudié les conséquences du placement précoce des enfants et a contribué à l'élaboration d'une nouvelle loi sur la protection de l'enfance en France. Son objectif, pouvoir réagir plus vite lorsque des signes de détresse apparaissent chez les tout petits. Car selon ce médecin, c'est au cours des premiers jours, ou des premières semaines de la vie que s'installent les premiers liens d'attachements et que se déploie la parentalité. Et lorsque ces liens dysfonctionnent, cela a des conséquences à long terme sur le développement de l'enfant. D'où l'importance d'identifier très tôt les troubles de l'attachement, afin de soutenir les parents et surtout d'aider l'enfant par une prise en charge adaptée.

Ecoutez l'interview du Docteur Rosa Mascaro, réalisée lors de ce colloque, le 18 octobre 2018

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