Déportation des Juifs: la Ville de Bruxelles fait son mea culpa

Fin des années 30, Bruxelles compte des milliers de Juifs arrivés récemment de Pologne ou d'Allemagne pour fuir pogroms et persécutions. Chantal Kesteloot, historienne au Ceges, le centre d’études et de documentation guerres et sociétés contemporaines, explique : ''il n’y a que 10% des Juifs de Belgique qui sont belges. Et osons le dire : on sort d’une crise économique, les réfugiés n’ont pas toujours été les bienvenus ici. La charge économique pour accueillir tous ces réfugiés est quelque chose de lourd. C’est un débat qui est déjà très présent dans les années 30.’’

Ces Juifs immigrés habitent les quartiers pauvres de Bruxelles. Rassemblés par une langue et une religion, ils sont peu intégrés dans la société, sans doute aussi parce que l'antisémitisme est fréquent, dans l'élite comme les classes moyennes. ''Certains sont des colporteurs. Ce sont des métiers traditionnellement exercés par les Juifs. Pour les petits commerçants bruxellois qui sont très attachés à un certain mode de fonctionnement, comme par exemple le prix fixe des marchandises. Or ces colporteurs fonctionnement sur un système de marchandage. Et les petits commerçants belges voient ça d’un très mauvais œil et appellent à des sanctions. Ils expriment en quelque sorte toute leur haine.’’

Éclate alors la guerre. Et en 40, l'occupant demande aux 19 bourgmestres de Bruxelles de recenser les Juifs. Et les bourgmestres hésitent: certains défendent les Juifs, d'autres montrent des penchants antisémites. Tous ont peur de représailles. ''Ces autorités ne sont pas prêtes à faire de la protection des Juifs un argument qui ferait qu’ils vont aller à l’affrontement avec l’occupant.’’

Deux ans plus tard, les bourgmestres s'opposent finalement aux Allemands. Ils ne distribueront pas l'étoile jaune, refuseront que les policiers communaux participent aux rafles. Mais le fichier, lui, est fait, outil terrible pour planifier les déportations.

À Bruxelles, 4460 Juifs ont été déportés suite au fichier, ce qui représente 37% des Juifs de Bruxelles. Anvers a accepté de faire collaborer sa police communale et 65% des Juifs ont été déportés.

Myriam Baele

 

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