Démocratie participative à Bruxelles : "Ouvrir les portes et les fenêtres" aux citoyens

Bruxelles et la première commission délibérative: "ouvrir les portes et les fenêtres" du parlement bruxellois aux citoyens
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Bruxelles et la première commission délibérative: "ouvrir les portes et les fenêtres" du parlement bruxellois aux citoyens - © Tous droits réservés

Le Parlement bruxellois accueillait ce jeudi soir 45 citoyens pour démarrer le projet de commission délibérative consacrée à la 5G. Ce panel a été tiré au sort pour participer à une première expérience. Les 45 citoyens et 15 parlementaires vont réfléchir aux modalités du déploiement de la 5G à Bruxelles et au bout du processus, dans un peu plus d'un mois, formuler des recommandations. Un outil pour retisser de la confiance entre les citoyens et le monde politique. 

Jamais mis les pieds au parlement

Coronavirus et démocratie participative ne font généralement pas bon ménage. Mais au Parlement bruxellois, on a poussé les murs ce jeudi soir pour inviter les citoyens tirés au sort à venir en chair et en os. Ca se passe donc dans deux salles : celle de l'hémicycle et la salle des glaces, lustres et miroirs. Décor très solennel. Deux salles mais une seule ambiance: Avec un écran géant, on peut suivre ce qui peut se passe dans l'une et l'autre. Au début, ça patine un peu puis ça devient beaucoup plus fluide. 

Après les discours de Rachid Madrane, président du parlement bruxellois et Tristan Roberti, le président de la commission délibérative, les "GO de la participation citoyenne", Particitiz, brisent la glace. "Levez-vous ceux qui sont nés à Bruxelles", "ceux qui ont déjà fait des blagues téléphoniques quand ils étaient jeunes?".

On rigole dans les travées, et c'est sans doute ça aussi l'objectif de cette première soirée: alléger le moment puisque certains citoyens n'avaient jamais mis les pieds ici: "Non, jamais! Mais j'ai accepté de venir pour comprendre comment ça fonctionne", nous explique une participante! Cette jeune fille de 16 ans avoue qu'elle était "très stressée au début, mais qu'on les a mis à l'aise, "les gens sont très gentils et prennent soin de nous comme on est mineur". 

Une mini région-bruxelloise 

Ces citoyens ont reçu un courrier, comme 10.000 Bruxellois. Un petit millier s'est inscrit puis cela a donné lieu à un deuxième tirage au sort, mais dans lequel on a veillé à respecter une certaine représentativité: en fonction de l'âge, des zones géographiques, du niveau de formation des gens, histoire de composer une assemblée miroir de la région bruxelloise.

La première séance vise aussi tout d'abord à expliquer le processus: 6 réunions jusqu'au 5 juin avec une phase d'information, de discussions, de rédaction des recommandations puis la présentation du rapport, début juin.

Aider la région à fixer le cadre du déploiement 5G 

La thématique porte donc sur les modalités du déploiement de la 5G, pas sur la 5G en elle-même. "On parle de modalités parce qu'en Belgique, ce ne sont pas les régions qui décident de déployer le réseau 5G", détaille Tristan Roberti, député et président de cette nouvelle commission.

"C'est d'ailleurs pour ça que la question que l'on pose, ce n'est pas pour ou contre. Si on avait posé une question comme celle-là, on aurait d'une certaine manière menti, parce qu'on en a pas les compétences. Par contre, au niveau régional, on a la main sur une série d'aspects: je pense aux antennes, aux questions de prévention en matière d'énergie et d'environnement, à l'économie, à l'emploi. Et sur tous ces aspects, la région peut prendre certaines directions. L'objectif de la commission, c'est précisément de rendre des recommandations qui vont aider la région a fixé ce cadre du déploiement de la 5G sur notre territoire". 

"On attend de voir"

Le gouvernement bruxellois ne sera pas obligé de suivre ces recommandations. "Les autorités restent libres de mettre en œuvre les recommandations mais elles doivent s'en expliquer". Alors ici, tout le monde attend de voir quel sera le poids réel de ces discussions.

Ce jeune homme est plutôt circonspect, mais curieux: "Moi je ne pense pas que notre avis sera pris en compte, on va dire que le marché domine un peu plus que l'avis de 45 citoyens", sourit-il. Un peu plus loin, aussi, cet ado doute: " Dans un premier temps, je me suis dit qu'ils n'allaient pas nous prendre au sérieux, comme on est jeunes, et tout. Puis je me suis dit que j'allais voir et donner mon avis, saisir cette occasion". 

"J'attends qu'on nous écoute quand même, qu'on tienne compte de notre avis", explique cette avocate, la trentaine, qui n'a pas d'avis tranché sur la 5G. Elle est d'ailleurs très intéressée, en tant que citoyenne, par la séance d'informations de ce dimanche.

Cet accompagnant, 93 ans, considère lui que l'on va "souffrir du modernisme". Et cette dame rencontrée à l'entrée se sent un peu déconnectée de la question: "Jusqu'il n'y a pas longtemps, j'utilisais un smartphone qui utilisait encore la 3G, il avait 12 ans, mais comme je n'avais pas whatsapp et tout le monde faisait pression sur moi pour le changer! Ca ne m'inquiétait pas beaucoup. Donc je viens voir ce qu'il en est". 

Retisser de la confiance 

Avec ces commissions délibératives, le parlement bruxellois veut rapprocher les citoyens de la politique, à l'heure où la méfiance grandit. Il existe d'autres expériences de la même veine, comme en Irlande: "entre 2012 et 2014, le parlement irlandais a procédé au même type d'expériences, ils ont réuni 66 citoyens tirés au sort parmi la population et 33 députés du parlement, pour discuter de différents sujets. Ca a mené par exemple à l'autorisation du mariage homosexuel en Irlande", épingle Sophie Devillers, doctorante à l'UNamur et l'UCLouvain, interrogée ce matin dans Bruxelles Matin sur Vivacité. Elle accompagne le dispositif bruxellois. 

Des députés, courroie de transmission 

A Bruxelles, à la clef, ce ne sont "que" des recommandations. Alors, si elles ne sont pas suivies, est-ce que cela ne risque pas de créer l'effet inverse: "on nous a donné l'opportunité de nous exprimer, mais ça n'a servi à rien"?  "La présence des élus dans le mécanisme est crucial parce que l'on remarque, sur base du modèle irlandais, que ça permet de créer cette courroie de transmission entre ce qui se discute avec les citoyens et ce qui sera discuté dans les institutions", décode Sophie Devillers. 

"Souvent, les citoyens sont souvent frustrés parce que les recommandations tombent dans le vide à la fin du processus mais ici, avec les élus, cela va permettre de co-construire les recommandations qui en ressortiront. Et donc d'avoir déjà une balise, un compromis politique acceptable par tous les partis présents parce qu'ils auront participé à en décider". 

La prochaine commission délibérative portera sur la lutte contre le sans-abrisme à Bruxelles. Et à l'avenir, le travail ira dans les deux sens: le parlement bruxellois pourra décider d'en ouvrir une, les citoyens aussi, via une pétition.  

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