Dégâts sur la flore et la faune, feux de camp, sentiers sauvages : la Forêt de Soignes souffre depuis le début du confinement

Un feu éteint ce mardi matin. Des canettes et du papier à joint ont été retrouvés à proximité.
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Un feu éteint ce mardi matin. Des canettes et du papier à joint ont été retrouvés à proximité. - © D. R.

Le confinement imposé par la crise sanitaire du coronavirus n’est pas ferme : il autorise les courtes promenades. Mais en Région bruxelloise, en Forêt de Soignes, les dégâts sont déjà très importants, en raison de la hausse de la fréquentation de ce poumon vert. Sentiers sauvages tracés par les promeneurs, floraisons printanières piétinées, feux de camp… Les exemples sont nombreux, regrette Willy Van De Velde, garde-forestier depuis 17 ans auprès de Bruxelles Environnement. Avec ses sept collègues, ils veillent les 1640 hectares bruxellois de la forêt.

Et son constat est sans appel : "La fréquentation y est absolument inédite. Nous n’avons jamais vu autant de monde. En 17 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça.La RTBF l’évoquait déjà dès lundi soir dans sa séquence du Scan (JT de 19h30), sur le thème "La nature a-t-elle réellement repris ses droits" depuis le début de la crise sanitaire ?

Ce nouveau public vient avec ses propres habitudes

Willy Van De Velde l’affirme : "Nous sommes dépassés par un nouveau public, citadin qui vient prendre l’air en forêt. Mais ce public n’a pas conscience des contraintes de la forêt. Il vient ici avec ses propres habitudes. Il piétine des réserves naturelles, des sites archéologiques… Les chiens ne sont pas tenus en laisse. Les cyclistes roulent en dehors des chemins. Les gens circulent sur les pistes cavalières. Cela crée des accidents et énormément d’impacts négatifs."

La fleur est piétinée, dégradée

Lesquels précisément ? "Le sol forestier est sensible, circuler en dehors des chemins a des conséquences en termes de compaction des sols. Et on constate des dizaines de sentiers sauvages ainsi créés, qui n’existaient pas il y a un mois à peine. Rien que dans mon secteur, qui fait 200 hectares, j’en compte 20. On le voit d’autant plus que c’est la période de floraison. On a passé la période des anémones. Aujourd’hui, ce sont les jacinthes et on voit la fleur qui est piétinée, dégradée…", se lamente Willy Van De Velde.

Ce qu’on ne voit pas ou moins, c’est l’impact sur la faune. "Il est important, ce n’est pas léger", souligne le spécialiste. "Il y a la période de nidification des oiseaux perturbée par les passages incessants de l’homme. Nous comptons sur place des espèces d’oiseaux – une vingtaine – qui nichent près du sol. Je pense à la bécasse de bois ou aux grives. Enfin, il y a la mise bas de chevreuils qui est également dérangée. "

La Forêt de Soignes, à cheval sur Bruxelles, la Flandre et la Wallonie représente un écosystème à elle toute seul. En temps normal, elle parvient tant bien que mal à résister aux troubles provoqués par le monde extérieur. Ici, sa capacité de résistance est très fortement malmenée.

Trois fois plus de visiteurs qu’un dimanche très fréquenté

Si aucun comptage n’a été réalisé depuis la mi-mars et la mise en place des mesures de confinement, il reste l’expérience des vigies de la forêt. "Une étude menée en 2010/2011 indiquait que 9400 visites par hectare et par an avaient été recensées, sur une zone test près de l’hippodrome de Boitsfort et de l’Etang des enfants noyés. Depuis le début du confinement, nous comptons au moins trois plus de monde, et ce tous les jours de la semaine."

C’est inédit et cela n’est donc pas sans conséquence. "C’est un public qui n’a pas l’habitude de venir en forêt et qui est plus habitué aux parcs avec des comportements de consommateurs de parcs." En forêt, ceux-ci pensent d’ailleurs se trouver "dans un grand parc en méconnaissance des fragilités de la forêt".

Un allumage du feu intentionnel

Autre problème, les feux de camp. Deux ont été constatés en l’espace de 48 heures. "Le dernier date de ce mardi matin. Il a été constaté vers 9h30. Les pompiers ont été appelés sur place. L’allumage du feu est un acte intentionnel. Il s’agissait plus que probablement de personnes qui ont réalisé un barbecue. On a retrouvé des canettes et du papier à joints sur place. Ce feu a tout de même pris une ampleur puisqu’il s’est étendu sur une superficie de six mètres sur cinq."

Les gardes-forestiers constatent des feux, "dès les premiers beaux jours, au moins une fois par mois. En 17 années de carrière, nous avons fait appel aux pompiers à quatre ou cinq reprises. Mais ici, c’est quand même deux feux en 48 heures." Et puis, il y a tous ces incidents plus discrets, non constatés lors des rondes.

Nous devons à chaque fois interpeller les gens

Frédéric Vaes, responsable d’équipe auprès de Bruxelles Environnement, tient à rappeler quelques principes à l’attention de ces néophytes de la forêt. "Ils ne connaissent pas les règles et nous devons constamment les rappeler à l'ordre, que ce soit concernant les chemins à ne pas emprunter ou les distances sociales à respecter." Les chemins font parfois un mètre de large et s’y pressent des dizaines de personnes. "Nous intervenons sur les points chauds et nous devons à chaque fois interpeller les gens."

Enfin, ces promeneurs arrivent souvent sur les lieux en voiture et se garent de manière anarchique. Un drame aussi pour la flore, foulée par autant d’inciviques.