Défendue par l'avocat-échevin Eric Libert (DéFi), la "logeuse" de Salah Abdeslam vit toujours 79 rue des Quatre Vents

Le 79 rue des Quatre Vents, où Salah Abdeslam a été arrêté.
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Le 79 rue des Quatre Vents, où Salah Abdeslam a été arrêté. - © DIRK WAEM - BELGA

Ce 18 mars, cela fait un an jour pour jour que Salah Abdeslam, l'un des membres du commando des attentats de Paris et de Bruxelles, était retrouvé après plusieurs mois de traque. Sa dernière cache sera une cave du 79 de la rue des Quatre Vents, à Molenbeek-Saint-Jean. La cave de l'appartement de Djemila M., mère d'Abid Aberkan.

Après avoir dû quitter précipitamment sa planque de Forest suite à l'assaut de la rue du Dries le 15 mars 2016, Salah Abdeslam (et un complice) contacte son cousin Abid Aberkan qui l'installe au 79 de la rue des Quatre Vents. C'est là que la police le cueille. Une surprise pour les autorités locales molenbeekoises car l'appartement est une propriété communale. Conséquence: dès le mois d'avril, le collège et le conseil communal (en huis clos) décident de résilier le bail de Djemila M.. Elle est sanctionnée pour ne pas avoir gérer son bien "en bon père de famille". Djemila M. plaide l'ignorance: elle ne savait pas que son fils avait caché l'homme le plus recherché d'Europe dans sa propre cave, un étage en dessous de son appartement.

La justice de paix tranchera en mai prochain

Djemila M. s'entoure d'un avocat, Maître Eric Libert. Ensemble, ils vont devant la justice de paix pour contester la décision de la commune. Mais l'affaire ne sera plaidée que ce 27 avril, soit un an après. La décision définitive, quant à elle, est attendue pour le 27 mai au plus tard. En attendant, la résiliation du bail est suspendue et Djemila M. vit toujours au 79 rue des Quatre Vents. Un aléa judiciaire que la commune de Molenbeek ne souhaite pas commenter.

Pour l'avocat de Djemila M., Eric Libert, "la commune a envoyé un préavis de quitter les lieux à ma cliente que nous avons contesté. Je demande à titre principal la nullité de la décision et à tout le moins qu'elle soit relogée. Que la commune de Molenbeek la reloge dans un logement communal ou partout ailleurs, peu importe. Mais le relogement serait dans l'intérêt des deux parties. Je rappelle que ma cliente est âgée et handicapée."

"Elle n'était pas au courant de la présence de Salah Abdeslam"

Pour Maître Libert, "on ne peut pas admettre que la commune de Molenbeek tente de se refaire une virginité autour de ma cliente, alors que les autorités locales ont laissé le radicalisme se propager et fait preuve d'un certain laxisme. Pour moi, le préavis d'expulsion est abusif. Les personnes qui se sont cachées chez elle ont également, je le dis, abusé de sa situation de femme âgée et handicapée. Confinée chez elle au rez-de-chaussée, la cave étant accessible sans devoir passer par son logement, elle ignorait tout de ce qui pouvait se passer dans sa cave. La commune de Molenbeek n'a d'ailleurs jamais pu démontrer que sa locataire était au courant de la présence de deux personnes dans sa cave. Il est donc inacceptable que l'on veuille aujourd'hui punir une innocente et victime sur le plan social.

Aucun problème éthique pour l'échevin de Rhode-Saint-Genèse

Eric Libert est avocat mais également mandataire DéFI. Il est échevin dans la commune de Rhode-Saint-Genèse et ancien député fédéral. Pour lui, le dossier brûlant qu'il traite n'engendre aucun questionnement éthique. Même si Djemila M. a été inculpée de recel de criminel, mais laissée en liberté peu après l'interpellation de Salah Abdeslam... "Dans notre thèse, ma cliente n'était pas au courant que Salah Abdeslam était dans sa cave. Quand elle l'affirme, je ne vois pas la raison de ne pas la croire", assène encore Maître Libert. "Donc elle n'était et n'est pas terroriste. Il ne faut pas l'oublier! Ses affirmations sont conformes à tout ce que l'on pourrait qualifier de vraisemblances. Si la justice avait eu le moindre doute, elle l'aurait maintenue en détention et elle aurait délivré un mandat d'arrêt. Ce qui n'a jamais été le cas. Pour toutes ces raisons, je n'ai aucun problème à la défendre."

Pour Eric Libert, il n'y a aucune raison à tenir les instances de son parti DéFi au courant de ses dossiers d'avocat. Il conteste tout questionnement d'ordre éthique. "Je n'ai aucun compte à rendre à mon parti d'un point de vue professionnel. Je n'ai de compte à rendre qu'à mon bâtonnier."

 

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