Déconfinement en Belgique : "Nous, forains, sommes une profession oubliée"

Les foires et les kermesses ne peuvent toujours pas rouvrir.
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Les foires et les kermesses ne peuvent toujours pas rouvrir. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Dans quelle catégorie placer les forains ? "Nous ne sommes pas de l’événementiel. On n’est pas des commerces. On est des ambulants. Mais je constate que nous sommes une profession oubliée." Une profession oubliée à l’heure du déconfinement progressif du pays, à quelques jours de la réouverture sous conditions des commerces non-essentiels.

Pour Patrick De Corte, de l’Union des forains de Bruxelles, "les temps sont durs, c’est compliqué". Depuis la mi-mars et l’entrée en vigueur des mesures strictes de confinement partout dans le pays, les kermesses et les foires ont été annulées. Une décision "compréhensible" au regard de l’urgence sanitaire. Mais depuis, le Conseil national de sécurité a lâché du lest et permis à plusieurs secteurs d’activités de se relancer. Mais pas tous dont les forains.

Une distance sociale sur un manège, désinfection des sujets

"Nous voulons retravailler", explique Patrick De Corte. "Et nous ne sommes pas inconscients. Nous pourrons nous adapter à la nouvelle situation. Que les grandes foires n’aient pas lieu, on le comprend. Mais les petites kermesses avec quatre ou cinq manèges, on ne comprend pas. Les centres commerciaux, les magasins de vêtements vont rouvrir le 11 mai mais pas nous. Les marchands ambulants sont également oubliés. Pourquoi ?"

Les forains disent avoir imaginé des dispositifs pour encadrer le public. "Sur un manège, vous pouvez installer une distance d’un mètre 50 par enfant. La désinfection de chaque sujet de l’attraction après chaque tour est possible. Nous pouvons imposer le masque et même en offrir à nos clients. Dans les lunaparks, l’idée est de placer des vitres en plexiglass entre chaque machine et désinfecter chaque appareil pour éviter les risques de contamination. Nous sommes prêts à tout."

Mais voilà, l’heure de reprise n’a pas encore sonné pour les gérants de grand-roue, autos tamponneuses, baraques à croustillons et autres maisons hantées. "La saison reprend à Carnaval. Cette année, cela a été rendu plus compliqué avec la tempête Ciara. Et puis est arrivé le coronavirus. En avril, il a fait un temps magnifique mais nous n’avons pas pu travailler. C’est compliqué pour les forains et notamment ceux qui ont réalisé de gros investissements pour acquérir de nouvelles attractions, parfois en leasing."

Des annulations précipitées

Patrick De Corte s’étonne également des décisions à géométrie variable des communes. "La Foire de Namur qui a lieu en juillet est annulée. La kermesse d’Auderghem qui a lieu en mai et juin aussi. Pour la Foire du Midi, qui débute mi-juillet, la Ville de Bruxelles n’a pas encore pris de décision. Moi je dis : attendons avant de se précipiter." Comprenez : la situation sanitaire peut évoluer plus favorablement. Inutile de trancher trop longtemps à l’avance, dit le forain.

Dans l’organisation de ces grandes foires, "nous pouvons aussi nous adapter avec la mise en place de couloirs d’entrées et de sorties, des barrières Nadar, la présence de stewards pour réguler les flux." Patrick De Corte entend d’ailleurs les propositions des parcs d’attractions de limitation de leur capacité à 5.000 visiteurs par jour. "Ce qui est possible dans un parc d’attractions peut l’être dans une foire."

En tout cas, Patrick De Corte souhaiterait des clarifications rapides, notamment pour les petites kermesses, sur les places des villes et des communes. "Il y a en des dizaines chaque année. En tout cas, si nous pouvions reprendre nos activités début juin, ce serait l’idéal."

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