Décharge de Basse-Wavre: 800.000 m³ à dépolluer à coups de millions d'euros

Décharge de Basse-Wavre: 800.000 m³ à dépolluer à coups de millions d'euros
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Décharge de Basse-Wavre: 800.000 m³ à dépolluer à coups de millions d'euros - © SPAQUE

800.000 m³! C'est l'énorme volume de terres comprenant des déchets accumulés pendant 54 ans dans la décharge de Basse-Wavre. Plastiques, métaux lourds, produits toxiques,... ce sont des tonnes de produits nocifs qui ont été accumulés de 1937 à 1991, une période pendant laquelle les intérêts financiers primaient sur les préoccupations environnementales. Depuis des années, le monstre crache des gaz produits par la décomposition de l'ancienne poubelle à ciel ouvert. Ils sont traités en surface. Reste que les sols ne sont toujours pas assainis. Dépolluer le site est un casse-tête. Tant sur le plan technique que sur les plans logistique, environnemental, sanitaire et financier. Selon la Spaque, l'opérateur multitâches spécialisé dans l'assainissement des sols pollués en Wallonie, la dépollution devrait coûter des millions d'euros et durer des années. L'organisme rappelle d'ailleurs que non loin de là, à Mellery, la dépollution de l'ancienne décharge dure depuis 30 ans!

A Wavre, le dossier embarrasse la majorité, inquiète des coûts énormes que la dépollution devrait engendrer. La majorité dit vouloir s'attaquer au problème en se basant sur les différentes études réalisées et sur une nouvelle analyse devant permettre de préparer le dossier d'assainissement. De son côté, l'opposition CDH et Ecolo s'impatiente. Lors du dernier conseil communal, la semaine dernière, elle a remis le dossier sur la table et a réclamé des mesures urgentes.   

Une étude de plus

Depuis 2002, les études d'orientation et de caractérisation se succèdent. Mais jusqu'il y a peu, elles étaient parcellaires. "Pour la première fois, nous disposons d'une étude d'orientation complète sur l'ensemble du site", explique Paul Brasseur, échevin en charge de la gestion des déchets. "Cela permet de connaître le périmètre exact de la décharge, des remblais et le volume concerné. L'étape suivante, c'est l'étude de caractérisation. On a un massif de déchets, un remblais et des eaux qui traversent tout cela (NDLR: cours d'eau La Dyle et nappe phréatique). On a aussi un sol crayeux en dessous du massif. L'objectif, maintenant, c'est d'avancer! Il faut donc caractériser l'ensemble, faire des analyses de risques. On connaît les polluants; mais pas les interactions entre les différents polluants, ni avec les sols ou avec l'eau. Ce n'est donc pas un dossier mince, loin de là! D'autant que certaines parcelles ont été construites sur la décharge". D'aucuns s'interrogent d'ailleurs sur l'octroi des permis pour une série d'installations et de commerces construits sur le site (ou juste à côté de celui-ci) dans les années qui ont suivi la fin de l'exploitation de la décharge.

Pour rappel, le site fait plus de 141.000 m². Soit l'équivalent de pratiquement 20 terrains de football ! Le dôme et ses environs accueillent notamment un parc à conteneurs, un centre de compostage, une station d'épuration, un centre de traitement des boues et une unité de traitement des biogaz, notamment. Au milieu des années 2000, des bâtiments commerciaux seront même construits en bordure de la chaussée de Louvain. L'émanation de gaz provoquera d'ailleurs une alerte et la fermeture de certains bâtiments.    

L'opposition met la pression   

Si la majorité promet d'accélérer le dossier en vue d'une dépollution, l'opposition wavrienne, elle, s'impatiente. "Cela fait des années que les majorités successives font traîner le dossier. Pire, elles l'étouffent médiatiquement, car elles savent que l'assainissement va leur coûter très très cher", souligne Christophe Lejeune, élu Ecolo. "Cela fait des années que cela dure. Pour nous, la coupe est pleine! Il y a urgence! La pollution de cette décharge a un impact sur la Dyle, sur la nappe phréatique et sur le sol. Nous craignons aussi un impact sur la santé des travailleurs en surface. La santé et l'écologie doivent être prioritaires à l'intérêt financier. Wavre est resté trop longtemps dans le déni. Plus on traîne, plus cela va coûter cher. Et je ne pense pas que Wavre pourra simplement refiler l'addition à la Région".    

Chantier colossal

800.000 m³ à dépolluer. Partiellement ou totalement? Il faudra attendre les résultats de l'étude de caractérisation pour en savoir plus, ce qui prendra encore des mois. "J'espère qu'on pourra avancer en 2021", commente l'échevin Paul Brasseur. "Avant d'entamer l'opération d'assainissement, il faudra confiner le site, prendre une série de précautions environnementales et sanitaires". Il faudra estimer les coûts, étudier les aspects logistiques et techniques. Bref, les riverains devront encore s'armer de patience.  

Histoire sans fin

La saga de cette ancienne décharge est déjà longue. Créée en 1937, la décharge a connu de nombreuses péripéties. En 1970, une usine de traitement des déchets voit le jour sur la partie sud-ouest du site. Dans les années '80, comme le rappelle la Spaque, un fabricant de combustible industriel loue l'usine. Celle-ci est démolie en 1983. Mais le terrain sera utilisé pour les déchets d'immondices jusqu'en 1991. 

En 1995, un parc à conteneurs s'implante en bordure du site. En 2005, des locaux commerciaux sont construits sur l'ancienne décharge. 

La Spaque, elle, interviendra une première fois en 2002. Elle est toujours présente aujourd'hui, après de nombreuses études (orientation, caractérisation) et investigations sur le biogaz, les eaux souterraines et l'environnement. C'est d'ailleurs la Spaque qui posera un drain à biogaz en 2006, pour sécuriser les commerces situés à hauteur de la chaussée de Louvain. 

Aujourd'hui, le dossier devrait enfin avancer. Reste toutefois encore beaucoup de questions en suspens. Pour certains observateurs, il ne faudrait en tout cas pas que Basse-Wavre reste dans les annales comme le fantôme de la décharge de Mellery.   

   

 

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