Décès de la petite Mawda: "Le policier qui a tiré est défait et abattu" déclare le procureur général

Le Procureur du roi Christian Henry (à gauche) à côté du Procureur Général Ignacio De la Serna, lors de la conférence de presse du Parquet ce mardi 22 mai
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Le Procureur du roi Christian Henry (à gauche) à côté du Procureur Général Ignacio De la Serna, lors de la conférence de presse du Parquet ce mardi 22 mai - © Laurent Dupuis

"Le policier qui a tiré est défait et abattu, il n'a jamais voulu, ni imaginé cela" a déclaré Ignacio De la Serna, lors de la conférence de presse du Parquet ce mardi après-midi. Ce point presse portait sur le décès de Mawda, la petite fille kurde tuée d'un coup de feu jeudi dernier lors d'une course-poursuite entre la police et une camionnette transportant des migrants, sur la E42 vers Maisières.

"Le policier qui a tiré est défait et abattu, il n'a jamais voulu, ni imaginé cela"

"Le dossier est à l’instruction, a indiqué le procureur général, la juge d’instruction va recevoir le rapport d’autopsie, nous disposons déjà des conclusions orales mais pas encore du rapport définitif, (elle va également recevoir ndlr) le rapport d’expertise balistique, ça c’est très important, et puis (il y aura ndlr) des auditions voire des confrontations et peut-être une reconstitution, cela c’est à madame la juge à voir les devoirs qui s’imposent".

"Cela a été assez chaud, oui"

Ignacio De la Serna a également évoqué la course poursuite lors de ce point presse "un véhicule de police a été percuté, la camionnette (avec les migrants ndlr) a essayé de se soustraire à plusieurs reprises à la police notamment en essayant de foncer sur leur véhicule quand ils essayaient de doubler par la gauche ou par la droite alors que (la voiture de la ndlr) police était équipée du feu bleu et que toutes les indications étaient là pour leur demander de s'arrêter, et donc cela a été assez chaud oui !".

Et les passeurs ?

"Les passeurs nous ne les avons toujours pas identifiés, indique de son côté Christian Henry, le Procureur du roi, la difficulté c'est la langue, aucune de ces personnes ne se présente comme maîtrisant la langue française et très peu comprennent l'anglais, l'ensemble de la communication, entre eux et les enquêteurs, doit donc se faire par l'intermédiaire d'interprètes. Leur langue, le Kurde, est peu usitée dans notre pays".

"L'Omerta..."

"Autre difficulté dans la reconnaissance des passeurs, poursuit le Procureur Henry, c'est dans ce domaine de la traite des êtres humains l'Omerta comme on dit en italien ou la loi du silence qui plombe tous les discours. Personne n'ose faire de déclarations sur la personne qui occupait le siège du conducteur ou celle qui était le convoyeur ou l'organisateur du passage de ces migrants de l'Allemagne vers, apparemment, la Grande-Bretagne".


 

Le procureur général Ignacio De la Serna.  Photo: Vincent Clérin

L'avocat de la famille de Mawda évoquait ce matin le "rôle obscur" joué par le Comité P

Ce mardi matin  Olivier Stein, avocat de la famille de la fillette de 2 ans affirmait que le policier qui aurait tiré le coup de feu mortel ayant entrainé le décès de la petite Mawda, lors d'une course-poursuite sur l'E42 jeudi matin, avait été identifié mais pas arrêté.

L'avocat, qui s'exprimait alors que la famille a indiqué vouloir accéder au rapport d'autopsie, indique "regretter le rôle obscur joué par le comité P" dans le cadre de l'enquête. Selon lui, les passeurs auraient été relâchés, après avoir été entendus comme témoins.

L'avocat n'a pas eu accès au rapport d'autopsie mardi matin, mais indique qu'une demande sera introduite en ce sens dans la journée, auprès du juge d'instruction chargé de l'affaire.

Aucune arme n'a été retrouvée dans la camionnette

Pendant plus d'une heure, l'avocat et la famille de la petite fille ont pu cependant consulter le dossier répressif. "La version de mes clients est largement confirmée", indique Olivier Stein à propos de ce dossier. "On sait maintenant que le tir émane de la police, que c'est un tir qui a été tiré sur la camionnette alors qu'une course-poursuite était en cours. On sait aussi qu'il n'y a aucune arme qui a été retrouvée dans la camionnette dans laquelle nos clients se trouvaient", a-t-il ajouté. Selon l'avocat, le véhicule de police qui tentait d'intercepter la camionnette qui transportait des migrants se trouvait à hauteur de la camionnette au moment du tir, et non derrière ou devant.

"On sait maintenant que le tir émane de la police, que c'est un tir qui a été tiré sur la camionnette alors qu'une course-poursuite était en cours. On sait aussi qu'il n'y a aucune arme qui a été retrouvée dans la camionnette dans laquelle nos clients se trouvaient"

"Il y a également quelque chose de très obscur sur le rôle du Comité P , poursuit Olivier Stein,  il y a un policier qui a pris l’initiative à partir du moment où la petite fille avait été tuée par balle de téléphoner au Comité P et de demander son intervention et puis le Comité P a mis fin à son intervention avant d’être ressaisi par la juge d’instruction "

La famille va se constituer partie civile dans cette affaire.

Le Comité P réagit aux propos de l'avocat

Le service d'enquêtes P, département du Comité P en charge des enquêtes pénales, agit sous le contrôle des autorités judiciaires, rappelle mardi le Comité permanent de contrôle des services de police. Ce dernier réagit ainsi aux remarques de l'avocat de la petite Mawda, Me Olivier Stein, qui fustige l'absence d'intervention du Comité P alors que celui-ci avait été informé des faits par un policier quelques minutes après ceux-ci.

Les enquêtes pénales étant elles menées par le service d'enquêtes P, il n'agit que sous le contrôle des autorités judiciaires. Pour le dossier Mawda, l'enquête se déroule donc sous l'autorité du juge d'instruction.

Les parents de Mawda pourraient rester en Belgique

Il existe des possibilités pour la famille Shawri - les parents et le frère de la jeune Mawda tuée cette semaine à la suite d'une course-poursuite avec la police - de rester au moins trois mois sur le territoire belge, le temps de faire son deuil et de participer à l'enquête, malgré l'ordre de quitter le territoire qui a frappé la trentaine de migrants - dont la famille interceptés jeudi à Maisières à l'occasion de cet événement tragique. 

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