Décembre 1944: la Bataille des Ardennes aux portes de Namur et Dinant

Le livre de Philippe Carrozza, "Les Ardennais n'oublieront jamais !" paru aux éditions Weyrich.
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Le livre de Philippe Carrozza, "Les Ardennais n'oublieront jamais !" paru aux éditions Weyrich. - © RTBF

Le 16 décembre 1944, il y a juste 70 ans, Hitler lançait dans les Ardennes une contre-offensive surprise, restée dans l'histoire sous le nom d'"Offensive Von Runstedt". De terribles batailles eurent lieu dans le Luxembourg, à Bastogne notamment, mais aussi dans la Province de Namur, à Rochefort par exemple. Les armées allemandes espéraient franchir la Meuse entre Dinant et Namur. Nous avons récolté le témoignage de Namurois qui ont vécu cette tragique période.

Henri Daubois (de Houyet) avait 20 ans en décembre 1944. Le 16 décembre, il était occupé dans la ferme de ses parents à Sanzinnes. "Nous avons aperçu des jeunes gens à vélo qui passaient devant chez nous, se souvient-il." Il s'agissait de Luxembourgeois qui avaient déserté de l'armée allemande et qui fuyaient. C'est eux qui nous ont prévenus que les Allemands avaient lancé une grande contre-offensive dans les Ardennes."

Henri et son jeune frère décident de s'enfuir à vélo. Ils passent de l'autre côté de la Meuse avant l'arrivée des troupes allemandes. Mais ses parents décident de rester à la ferme, "parce qu'ils avaient déjà fuit en quarante, se rappelle H Daubois, et que ça ne leur avait apporté que des ennuis". En plus, il fallait s'occuper des bêtes".

Henri et son frère ne reviendront à la ferme que le 19 janvier 1945. Ses parents sont saints et saufs, mais des combats se sont déroulés juste devant la ferme. La maman d'Henri Daubois a consigné les événements dans un journal, que son fils garde aujourd'hui précieusement. H Daubois raconte la débâcle de l'armée allemande, arrêtée au sud de Dinant par les Américains :

 

 

Jules Warzée (de Dinant) avait 15 ans en 1944. Pendant la guerre, il était télégraphiste. "Lorque je portais un télégramme à l'hôtel des postes de Dinant où la Gestapo était installée, se souvient-il, j'étais escorté avec un revolver pointé dans le dos. Ceux-là, c'était des méchants. Heureusement, je n'ai pas dû y retourner très souvent."

Le 16 décembre 1944, lui aussi il décide de traverser la Meuse pour échapper aux Allemands. "Ils sont arrivés très près de Dinant. Une jeep occupée par quatre Allemands déguisés en soldats américains a même sauté sur un mine au rocher Bayard. Mais les troupes allemandes n'ont pas été plus loin que Celles."

Blanche Pochet (de Vonêche) était âgée de 23 ans en décembre 44. Dans leur percée au travers de l'Ardenne belge, les troupes allemandes n'atteindront jamais le village de Vonêche où elle habitait avec sa maman. "Depuis l'arrivée de alliés, la vie reprenait son cours petit à petit, se souvient-elle. Mais moi je n'avais qu'une seule idée en tête : retrouver mon papa, arrêté par la Gestapo en 1943 et qui avait été déporté en Allemagne."

En 1943, la maison familiale des Pochet était devenue une plaque tournante de la résistance en Province de Namur. L'armée secrète avait établi non loin de là un camp (le camp du Bourlet) où quelques réfractaires au travail obligatoire en Allemagne s'étaient mués en résistants. Jusqu'à la libération, Blanche Pochet a multiplié les missions d'estafette. "Je transmettais des messages", explique-t-elle.

Maurice Balfroid (de Monceau-en-Ardenne) était au camp de Buchenwald quand l'offensive Von Runstedt a été déclenchée. Impliqué dans la résistance, il avait été arrêté en mai 1944 et déporté à Buchenwald quelques semaines plus tard. Durant un an, il a côtoyé la mort tous les jours. "C'est un miracle que je sois sorti vivant de cet enfer", confie-t-il. D'autant que l'hiver fut très rude cette année-là.

Comme Maurice Balfroid, Blanche Pochet, Jules Warzée et Henri Daubois, ils sont dix-neuf à témoigner dans le livre de notre collègue Philippe Carrozza Les Ardennais n'oublieront jamais !, paru aux éditions Weyrich. La plupart confie qu'ils n'ont pratiquement jamais parlé de cette expérience douloureuse, même à leurs proches. Tous ou presque sont nonagénaires. Un deuxième tome, proposant une vingtaine d'autres témoignages, paraîtra au début de l'année 2015.

François Louis

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