De si jolis bambous...qui sèment la zizanie entre voisins!

Une haie bien touffue...problèmes en vue
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Une haie bien touffue...problèmes en vue - © Charlotte Legrand

Appréciés pour leur côté décoratif, leur facilité d'entretien, les bambous sont également très envahissants. Ils se jouent des clôtures, des limitations de terrain, et colonisent parfois la pelouse du voisin. Comment éviter "la guerre des bambous"? Y a-t-il des méthodes efficaces? Que risque-t-on? Réponses et témoignages.

"Un véritable cauchemar". Olivier s'en souviendra toute sa vie. "Mon voisin a eu la bonne idée de planter des bambous quand il est arrivé chez lui, après quelques années on s’est retrouvé avec des bambous devant les portes, les fenêtres. La seule solution était de tout arracher!" Le voisin n'avait pas protégé les racines de ses bambous, "il y a des bâches anti-rhizomes, il n'a rien mis". Très en colère, Olivier a exigé que sa pelouse soit remise en état. "Ca s'est fait à ses frais heureusement! L'entrepreneur a tout démoli avec une grue, il a enlevé les rhizomes, retourné le terrain et resemé. Depuis plus de problème, mais je déconseille à tout le monde de mettre des bambous dans son jardin!Ca revient sans arrêt, ils peuvent se retrouver dans les gouttières, les fosses septiques, c’est un cauchemar ! ça transperce tout !"

Un autre habitant de Casteau, Louis Janssens, est très remonté contre cette espèce envahissante. "Les bambous, c'est l'enfer!", s'exclame cet agriculteur. "A cette époque de l'année, c'est la mise en prairie. On ramène les animaux dans les prairies. Alors je fais le tour de ses clôtures, pour voir si tout est en ordre. A certains endroits, j'ai de gros problèmes…les bambous envahissent les prairies, en passant sous les clotures. Je les retrouve à plusieurs mètres dans ma prairie, ça pousse très vite et très fort, c’est sans relâche qu’il faut couper ça !"

Le fermier à bout de nerfs

Il va trouver les "propriétaires" des bambous, pour qu'ils fassent quelque chose. "Ca ne peut pas rester comme ça ! j’ai des pannes de courant sans arrêt, parce que les bambous poussent en dessous et sur la clôture …Quand je passe sur la prairie avec mon tracteur, pour les taupinières, les bambous s'accrochent à la machine, aux lames, c’est de la merde! Et si on fauche, c’est encore pire, ils sont là dans le foin et ils se reproduisent. Et comme on ne peut plus pulvériser tout ça…c’est envahissant, c’est fort. Je suis fatigué. J'ai demandé à ce que les propriétaires des bambous coupent, régulièrement, il ne faut plus que ça touche mes clôtures".

Le Code Rural prévoit des dispositions en matière de plantation. Il distingue les plantations "à hautes tiges" et "à basses tiges". C'est la hauteur des tiges à l'âge adulte qui prévaut. Au-delà de 3 mètres (ce qui est fréquent pour les bambous...), on parle de hautes tiges. Dans ce cas, une distance de deux mètres doit être respectée entre les bambous et la limite du terrain voisin.

Dans certaines communes, "no pasaran!"

Les communes peuvent prendre des dispositions plus précises, pour éviter les problèmes de voisinage. Ainsi, à Lasnes, on trouve dans le règlement de police l'interdiction totale de planter des haies de bambous (pareil pour d'autres espèces à hautes tiges). Pour connaître les usages spécifiques, on conseille de se renseigner auprès du greffe de la justice de paix (du canton concerné).

Quand la dispute éclate

Avocate à Mons, Caroline Bosco a déjà dû défendre un client, "envahi" par les bambous de son voisin. "Cette personne a un espace bien-être. Les racines des bambous venaient en-dessous de la structure, et menaçaient de la soulever". C'est devant la justice de paix que se règle ce type de problème de voisinage. "On n’en a pas énormément, mais ça arrive chaque année ", explique-t-on à la justice de paix d’Ath Lessines. " Ca aboutit généralement en conciliation, c'est-à-dire que l’un des voisins invite l’autre à venir pour trouver une solution". Attention que le voisin...n'est pas obligé de se rendre à la conciliation! Ni de tenir ses promesses. "Dans mon cas, il n'y a pas eu de réaction de la part de la voisine. Alors on n'a pas d'autre choix que de partir en procédure classique. Là, le juge se rend sur place. Il peut mandater un expert judiciaire pour examiner les dégâts potentiels, dire ce qu'il préconise etc. Dans cette affaire, l'autre personne a dû installer une barrière anti-rhizome, pour mettre un terme à cette situation". Les frais de procédure grimpent très vite. L'affaire aura coûté plus de 4000 euros à la voisine. "Il faut savoir que ce type de problème est en général couvert par les assurances. Une protection juridique est généralement prévue dans le contrat d'assurance habitation", précise encore Maître Bosco.

Le bambou, on en viendra tous à bout (ou pas)

Alain Slosse est entrepreneur "parc et jardins" à Casteau. Régulièrement on a des problèmes avec les bambous, et leurs racines incontrôlables. Il existe heureusement des barrières anti rhizomes que l'on fait dépasser à 15cm au dessus du sol, et un peu en-dessous. Ca arrête les racines, mais il faut que ce soit réalisé de façon très hermétique. A la moindre brèche, le rhizome s'infiltre et devient incontrôlable". Pour l'instant, ce type de barrière est la seule précaution. "Il en existe de plusieurs types, il faut choisir un matériau assez épais!". Quant au choix des bambous, là aussi il convient de se renseigner. "De très nombreuses variétés existent. Avec des feuilles plus ou moins grandes, une épaisseur plus ou moins grosse...Certaines sont beaucoup plus voraces que d'autres! Avec les bambous à petites feuilles, par exemple, vous aurez beaucoup moins de problèmes! Mais c'est moins décoratif..."

Plusieurs fois par an, Alain Slosse est appelé à la rescousse pour arracher des bambous. "Un de mes clients avait des bambous au milieu de son terrain. A dix mètres de part et d'autre des terrains voisins. Hé bien les racines ont attaqué les deux terrains! Les deux voisins ont eu des problèmes!" Un autre client a vu les margelles de sa piscine se soulever, à cause des bambous. Un peu plus tard, suite à des problèmes de conduites d'eau, il découvrait des racines de bambous...dans ses corniches! "Ca bouchait tout...une horreur!"

Et si on adoptait un panda?

C'est la solution préconisée par certains. Tian Bao, Hao Hao et leurs "petits" copains peuvent manger jusqu'à 20 kilos par jour. Adieu les rhizomes et les problèmes de voisinage! Reste à convaincre le parc Pairi Daiza de prêter ses gourmands pensionnaires. C'est pas gagné.

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