Coronavirus: de Schaerbeek à Molenbeek, un Ramadan chamboulé par le confinement

De Schaerbeek à Molenbeek : un Ramadan chamboulé par la confinement
De Schaerbeek à Molenbeek : un Ramadan chamboulé par la confinement - © Jonas Hamers - ImageGlobe

C’est le quatrième pilier de l’islam. Un pilier sous pression cette année suite aux mesures de confinement. La communauté fera tout pour qu'il ne vacille pas malgré le contexte.

Ce vendredi commence le traditionnel mois de jeûne pour la communauté musulmane. Le Conseil national de sécurité ne laisse planer aucun doute : comme pour les festivités liées à Pâques, il n’y aura pas d’exception pour le Ramadan, qui se tiendra bel et bien malgré certaines rumeurs, mais sous une forme largement adaptée.

Mosquées fermées, réunions familiales limitées aux personnes vivant sous le même toit, pas de rassemblements après la rupture du jeûne : c’est un Ramadan inédit que s’apprêtent à vivre les quelque 700.000 musulmans de Belgique.

On peut vivre la solidarité autrement

Ce moment fort de l’islam charrie toute une série de valeurs et pratiques. Si celles d’introspection, de recueillement et de spiritualité pourraient même être facilitées par le confinement, d’autres sont à réinventer.

"Se rassembler, inviter les voisins, les proches, la famille, ceux qui sont dans le besoin : il va falloir s’en passer, pose Salah Echallaoui. Mais on peut vivre la solidarité autrement, en faisant des dons par exemple, notamment aux hôpitaux", explique le vice-président de l’Exécutif des musulmans de Belgique.

Réinventer la solidarité, c’est par exemple ce que s’attelleront à faire les quinze mosquées schaerbeekoises. A la place des repas habituellement préparés pour les plus vulnérables, les responsables de ces lieux de culte se sont organisés pour "faire des collectes de denrées alimentaires. Des bénévoles travaillent en ce moment d’arrache-pied pour faire des paquets qui seront distribués aux personnes dans le besoin", explique Mohamed Allaf, président de l’association des mosquées schaerbeekoises.

Après l’iftar, il y a cette envie de sortir et de se rassembler

Limiter les contacts pour réduire au maximum les chaînes de transmission du virus : c’est l’enjeu de ce Ramadan très particulier.

En Région bruxelloise, où près d’un habitant sur quatre est de confession musulmane, plusieurs communes ont mis en place une stratégie d’accompagnement. C’est le cas de Molenbeek et Schaerbeek, deux communes où la proportion de musulmans est importante.

Un premier point d’attention concerne les commerces d’alimentation, habituellement pris d’assaut par les familles en fin de journée en prévision de la rupture du jeûne (l’iftar). Si l’Exécutif des musulmans conseille aux fidèles de "ne pas attendre la fin de journée pour procéder à leurs achats", les communes ont également joué leur rôle. "On est en train de finir le tour des magasins pour sensibiliser à la distanciation sociale", explique-t-on au cabinet du bourgmestre de Schaerbeek.


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Les autorités molenbeekoises ont, quant à elles, misé sur "des marquages au sol stricts à la sortie des commerces d’alimentation et de certains autres commerces jugés sensibles". Dans cette commune, les gardiens de la paix et les travailleurs sociaux adapteront également leur horaire pendant le Ramadan "pour être présents en nombre dans l’espace public pendant les heures qui précèdent la rupture du jeûne".

Un autre point d’attention concerne une tradition bien ancrée : celle des rassemblements dans la foulée de la rupture du jeûne. "On sait qu’après l’iftar, il y a cette envie de sortir et de se rassembler", commente le cabinet de la bourgmestre de Schaerbeek.

Si l’Exécutif des musulmans insiste sur l’interdiction de ces rassemblements cette année, la commune de Schaerbeek mobilisera également en soirée ses éducateurs de rue et ses gardiens de la paix, afin d’assurer un rôle de veille et de rappeler la mesure le cas échéant.

J’ai confiance en la communauté musulmane

Les épidémiologistes sont unanimes : afin d’éviter un pic de contamination au sein de la communauté musulmane, le respect des mesures du confinement est nécessaire. Sur le terrain, la tendance est plutôt à la confiance.

Au cabinet de la bourgmestre Catherine Moureaux, "on rappelle que les citoyens molenbeekois font preuve d’un civisme important depuis le début de la crise, et ce d’autant plus qu’un certain nombre d’entre eux vivent dans des conditions de promiscuité difficiles."

La tonalité est la même à Schaerbeek. "Normalement, cela se passera bien, prédit Mohamed Allaf, président de l’association des mosquées schaerbeekoises. Les consignes sont bien claires. C’est une question de santé publique. Beaucoup de gens sont conscients de la gravité de la situation."

"J’ai confiance en la communauté musulmane, abonde Salah Echallaoui. Elle est consciente des risques et comprend très bien la situation dans laquelle nous vivons", estime le vice-président de l’Exécutif des musulmans.

Une personne qui sauve des vies ne doit pas donner la priorité au culte

Pour ce Ramadan en mode confiné, le Conseil des théologiens de l’Exécutif des musulmans s’est accordé sur une dernière mesure. Aux catégories de fidèles habituellement dispensées de l’observation du jeûne (les personnes âgées ou les femmes enceintes par exemple) s’ajouteront exceptionnellement cette année "les personnes de confession musulmane qui travaillent en première ligne dans la lutte contre la pandémie de coronavirus. […] Cela concerne principalement les membres du personnel des hôpitaux, des homes et des entreprises de pompes funèbres."

La dispense de jeûne n’est pas automatique et résulte d’un choix personnel, en cas de "difficultés insurmontables". A titre personnel, Salah Echallaoui s’oppose en tout cas à l’idée qui circule dans la communauté de recommander à ces fidèles-là de prendre congé. "Prendre congé pendant le mois de Ramadan, c’est comme déserter pendant la guerre, tranche le vice-président de l’exécutif. C’est inacceptable. On ne peut pas recommander à une personne qui sauve des vies de donner la priorité au culte."

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