De 8 à 16 millions : le coût de la rénovation de la piscine du Neptunium à la dérive, Schaerbeek en appelle à Sophie Wilmès

De 8 millions à 16 millions : le coût de la rénovation de la piscine du Neptunium à la dérive, Schaerbeek en appelle à Wilmès
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De 8 millions à 16 millions : le coût de la rénovation de la piscine du Neptunium à la dérive, Schaerbeek en appelle à Wilmès - © Tous droits réservés

C’est un chantier qui devait coûter aux environs de huit millions d’euros. Mais la facture atteindra vraisemblablement le double ! La rénovation de la piscine du Neptunium, à Schaerbeek, part à la dérive. Les vannes des surcoûts sont ouvertes et plus rien ne semble les arrêter ! "Année après année, ce chantier, pour de bonnes et de mauvaises raisons, a commencé à déraper. Maintenant, nous disons stop", s’énerve Vincent Vanhalewyn (Ecolo), échevin des Travaux publics.

Car les suppléments sont à charge de la commune bien qu’elle ne mène pas les travaux. Le maître d’ouvrage s’appelle ici Beliris, l’accord de coopération entre l’Etat fédéral et la Région bruxelloise. Celui-ci est présidé par la Première ministre, Sophie Wilmès (MR). Les autorités communales vont lui adresser un courrier officiel ainsi qu’à Rudi Vervoort (PS), ministre-président de la Région bruxelloise.

1,9 million d’euros au départ pour la commune

Tout commence en 2016 : Schaerbeek et Beliris signent un accord pour rénover le Neptunium, le bassin de natation communal, construit en 1953, petite merveille moderniste. Le chantier concerne les parties aquatiques à savoir la piscine et les douches afin de mettre l’ensemble aux normes d’hygiène et de sécurité. Les autres parties du bâtiment (cafétéria, salles de sport), seront réaménagées plus tard. Beliris se charge de gérer le chantier et le finance à hauteur 6,5 millions d’euros. Quant à Schaerbeek, sa participation au budget est de 1,9 million. Mais – et ce n’est pas rien -, elle s’engage à payer les éventuels dépassements.

Le chantier démarre à l’été 2017. Rapidement, un premier problème apparaît : l’amiante est partout. Impossible de fermer les yeux. Un chantier complémentaire est approuvé, moyennant surcoûts. Et d’année en année, l’opération de rénovation va connaître d’autres surprises comme le remplacement complet du carrelage du grand bassin par exemple. La note va grimper, grimper et encore grimper. "Un total de 8.690.000 euros pour la part communale. En ajoutant la part de Beliris pour les travaux, on arrive à un total de 14.690.000 euros", nous précise Vincent Vanhalewyn.

Des informations récentes nous font craindre de mauvaises nouvelles

Pour le détail, Schaerbeek avait budgété 2,4 millions en 2016, 2,3 millions en 2018, 3,49 millions en 2019, 500.000 euros en 2020. "L’effort que la commune a fait au fil des années est donc très important et dépasse largement les engagements initiaux. Théoriquement, ils devraient être suffisants", suppose l’échevin dans une réponse écrite au conseiller communal cdH Cédric Mahieu. "Cependant des informations toutes récentes nous font craindre de mauvaises nouvelles."

Lesquelles ? Les travaux de parachèvement et de nouveaux garde-corps "dont on découvre seulement maintenant qu’ils ne seraient pas aux normes" devraient coûter 1,7 million. Sans oublier les indemnités que l’entrepreneur Strabag pourrait réclamer pour "prendre en compte les surcoûts auxquels il est exposé à cause de l’augmentation de la durée du chantier". La fourchette est comprise entre 300.000 et… trois millions d’euros ! Une négociation serait déjà en cours, selon nos informations.

Amiante dans le plafonnage

De son côté, Beliris confirme les surcoûts successifs. "Ceux-ci s’expliquent d’abord par la présence d’amiante complémentaire, notamment dans le plafonnage", précise Marianne Hiernaux, porte-parole. "Des tests ont été réalisés avant chantier. Mais dans une piscine en activité, difficile de réaliser des tests trop destructifs." Des surprises étaient donc envisagées dit Beliris.

Ensuite, "l’étanchéité du grand bassin, la pièce principale du Neptunium. Quand la cuve a été vidée, l’état de celle-ci était moins bon que ce qui avait été constaté lors des analyses avec la cuve pleine. Quand on vide une cuve, il y a des changements de température. Les carrelages ont bougé et il a fallu les refaire en grande partie."

Enfin, Beliris ajoute que la commune a commandé des travaux complémentaires de confort et d’électricité, "non prévus dans l’accord principal".

"En tout cas, maintenant, nous disons stop ! Car les budgets engagés aujourd’hui devaient initialement servir à rénover le reste du bâtiment du Neptunium", ajoute l’échevin qui s’adresse à la Première ministre Sophie Wilmès et au ministre-président bruxellois Rudi Vervoort. "Un courrier va partir. Nous savons que la Première ministre a d’autres préoccupations pour le moment. Mais le nouvel avenant de Beliris doit être négocié à la rentrée."

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Le chantier n’a pas été géré correctement par Beliris

Schaerbeek refuse aujourd’hui de verser un euro de plus que les 8,690 millions déjà déboursés. "Nous avons déjà fait de très gros efforts. Ce n’est pas un petit surcoût et nous avons assez d’éléments pour montrer que le chantier n’a pas été géré correctement par Beliris." Schaerbeek n’en dit pour l’instant pas davantage.

La commune réclame également du Fédéral "une enveloppe pour prendre en charge les études et les travaux de la rénovation du reste du bâtiment afin d’y développer des espaces sportifs".

Pour Vincent Vanhalewyn, le principe du financement de Beliris en enveloppe fermée ne fonctionne plus. "Le principe qui consiste à dire, je suis maître d’ouvrage mais tous les surcoûts ne m’incombent pas, a trouvé ses limites. Une solution ? Beliris subsidie les projets mais ce sont les communes qui gèrent directement les chantiers. Le système actuel ne fonctionne plus. Personne ne l’accepterait aujourd’hui car il ne responsabilise pas le payeur."

Une réouverture encore repoussée

Reste à savoir quel est l’état d’avancement du chantier ? Le désamiantage est terminé depuis février. Avec le coronavirus, le chantier a été mis sur pause entre mars et mai. "Il est peu probable que les délais prévus en janvier 2020 soient respectés, à savoir juillet 2021 pour une réouverture de la piscine en septembre 2021."

Dernier élément : Beliris a déjà procédé à des rénovations de piscines en Région bruxelloise. Celle du Nereus, plus petite, à Ganshoren coûté 6,5 millions et celle de Molenbeek un peu plus de neuf millions d’euros.

Dans ce dossier, l'opposition cdH demande, par la voix de Violette Gashi, administratrice à Sport 1030, "l'interruption du recrutement du manager piscine - la commune ne va pas payer quelqu'un des mois pour une piscine vide - et des explications complémentaires par rapport aux fautes commises par Beliris. Nous soutenons la demande de financement complémentaire auprès de Beliris. Ce n'est pas aux Schaerbeekois à payer la note de la mauvaise gestion de ce chantier!"

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