Dans les coulisses des hôpitaux : un hommage aux travailleurs invisibles

Dans les coulisses des hôpitaux: ceux dont on ne vous parle pas
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Dans les coulisses des hôpitaux: ceux dont on ne vous parle pas - © Tous droits réservés

Informaticiens, réparateurs de machines, techniciennes de surface, cuisinières… Sans eux, l’hôpital peut fermer ses portes. Les unités covid-19 ne tournent pas. Une photographe, Marie Saintenoy, a suivi ces travailleurs dans leur quotidien. Elle a voulu donner un coup de projecteur sur ces métiers oubliés, des employés, des ouvriers qui triment et "encaissent" depuis des mois. Itinéraire d’une photographe engagée, pour qui il y aura un "avant" et un "après" covid-19.

Tout a commencé par une discussion sur Skype. Un apéro avec une amie qui gère toute la logistique dans un grand hôpital français. "Je lui parlais de mon projet d’aller à la rencontre du monde médical. Elle m’a dit 'pourquoi ne t’intéresserais-tu pas à tous ces gens qui restent dans l’ombre, qui gravitent autour des soignants, mais dont on ne parle pas, qui ne sont pas médiatisés, remerciés, qu’on n’applaudit pas ? Leur travail est essentiel, pourtant !"

Quelques jours plus tard, Marie Saintenoy contactait l’hôpital Ambroise Paré, puis commençait ses rencontres avec les services "de l’ombre". "J’y ai été très bien accueillie", raconte-t-elle en nous montrant ses photos. "Ici par exemple, j’étais avec un technicien biomédical, en charge de la maintenance des machines. Ces photos ont été prises avec tout le personnel des cuisines, qui travaille à la chaîne pour fournir des centaines de repas, tous les jours. Là, ce sont les agents de sécurité. Le service informatique, encore plus dans l’ombre que les autres. Et pourtant essentiel pour faire tourner l’hôpital".

Avec leur accord, elle suit tous ces travailleurs dans leur quotidien. Elle se retrouve au cœur de la lingerie du grand hôpital, un lieu clé, où la charge de travail s’est considérablement alourdie ces derniers mois. "Notamment parce que les patients covid arrivent quasiment sans affaires personnelles, il faut leur fournir beaucoup plus de linge, tout doit être sans cesse décontaminé…" Entre deux prises de vues, des confidences, parfois… Des récits émouvants, des images qui resteront. "Comme cette dame qui me disait que d’ordinaire ils fournissent les linceuls à la demande, ils les amènent dans le service qui en a besoin. Avec la crise que l’on a connue, parfois c’était par paquet entier qu’il fallait amener les linceuls. C’est choquant, cela témoigne de l’ampleur de la maladie. Même si on ne voit pas les corps. Ce camion frigorifique, aussi, qui venait en support de la morgue…"

Elle a parfois les larmes aux yeux quand elle en parle, et ses photos véhiculent une grande charge émotionnelle. "D’ailleurs je n’arrive pas à choisir celles dont j’aimerais faire un diaporama, elles me parlent toutes tellement !". Marie Saintenoy a écarquillé les yeux lorsqu’elle a vu les équipes de nettoyage passer la lingette sur chaque centimètre carré de services entiers. "Le moindre bouton, le moindre verrou, les barreaux des lits… Tout doit être parfaitement propre, car en ce moment on prépare la reconversion de certains services covid-19 en unités plus spécialisées, comme avant. Vu que le nombre de cas diminue dans les hôpitaux, on revient à une situation plus normalisée, et cela mobilise aussi de nombreux travailleurs".

Lors de son immersion dans les couloirs d’Ambroise Paré, Marie Saintenoy a découvert des "métiers" dont elle ignorait l’existence, ou des activités bénévoles, devenues centrales pour le confort des patients et des familles. "J’ai vu des personnes occupées à ouvrir des colis, à les trier, à désinfecter tout ce qui s’y trouvait. C’était ce que les familles apportaient à leurs proches, traités dans des unités covid. Rien ne peut être transmis directement. Les bénévoles se chargent de ce travail minutieux. C’est impressionnant".

 

C’est sûr, pour elle, il y aura un "avant" et un "après" coronavirus. D’un point de vue très pratique, financier, la crise a anéanti son carnet de commandes. Les événements "business", les portraits d’entreprises ont été annulés, ou reportés, sans parler des mariages, des communions. Investir un nouveau "terrain" était une façon de rester en activité, de montrer de nouvelles facettes de son travail. Mais pour elle qui a exercé 16 ans comme assistante sociale, c’est aussi l’occasion d’imprimer un tournant à son métier de photographe. Réconcilier le travail artistique et le souci des autres, l’écoute. "J’aimerais avoir d’autres projets de ce genre, à l’avenir". Le directeur d’un milieu d’accueil pour enfants placés par le juge l’a déjà contactée. Elle débute ce lundi un "journal de confinement", dans les couloirs de l’institution.

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