Crime raciste de Schaerbeek en 2002 : la princesse Esmeralda devient marraine de la Habiba-Ahmed Foundation

"J’ai décidé de marrainer la Habiba-Ahmed Foundation parce que je suis convaincue qu’il est de notre devoir à tous, aujourd’hui plus que jamais, de lutter contre le racisme, le racisme sous toutes ses formes."

C’est par ces mots, prononcés dans une vidéo postée ce vendredi sur les différentes plateformes de cette fondation, que la princesse Esmeralda de Belgique, demi-sœur des rois Baudouin et Albert II, tante du roi Philippe, annonce son soutien aux actions de Kenza Isnasni, l’une des rescapés de la tuerie raciste survenue à Schaerbeek le 7 mai 2002.

L’appel "Devoir de mémoire contre le racisme"

Il y a 19 ans jour pour jour, rue Vanderlinden 121, Hendrik Vyt, sympathisant notoire du Vlaams Blok fait irruption, une arme à la main, chez ses voisins marocains, la famille Isnasni. Il abat les parents, Habiba El Hajji, 45 ans et Ahmed Isnasni, 47 ans. Il tire sur les enfants, Walid et Yassine, sauvés de la mort par leur voisin Gérard Buyck. Hendrik Vyt mettra ensuite le feu à la maison. Il périra intoxiqué. Un double crime raciste qui choque tout le pays.

Depuis, Kenza Isnasni, la fille aînée, poursuit sans relâche un travail de mémoire. Outre une commémoration annuelle, elle demande en 2018 à la commune de Schaerbeek qu’une portion de la rue du drame devienne la rue Habiba-Ahmed. L’année dernière, elle lance la Habiba Ahmed Foundation dont l’objectif est de lutter contre le racisme.

Cette année, c’est le lancement d’un site Internet et d’un appel "Devoir de mémoire contre le racisme". "Nous appelons tous les citoyens à le rejoindre et à le signer", explique Kenza Isnasni. "Cette initiative appelant à la vigilance et à la reconnaissance aspire à être rassembleuse."

Les mots et les discours peuvent conduire au crime

C’est dans ce cadre que la princesse Esmeralda de Belgique a accepté de devenir l’une des marraines du comité de parrains et marraines de la fondation. "Le 7 mai 2002 nous a prouvé de manière tragique que les mots et les discours haineux et violents pouvaient conduire au crime", dit la membre de la famille royale.

"Aujourd’hui, dans le monde, ces discours et ces propos ont tendance à se propager. Il est urgent qu’on les dénonce, qu’on ne soit pas raciste mais qu’on soit anti-raciste. La fondation a pour objectif le dialogue, la paix et la compréhension entre les différentes communautés."

Pour la princesse, le devoir de mémoire est nécessaire pour ne pas oublier le "crime abject" du 7 mai 2002, survenu peu après la défaite de Jean-Marie Le Pen, président du Front national, lors de l’élection présidentielle en France.

"La haine ne peut pas chasser la haine. Seul l’amour le peut", conclut Esmeralda de Belgique, connue pour ses prises de position antiracistes et écologistes - elle publie d'ailleurs le livre "Quel monde pour demain?" avec Adelaïde Charlier. L’an dernier, en pleine vague "Black lives matter", elle avait notamment appelé le palais à présenter ses excuses au sujet des crimes commis lors de la colonisation du Congo, entreprise par Léopold II.

"La princesse Esmeralda de Belgique a été très vite touchée. Elle a apporté son soutien dès le départ et j’en étais très émue", nous dit Kenza Isnasni.

J’ai été très touchée par la sensibilité de la princesse

"J’ai été très touchée par sa sensibilité. Elle force l’admiration dans ses prises de position justes et sincères. Son geste est digne d’une femme de valeur et d’intégrité. La création de ce comité de parrains et marraines au sein de la Habiba Ahmed Foundation s’est faite dans l’idée de porter ensemble un message d’unité au travers de nos différents parcours."

Le comité ne compte ainsi pas que la princesse Esmeralda. On retrouve aussi l’auteur-compositeur-interprète, rappeur et écrivain franco-rwandais Gaël Faye. L’auteur du livre "Petit pays", prix Goncourt des lycéens qui raconte la vie d’un enfant au cœur du génocide rwandais.

Outre Gael Faye, le comité compte aussi un proche de ce dernier, l’acteur et dramaturge Dorcy Rugamba, premier prix du Conservatoire de Liège. Ce dernier a mis en scène la pièce "L’instruction" parlant du procès de dignitaires nazis ainsi que "Bloody niggers".

Enfin, troisième personnalité reprise dans le comité, Fatima Zibouh. Politologue, chercheuse, responsable anti-discrimination chez Actiris, celle-ci est régulièrement invitée pour parler des questions de diversité. L’an dernier, celle-ci a intégré le CIJ, le Centre pour la justice intersectionnelle basée à Berlin.

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Les trois autres marraine et parrains de la fondation: Gaël Faye, Fatima Zibouh et Dorcy Rugamba. © AFP/Facebook/D.R.

La fondation mise sur pied par Kenza Isnasni, porte un message : la mise en avant des parcours issus de la diversité. D’où l’importance, pour la fondation, d’aboutir au changement de nom de la rue.

Une génération de parents ayant tant sacrifié

"C’est porter cette mémoire pour les générations futures, c’est rappeler et honorer une mémoire collective inscrite dans l’histoire de la Belgique au nom de toute une génération de parents ayant tant sacrifié pour leur descendance, qui font aussi la Belgique d’aujourd’hui", rappelle Kenza Isnasni.

La demande n’a pas encore pu aboutir à ce stade. "Nommer une rue, c’est une transformation positive", rappelle Kenza Isnasni. "Pour la mémoire, nommer une rue, c’est reconnaître de manière pragmatique et symbolique la richesse d’une société, son apport, son évolution, son histoire croisant les regards du passé et du présent."

Quant au site Internet de la fondation, il retracera les 19 ans d’engagements et informera sur l’état d’avancée des initiatives en vue du 7 mai 2022, lors de la commémoration des 20 ans du crime raciste de Schaerbeek.

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