Crash de Gelbressée: une parabole plutôt qu'un tonneau barriqué?

Le pilote du Pilatus aurait perdu le contrôle de l'avion en effectuant une parabole, selon l'expert judiciaire
Le pilote du Pilatus aurait perdu le contrôle de l'avion en effectuant une parabole, selon l'expert judiciaire - © Belga Image

Le 19 octobre 2013, l’accident d’un avion de parachutisme avait causé la mort de onze personnes à Gelbressée, près de Namur. L’an dernier, un premier rapport présenté oralement par les experts du SPF Mobilité avait pointé la responsabilité du pilote, qui aurait effectué une manœuvre périlleuse. Mais un autre rapport, rédigé cette fois par l'expert judiciaire, aboutit à des conclusions plus nuancées. Nous avons pu consulter ce document de 52 pages: le pilote n'est pas mis hors de cause, mais d'autres responsabilités pourraient être envisagées.

Pour l’expert judiciaire, c’est une parabole ratée qui a causé l’accident. La parabole, le pilote la réalise pour offrir quelques instants d'apesanteur aux parachutistes avides de sensations. C’était apparemment une pratique courante au Paraclub de Namur.

Dans son rapport, l’expert indique que cette parabole a vraisemblablement été effectuée dans les limites autorisées par l’avion. Mais avec autant de monde à bord, ce n'était pas sans risque. En fin de manœuvre, les dix parachutistes se sont retrouvés agglutinés contre le pilote, ce qui a modifié le centre de gravité du Pilatus. Le pilote, sans doute gêné, a perdu le contrôle de la situation.

Le pilote n’est pas blanchi

Pour l’expert judiciaire, le pilote est toujours responsable de ses passagers et de son avion. Mais il ne parle dans son chef que d’une erreur de gestion et de prévoyance. Et surtout, il pointe un contexte, le climat qui régnait au sein du Paraclub. Selon l’expert, il faut aussi envisager la responsabilité des pilotes qui faisaient parfois des manœuvres non-autorisées, qui frôlaient ou dépassaient les limites autorisées par le manuel de vol; la responsabilité du gérant qui les laissait faire; celle du propriétaire de l’avion qui devait surveiller que l’on respecte son appareil; et même la responsabilité des parachutistes qui ont coutume d’inciter le pilote à pousser l’avion dans ses limites.

Les responsabilités pourraient donc être plus nuancées, comme le confirme l’oncle du pilote, Olivier Lalmand:

"Ce qui ressort de ça pour nous et ce qui est essentiel, c’est de voir que sa responsabilité n’est plus engagée, comme elle était engagée lors de la conférence de presse d’avril 2014. Et ici, les responsabilités seraient en tout cas partagées.Il n’est cependant pas mis hors de cause, puisqu’on reste toujours responsable de son avion et des manœuvres. Mais c’est beaucoup plus nuancé. On ne parle plus de figure de voltige, que l’avion et lui-même n’étaient pas capables de faire. Tenant compte de ce qu’on a entendu des différents témoignages, ça parait plus plausible effectivement."

Responsabilités diluées ?

La lecture des événements par l’expert judiciaire est donc différente de celle présentée oralement l’an dernier par les experts du SPF Mobilité (leurs conclusions écrites se font toujours attendre). Ces experts parlaient déjà d’une manœuvre, mais il était question d’un tonneau barriqué, et pas d’une parabole. En outre, leurs conclusions laissaient penser que le pilote était seul responsable. La vérité judiciaire sera peut-être plus nuancée.

Notez que le rapport d’expertise judiciaire est un élément parmi d’autres dans le dossier d’instruction. Les parties civiles qui en ont pris connaissance peuvent réagir et demander des devoirs complémentaires. L'enquête n'est donc pas terminée.

Hugues Van Peel

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