Crash de Gelbressée: un deuxième rapport dilue les reponsabilités

Le pilote du Pilatus est-il seul responsable du crash? Un deuxième rapport nuance.
Le pilote du Pilatus est-il seul responsable du crash? Un deuxième rapport nuance. - © Belga Image

Le crash de l'avion du Paraclub de Namur avait causé la mort de onze personnes le 19 octobre 2013 à Gelbressée. Un premier rapport présenté oralement l’an dernier par les experts du SPF Mobilité avait pointé la responsabilité du pilote qui aurait effectué une manœuvre périlleuse. Mais un autre rapport commandé par la juge d’instruction, et que les parties civiles ont pu consulter ces dernières semaines, aboutit à des conclusions plus nuancées : le pilote n'est pas disculpé mais les responsabilités pourraient être diluées.

La lumière sera-t-elle faite un jour sur les circonstances et les causes exactes de l’accident ? L'enquête se poursuit, et le dossier d'instruction s'alourdit de semaine en semaine. Au printemps 2014, les experts aéronautiques du SPF Mobilité ont présenté oralement le scénario du tonneau barriqué : une manœuvre acrobatique effectuée volontairement par le pilote aurait provoqué la rupture d’une aile et la chute de l’avion. La version écrite de ce rapport se fait toujours attendre. 

Mais un autre rapport remis à l'automne est moins catégorique. Rédigé par l'expert judiciaire, il évoque toujours une manœuvre, mais ne parle pas de tonneau barriqué. Et surtout, d’autres responsabilités sont envisagées. "On a effectivement un rapport d'expertise qui est moins orienté exclusivement vers le pilote, explique Vincent Macq, le procureur du Roi de Namur. Ce rapport contextualise un peu plus, il pose des questions en terme de responsabilité non seulement par rapport au pilote mais aussi par rapport à d'autres acteurs du dossier. Selon l'expert, on a donc la possibilité de responsabilités plus diluées".

Le procureur reste discret sur les personnes, physiques ou morales, qui pourraient être mises en cause. Mais on peut penser qu'il est question notamment du fonctionnement du Paraclub et de l'attitude des autres pilotes qui ont pris les commandes du Pilatus avant la rotation fatale.

Les proches du pilote quelque peu soulagés

Pour la famille du pilote, ce rapport d'expertise judiciaire est une bonne nouvelle. "Nous n'avons jamais cherché à enlever toute responsabilité à Fabrice, explique Olivier Lalmand, l'oncle du pilote. Mais il était un peu facile de lui faire porter le chapeau à lui seul. Nous allons maintenant étudier attentivement ce rapport et nous demanderons sans doute des devoirs complémentaires, par exemple sur l'état de l'avion avant le décollage".

Toutes les parties civiles sont en droit de réclamer des devoirs complémentaires, "à condition que ces devoirs participent à la manifestation de la vérité", précise le procureur du Roi. L'enquête pourrait donc encore durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Y aura-t-il un jour un procès?

Finalement, au moment de rédiger ses conclusions, la juge d'instruction devra faire le tri parmi tous les éléments du dossier. Le rapport de l'expert judiciaire et le rapport des experts du SPF Mobilité sont deux pièces parmi d'autres dans ce vaste puzzle. "La vraie question, c'est de savoir si nous pourrons un jour reconstituer ce puzzle de façon satisfaisante, pour obtenir une image aussi proche que possible de la réalité, conclut le procureur Vincent Macq. Si certaines pièces fondamentales manquent, il faudra bien en tirer les conséquences".

Dans ce dossier, trois directions sont possibles : une extinction des poursuites si le pilote décédé est considéré comme le seul responsable, un non-lieu si aucune responsabilité pénale ne peut être établie, ou un procès en correctionnelle si la responsabilité pénale de certains acteurs encore vivants peut être engagée.

Hugues Van Peel

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