Crash de Gelbressée: un an après, l'enquête n'est toujours pas clôturée

Il y a presque un an, le 19 octobre 2013, un pilote et 10 parachutistes perdaient ici la vie dans le crash de leur avion.
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Il y a presque un an, le 19 octobre 2013, un pilote et 10 parachutistes perdaient ici la vie dans le crash de leur avion. - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

L'accident est encore dans toutes les mémoires. Il y a presque un an, le 19 octobre 2013, un pilote et 10 parachutistes perdaient la vie dans le crash de leur avion à Gelbressée, près de Namur. Les victimes étaient membres du Paraclub installé à l’aérodrome de Temploux. Un hommage leur sera rendu dimanche après-midi, en présence de leurs proches. L'enquête sur le crash, elle, n'est toujours pas terminée. De nouvelles auditions ont encore eu lieu cette semaine.

La juge d'instruction continue d'engranger les témoignages, mais elle attend surtout maintenant le rapport des experts aéronautiques. Il lui sera remis très prochainement, selon le procureur du Roi de Namur. Si ce n’est pas cette semaine, ce sera au tout début de la semaine prochaine.

Pourtant, les experts ont déjà présenté oralement leurs conclusions en avril dernier. Dès lors, pourquoi ce rapport est-il si important ? Eh bien précisément parce que ces conclusions n’ont pas convaincu tout le monde. Pour les experts, c’est une manœuvre acrobatique volontaire qui a provoqué la rupture de l’aile et le crash. Mais ils n’ont pas de preuve formelle, il ne s’agit que d’une hypothèse très vraisemblable. D’où le scepticisme exprimé par la famille du pilote, par les proches d’autres victimes et par des membres du Paraclub.

Et le fait que ce rapport tarde à sortir alimente les doutes et nuit à la sérénité. La justice veut donc se plonger dans ce rapport pour comprendre précisément sur quoi les experts se sont fondés pour affirmer qu’il s’agissait d’une acrobatie volontaire et pas d'un problème technique par exemple.

Ici, l’élément central, c’est l’intention du pilote. Peut-être a-t-il réellement fait une acrobatie mais l’a-t-il voulue ? N’a-t-il pas été victime d’un malaise ou d’une avarie ? Peut-on exclure totalement que quelque chose d’anormal se soit passé dans l’avion ? Ces questions sont fondamentales pour la famille du pilote dont la responsabilité et la réputation sont en cause. Elles le sont aussi pour les assurances. Cela peut paraître indécent de l'évoquer, mais c'est une réalité, de grosses sommes d'argent sont en jeu. Que l'accident soit dû à l'imprudence d'un homme, à un malaise ou un à un problème technique, cela change beaucoup de chose.

Le rapport d’experts, un élément parmi d’autres dans le dossier d’instruction

C’est effectivement un élément essentiel mais qui n’engage pas la juge d’instruction. En théorie, l'enquête pourrait s’orienter dans une autre voie, en fonction des témoignages et des informations recueillis (certains estiment par exemple qu’à cette altitude et à cette vitesse, il était impossible d’effectuer une telle manœuvre, d’autant que les parachutistes n’étaient pas attachés et qu’ils n’étaient pas tous casqués), en fonction aussi de la contre-expertise que certaines parties civiles ont l'intention de demander.

En fait, la justice tente de reconstituer un vaste puzzle, et comme l’explique le procureur du Roi, à ce stade, tout est encore possible. On peut même imaginer qu’au bout du compte, l’image reste floue, que les enquêteurs ne parviennent pas à établir les causes de l’accident et l’enchaînement des événements avec une certitude absolue.

Hugues Van Peel