Côte belge : une tache de plancton, énorme masse orange au large du littoral, interpelle les scientifiques

Floraison de Noctiluca¬ sur le banc de sable de Buitenratel, 15 août 2020, documenté depuis l’avion de surveillance de l’IRSNB
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Floraison de Noctiluca¬ sur le banc de sable de Buitenratel, 15 août 2020, documenté depuis l’avion de surveillance de l’IRSNB - © © IRSNB_UGMM

"Eclat de la mer". Un nom plutôt poétique pour cette espèce de plancton unicellulaire. Une grande quantité de ces petits êtres marins a été observée au large de nos côtes ce août. Comme le souligne l'Institut royal belge des Sciences naturelles de Belgique (IRSBN), il s'agit même d'une prolifération. Appelée aussi "floraison" (décidément un organisme qui appelle au lyrisme).

Revenons un peu en arrière. On a d'abord crû à une pollution. Ce samedi 15 août, un marin naviguant du côté d'un banc de sable, le "Buitenratel", situé à une petite vingtaine de kilomètres de la Panne (dans les eaux belges), a constaté une tâche orange de grande envergure. Les garde-côtes, alertés, ont envoyé dare-dare une patrouille voir de plus près la nature exacte de cet amas.  

Des échantillons ont été prélevés. Un hélicoptère de sauvetage de la base aérienne de Coxyde a également survolé la zone. Ainsi qu'une l'avion de surveillance de l’Institut des Sciences naturelles a été appelé pour examiner les zones maritimes du littoral afin de détecter toute autre pollution éventuelle.

Et la conclusion du phénomène d'être annoncée: cette tâche orange est une "prolifération d’algues naturelle, mais d’une grande envergure". Et pas n'importe laquelle: une floraison de Noctiluca. 

Image de la floraison des "Noctiluca" sur le banc de sable Buitenratel

Crédits : Geronimo/Rodrigo Vissers

Noctiluca, plancton unicellulaire et coloré

Cette petite bête fait partie du groupe des planctons. Il ressemble, selon l'IRSBN, à "un granulé gélatineux avec une queue (flagelle), qui attrape la nourriture". Unicellulaire et relativement grand pour un plancton, on le trouve dans toutes les mers de la planète. Quand il est en forte concentration - on parle donc alors de floraison - le Noctiluca forme des taches rouge-orange très visibles qui peuvent apparaître au printemps et en été.

Les tâches peuvent être bien plus vives qu'à la côte belge, comme ici, à Bondy Beach (Sydney) en 2012

Nuits magiques

Et mieux, il peut aussi se révéler presque irréel. En effet, en cas de turbulences et dans l'obscurité, l’éclat de la mer émet alors une lumière bleutée qui produit des effets féeriques. Selon Kelle Moreau, de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, "il s'agit d'une espèce intrigante, connue depuis longtemps. Dans divers coins du monde, par exemple aux Caraïbes, c'est même une attraction: nager avec des Noctiluca Scintillans".  

Noctiluca Scintillans sur une côte de l'île de Taiwan

Réchauffement de l'eau 

Retour sur notre côte belge. Et gâchons directement les possibles rêves d'évasion, cette quantité de plancton là est loin de faire rêver autant que celles des eaux limpides des mers du sud... Car elle est en décomposition. Il s'agit d'un processus dans lequel de l'oxygène est consommé et de l'ammoniac libéré. Bien qu'il s'agisse essentiellement d'un organisme inoffensif, l'extinction massive et la décomposition peuvent donc quand même entraîner (localement) un manque d'oxygène en mer, notamment pour les poissons.  

Mais comment est apparue cet "Eclat de la mer" dans nos eaux territoriales? Selon l'Institut royal belge des Sciences naturelles, "les fortes concentrations d’éclat de la mer qui ont été observées le 15 août sont probablement dues à la chaleur et l’absence de vent et de vagues de ces derniers jours". Et le phénomène aurait tendance à devenir de plus en plus fréquent. Ainsi, au cours des dernières années, ce genre de plancton dans la partie belge de la mer du Nord aurait connu une augmentation relative. Une augmentation qui pourrait être liée au réchauffement de l'eau de mer (+ 1,6°C au cours des trente dernières années, selon l'IRSBN). Dans un plus long terme, les biologistes craignent davantage de cas de ces floraisons : "On peut s'attendre à une floraison d'autres organismes planctoniques unicellulaires, y compris certaines espèces potentiellement dangereuses."

A l'abordage de nos plages?

Des simulations de modélisation par l’Institut Royal - qui prennent en compte les courants, les conditions météorologiques et les propriétés physiques des taches flottantes de Noctiluca- illustrent que les restes de cette masse pourraient potentiellement s'échouer sur les plages belges. Et ce bien vite... au cours de la semaine prochaine. 

Mais on sera bien loin d'une vision idyllique et de coloris chatoyants... "Au printemps, on peut parfois apercevoir une petite quantité de cet organisme le long de nos plages. Il peut arriver qu'il y ait donc de petits reflets bleutés", explique Kelle Moreau. Mais dans l'affaire qui nous concerne, ce ne sera pas la même salade. Et une salade pas vraiment ragoûtante: "Cette grande masse est en train de mourir. Libérant de l'ammoniaque. Ce ne sera pas vraiment amusant", note le scientifique.  

Qu'à cela ne tienne, les chercheurs tiennent l'algue à l'oeil et poursuivent leurs recherches. Notamment concernant son rôle dans l'écosystème, son développement ou son influence sur les qualité des eaux de baignade. 

Masse de plancton au large de la côte belge, ce 15 août (Crédits : Geronimo/Rodrigo Vissers)

Source: IRSBN

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