Coronavirus : sans-papiers, sans revenus et sans aides sociales

On estime généralement à 100.000 le nombre de travailleurs sans papiers en Belgique
On estime généralement à 100.000 le nombre de travailleurs sans papiers en Belgique - © Tous droits réservés

Ils ont décidé de prendre le risque de sortir de chez eux ce matin. Ils se sont déplacés discrètement dans la ville, malgré les contrôles de police liés à l’obligation de confinement. Puis, à cinquante, ils ont mené une petite manifestation – brève, espacée et calme- au pied de la Tour des Finances de Bruxelles (où se trouve le bureau de la Ministre de l’asile et de la migration Maggie De Block) avant de retourner chacun dans leur clandestinité.


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"Les oubliés de la crise sanitaire"

Pour les sans-papiers, la crise vécue chaque jour en silence est d’une telle ampleur qu’il fallait absolument en informer les citoyens. Rabia, qui vit clandestinement depuis 5 ans en Belgique, a pris la parole devant les journalistes : "Avant cette pandémie, nous, sans-papiers, vivions déjà chaque jour dans la peur et les difficultés. Nous travaillions au noir pour gagner de quoi vivre avec nos familles et nos enfants. Une situation d’exploitation que nous dénoncions pourtant. Depuis l’annonce du confinement, tous les secteurs sont fermés et il n’y a presque plus de travail. Du jour au lendemain, nous nous retrouvons sans aucun revenu et aucune aide pour subvenir à nos besoins de base […] La régularisation des sans-papiers dans la situation actuelle est nécessaire et urgente.".

La manifestation se terminera au bout de dix minutes, avec l’arrivée de la police et la dispersion dare-dare des manifestants.

 

Je ne sais pas comment on va payer le loyer

Ces dernières semaines, nous avons eu l’occasion de rencontrer d’autres bruxellois qui vivent dans la clandestinité. Ainsi, Soufiane, qui travaille dans l’associatif, nous confiait récemment : "Pour manger on parvient à se dépanner avec n’importe quoi, mais c’est surtout au niveau du loyer. Avril, ça ira peut-être encore mais à partir du mois prochain, je ne sais pas comment on va faire. On n’a plus de source de revenus. Comme on n’a pas de contrat, on n’est pas déclarés, on ne peut pas bénéficier d’allocations de chômage, de CPAS. Il n’y a pas de solutions, sauf essayer de convaincre le propriétaire mais on risque l’expulsion.

 

Difficulté pour se nourrir

Nassera, en Belgique depuis 8 ans, n’a pas cette inquiétude car elle est hébergée chez des gens. En revanche, cette dame qui vit d’habitude péniblement au noir de traductions et de cours de français explique qu’il n’est pas simple de se nourrir : "Est-ce que nous avons le droit d’aller chercher un colis alimentaire ? Parfois ce n’est pas possible parce qu’on ne peut pas être dans la rue tranquillement. J’ai peur de rencontrer un policier".

 

Le travail du jour comme seul revenu

On estime généralement qu’en Belgique vivent 150.000 sans-papiers. Et qu’ils seraient environ 100.000, comme Nassera et Soufiane, à travailler clandestinement. "Je dis souvent que les sans-papiers c’est comme les oiseaux, nous explique poétiquement Rabia que nous retrouvons après la manifestation. Un oiseau doit sortir du nid chaque jour pour se nourrir. Nous aussi, on sort chaque jour pour travailler et se nourrir. Il y a juste le travail du jour comme revenu : on n’a pas de salaire fixe, une somme fixe par mois. Seuls certains travaillent dans le ménage ou la restauration, mais ça reste du travail au noir qu’on dénonce même si on est obligés de l’accepter".

Il faut régulariser tout le monde

Puis il revient sur la raison de l’action, et la demande de régularisation. "J’ai lancé un appel à l’Etat aujourd’hui : pensez à tous ces gens. On n’est pas un petit groupe, on est nombreux sur le territoire à travailler chaque jour et à se retrouver sans rien. Il faut régulariser tout le monde sans exception".

Des voix s'élèvent en faveur d'une régularisation

Une revendication qui n’est pas isolée, loin de là. Militants, associations, experts : au fil des jours, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour la relayer. Au CIRE (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) la directrice Sotieta Ngo argumente : "Au-delà de nos convictions habituelles, on pense que la crise sanitaire place les personnes sans-papiers dans une plus grande précarité encore. Et on pense que cette précarité les met en danger et expose aussi le reste de la population à un risque de contamination".

Une pétition a également vu le jour sur le Web. Et la commune de Forest (en Région bruxelloise) a aussi appelé à régulariser.

 

Le monde syndical et associatif s'active 

Pus déterminant sans doute, un groupement de syndicats (CSC, FGTB…) et d’associations (CIRE, MOC) issus des deux côtés de la frontière linguistique est même sur le point d’envoyer un cahier de revendications en ce sens aux autorités politiques.

Situation dans les centres de demandeurs d'asile, dans notre JT du 19 avril:

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