Coronavirus : pourquoi le couvre-feu est maintenu à 22 h à Bruxelles ?

Le comité de concertation qui s’est tenu ce vendredi a décidé de ne pas décider. Ou alors de se revoir dans une semaine. Seul changement : le couvre-feu en Wallonie qui ne démarre plus à 22 h mais à minuit et jusqu’à 5h du matin, dès ce lundi 1er mars. La Wallonie s’en tiendra donc désormais aux règles fédérales, moins restrictives. La Région bruxelloise, par contre, maintient son couvre-feu de 22 h à 6 h. Mais pour quelles raisons précisément ? Pourquoi, sur un si petit territoire national, des différences entre trois entités contiguës ? Pour les 19 communes ne veulent-elles pas lâcher du leste ?

Lors du Codeco de ce vendredi, le ministre-président régional Rudi Vervoort (PS), s’est brièvement expliqué sur cette décision. "Par rapport aux règles, nous ne changerons aucune d’entre elles y compris par rapport au couvre-feu", a-t-il déclaré à l’occasion de la traditionnelle conférence de presse d’après réunion. "Après en avoir discuté avec un certain nombre de collègues bourgmestres, ce couvre-feu à 22h nous a bien aidés cette semaine-ci avec toutes les manifestations qu’on a pu avoir dans les espaces publics, dans les parcs et autres. Et que cela permettait de régler pas mal de situations par elles-mêmes, et donc assez naturellement."

Difficile de ne pas y repenser. Les conditions météorologiques de cette semaine ont été particulièrement favorables après la vague de froid. Le soleil a effectué de généreuses apparitions avec des maxima jusqu’à 20 degrés dans la capitale et des températures clémentes jusque tard en soirée. Un contexte qui a poussé de nombreuses familles et les jeunes à investir très massivement les espaces verts, parfois après 22h. Dans le Bois de la Cambre, c’était concerts de musique, boissons et fêtes.

Des rassemblements pour la plupart sans respect des gestes barrières, sans masque ni distance sociale. De quoi enflammer les réseaux sociaux et les commentaires politiques dans un sens comme l’autre, les uns dénonçant l’inconséquence des fêtards, les autres comprenant ce besoin de la jeunesse à "souffler" et des familles sans jardin à prendre enfin l’air après des mois de restrictions.

Il n’y a pas que dans le Bois de la Cambre que le relâchement a été constaté : parc Josaphat à Schaerbeek, Scheutbos à Molenbeek, Wolvendael à Uccle… Une grande partie de la population bruxelloise avait décidé d’évacuer une pression devenue pour beaucoup, difficile à supporter.

Cas en hausse, vaccination à la traîne

Mais de la pression, il y a également sur la situation sanitaire bruxelloise. Pour le gouvernement bruxellois, il y a clairement une volonté "ne pas diffuser un signal de relâchement alors que les chiffres sont mauvais". De quoi parle-t-on ? En Région bruxelloise, le dernier rapport épidémiologique de l’institut de santé publique Sciensano parle de 1920 cas de contaminations au coronavirus enregistrés entre le 16 et le 22 février dernier, soit une hausse de 21% en comparaison avec la semaine précédente. Le taux d’incidence (nombre de cas pour 100.000 habitants sur une période de 14 jours) est désormais de 287.

Ensuite, il y a la vaccination. La couverture vaccinale est en retard dans les 19 communes : 2,20% (première dose) de la population totale contre 4,19% en Flandre, 3,72% en Wallonie et même 3,66% en communauté germanophone. Pour la deuxième dose, Bruxelles reste à la traîne avec un taux de 1,33% (2,84% en Flandre, 2,28% en Wallonie, 1,66% en communauté germanophone. Les couacs connus par le centre de vaccination du Heysel, le plus grand du pays, n’aident pas. Celui-ci est très largement en dessous de ses capacités.

A Bruxelles, tous les signes sont là pour un maintien des mesures actuelles. Le Codeco n’a d’ailleurs pas été plus loin, préférant renvoyer à la semaine prochaine pour d’éventuelles nouvelles décisions. Les bulles sociales, à l’intérieur comme à l’extérieur, sont maintenues. Les secteurs de l’horeca et de la culture, dont on connaît l’importance en Région bruxelloise, restent fermés. "Le couvre-feu est cohérent dans ce cadre", nous souffle une source.

Confronté au chiffre, le gouvernement régional veut épargner aux hôpitaux une troisième vague, plus violente que les deux premières. Que disent les chiffres ? Bruxelles compte 269 lits en unités de soins intensifs dont 57 sont occupés par des malades Covid, soit 21%. Seules les provinces du Brabant wallon (8 lits occupés pour 23) et de Flandre orientale (70 pour 265) connaissent des situations plus délicates. Toutefois, les projections établies par Sciensano pour Bruxelles ne sont pas optimistes.

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L'incidence sur 7 jours (barres vertes) et les projections (points noirs) sur 7 jours pour le nombre d’hospitalisations. (25/02/21) © Sciensano

De l’aveu des décideurs bruxellois, tous espèrent des mesures assouplies. Mais ce n’est, semble-t-il, pas encore le moment. Les mesures sont jugées difficiles à supporter, impactant la santé mentale des habitants mais nécessaires.

Jusqu’à quand ? Le prochain Comité de concertation doit se réunir vendredi prochain, le 5 mars. Un espoir est-il permis, celui de voir l’heure du début du couvre-feu repoussée à minuit à Bruxelles ? Pas certain ! Les mesures actuelles sont prolongées jusqu’au 31 mars. A confirmer par un nouvel arrêté qui doit être pris par le ministre-président Rudi Vervoort (PS).

A aucun moment, nous n'avons évoqué de passer de 22h à minuit

En maintenant l’heure du début du couvre-feu à 22 h, Bruxelles se démarque par son caractère de Ville-Région. "Nous connaissons des problèmes urbains et communs à tout Bruxelles" qui ne sont pas les mêmes que ceux vécus par la Flandre et la Wallonie, nous dit Rudi Vervoort. Il précise qu’à "aucun moment, nous n'avons évoqué de passer de 22h à minuit. Soit nous nous inscrivions dans une logique d’ouvertures, en deux temps (15 mars et 1er avril), soit on ne touchait à rien. Si les choses se passent bien, et que les chiffres d’aujourd’hui ne sont qu’une fausse alerte, alors on pourra envisager des assouplissements."

Pas question, nous précise en outre le ministre-président, de "faire du yo-yo". Un pas en avant, un pas en arrière, comme ce fut le cas avec le port du masque en rue, imposé en août, suspendu quelques semaines plus tard, avant d’être à nouveau rendu obligatoire dès octobre cette fois par le Fédéral. "J’ai eu une expérience sur le port du masque généralisé dont je garderai un souvenir mitigé l’ayant imposé, l’ayant supprimé… Ce sont des pas de danse dont on peut peut-être se passer", a déclaré le ministre-président vendredi en conférence de presse post-Codeco.

Comme pour le port généralisé du masque, le message autour du couvre-feu est également politique. Repousser celui-ci à minuit puis constater une hausse des contaminations et essuyer des critiques sur l’impossible gestion de Bruxelles et le laxisme des décideurs, cela aussi, les autorités locales, non plus, n’en veulent plus. "On ne m’aura pas à ce jeu-là", dit, ferme, Rudi Vervoort.

Le MR, dans l'opposition régionale à Bruxelles, demande un débat, rapidement, au Parlement autour du couvre-feu et les mesures de lutte contre le coronavirus dans leur ensemble. "L'adhésion de la population aux mesures est de plus en plus fragiles. La transparence sur les motivations du politique doit plus que jamais être absolue", écrit Alexia Bertrand, la cheffe du groupe MR au Parlement bruxellois, dans une lettre au président du Parlement bruxellois, Rachid Madrane (PS). 

"Si certaines mesures, comme le couvre-feu, restent utiles pour maitriser l'épidémie et limiter les comportements à risque, elles restreignent aussi les libertés les plus fondamentales. Dans la balance, de nombreuses questions pèsent dès lors comme l'impact sur la santé mentale, tout particulièrement celle des jeunes, ou encore l'impact sur les activités des secteurs, comme l'horeca, qui ont déjà énormément perdu dans cette crise. Ces questions sont complexes et justifient que ce débat soit mené avec l'ensemble des élus, dans la plus grande transparence à l'égard des Bruxellois", ajoute Alexia Bertrand selon l'agence Belga. "Si la Région bruxelloise ne suit pas la Wallonie et la Flandre, elle doit expliquer pourquoi".

Sur Twitter, vendredi, le député-bourgmestre d'Etterbeek, Vincent De Wolf (MR), avait déploré ne pas avoir été consulté par le ministre-président Rudi Vervoort (PS) sur le maintien du couvre-feu à 22h en Région bruxelloise.

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