Coronavirus: pourquoi existe-t-il des différences de vaccination entre les communes ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, il existe bien des différences dans les taux de vaccination entre les communes. Comme vous pouvez le voir ici, il y a les bons les moins bons élèves. Vresse-sur-Semois dans le Namurois culmine par exemple à 48,37% tandis que Saint-Josse-Ten-Noode en Région bruxelloise (12,3%) ou Farciennes en Wallonie (15,85%) sont dans le bas du classement. Alors y a-t-il vraiment de bons et de mauvais élèves ? Comment souvent, l’explication est bien plus nuancée.

A noter que les données chiffrées données dans cet article concernent les personnes de plus de 18 ans ayant reçu une première dose de vaccin au 25/04.

D’abord, il y a les facteurs purement démographiques. A Farciennes par exemple, la population est très jeune, comme l’explique Julien Fanuel, chef de cabinet du bourgmestre : "Nous sommes une des communes les plus jeunes de la Région wallonne puisque 40% de la population a moins de 30 ans et cette catégorie de personne n’est pas encore concernée par la campagne de vaccination".

Un argument corroboré par Christian Massot. Il est épidémiologiste à l’Observatoire de la santé du Hainaut. Lui, rajoute un autre élément. "Il y a aussi des éléments de motivation. Dans certains endroits, il peut y avoir un groupe de médecins généralistes qui s’est particulièrement mobilisé pour que la population se fasse vacciner".

Autre facteur qui peut expliquer ce plus faible taux de vaccination dans la commune: à Farciennes, on ne compte qu’une seule maison de repos. C’est pourtant vers ces lieux que les premiers efforts se sont dirigés.

Le facteur socio-économique

Mais au-delà de l’exemple de Farciennes, certaines tendances semblent tout de même se dessiner. Selon des spécialistes que nous avons contactés, certains facteurs socio-économiques semblent jouer un rôle dans les taux de vaccination. Selon Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain et membre du groupe d’experts psychologiques corona, "il y a des éléments de type culturels, d’éducation, de niveau d’instruction qui font que la connaissance de ce qu’est la santé et l’accès à la santé n’est pas le même en fonction des couches socio-économiques de la population".

Des difficultés économiques qui peuvent, selon Catherine Linard, géographe de la santé et professeur dans le département de géographie de l’UNamur, avoir comme conséquence une fracture numérique. "Le niveau socio-économique de la population ou la part de population étrangère peuvent intervenir dans l’hésitation vaccinale car ces populations sont souvent moins bien informées et la fracture digitale peut être aussi plus marquée. Cela peut avoir comme conséquence que certaines personnes ont des difficultés pour s’enregistrer pour ensuite se faire vacciner".


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Un constat qu’il faut tout de même nuancer car si les facteurs socio-économiques semblent jouer un rôle, ils doivent être mis en rapport avec d’autres éléments plus structurels comme la présence de centre de vaccination sur le territoire de la commune ainsi que la date à laquelle ces centres ont ouvert. Ainsi, l’ouverture plus tardive des centres de Charleroi et de Fleurus pourrait expliquer, du moins en partie, le plus faible taux de vaccination dans les communes de Fontaine-l’Evêque (20,90%) ou encore Châtelet (18,72%).

Genre et croyances

La croyance en une religion toute confession confondue peut aussi expliquer une certaine forme d’hésitation vaccinale dans certaines parties de la population selon Andréa Réa, professeur de sociologie à l’ULB. "On sait, grâce à des études au niveau internationales établies depuis longtemps, que les personnes qui manifestent une religiosité plus importante sont aussi des personnes qui sont dans l’hésitation vaccinale".

Au-delà des croyances religieuses, pour Vincent Yzerbyt, les opinions relatives à des formes de médecine alternatives peuvent aussi jouer un rôle dans l’hésitation vaccinale et ainsi expliquer des différences dans les taux de vaccination entre communes. "Par rapport aux convictions que l’on peut avoir en termes de médecine alternative, et qui sont parfois plus répandue dans les couches plus favorisées de la population, on remarque que ces opinions à l’égard de médecines alternatives viennent se poser en obstacle aux intentions vaccinales et font augmenter l’hésitation vaccinale".

Autre facteur qui pourrait également jouer un rôle : le genre. "Les données montrent que les femmes sont quelque peu plus réticentes par rapport au vaccin que les hommes", explique Vincent Yzerbyt. "C’est moins le cas dans les couches plus âgées de la population. Mais dans le reste des tranches d’âge, il y a des interrogations sur la vaccination par rapport à la question de la procréation par exemple". Selon lui, il y a donc "un ensemble d’éléments qui touchent au contexte dans lequel les personnes se trouvent. Ce sont les aspects structurels et puis il y a aussi des éléments plus personnels".

Le rôle des médias

A côté de ces éléments, l’information à disposition de la population joue un rôle crucial dans la campagne de vaccination. Selon Andréa Réa, professeur de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), "on sait que du côté francophone l’hésitation vaccinale, c’est-à-dire les personnes qui refusent davantage d’être vaccinées, est plus présente. Les sondages le montrent depuis longtemps". Pour lui, cependant, l’information circulant sur les réseaux sociaux et parfois les fake news qui y sont relayées vont également avoir tendance à diminuer l’adhésion à la campagne de vaccination.


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"A côté de l’hésitation vaccinale qui est parfois portée par des gens éduqués et informés ; il existe aussi une méfiance vis-à-vis de la vaccination qui est liée à une méconnaissance de la vaccination, un doute par rapport à son efficacité. Ceci est lié soit à des niveaux scolaires plus bas, soit à des personnes qui ont accès à des sources d’information (notamment sur les réseaux sociaux) autres que les sources traditionnelles où se répand un doute sur les vaccins et que les médias traditionnels n’arrivent pas à renverser". 

Selon Andréa Réa, ce doute par rapport à la vaccination existait déjà avant la pandémie due au Covid-19. "Il y a, déjà avant même la crise, une part de la population qui est très méfiante d’une part, par rapport au discours politique en général mais aussi par rapport aux médias traditionnels. On est donc dans une logique de doute ou de refus par rapport au discours des médias traditionnels et qui donnent plus de crédit à la rumeur ou aux commérages, sans vouloir être péjoratif, qui se constituent sur les réseaux sociaux et cela va construire une croyance que les gens vont partager. Ce d’autant plus que ces personnes sont parfois dans une méconnaissance de la vaccination au niveau scientifique".

Alors, les médias traditionnels ne communiquent-ils pas assez vers des parties de la population qui émettent des doutes sur l’efficacité du vaccin ? Pour Andréa Réa, professeur de sociologie à l’ULB, "c’est fort probable. On sait aussi que les personnes qui sont invitées sur les plateaux de télévision sont en conformité par rapport à la connaissance des journalistes et des autres personnes sur le plateau que ce soit des scientifiques ou des politiques. C’est ce qui fait qu’on ne touche pas une partie de la population qui peut-être a une connaissance plus éloignée des découvertes scientifiques, de la vaccination. Ces personnes sont aussi plus éloignées des experts qui eux-mêmes n’ont parfois pas assez de contact avec des médecins généralistes qui vont pouvoir expliquer les choses de manière claire à ce type de public".

Pour Vincent Yzebyt, il faut "veiller à créer un lien de confiance entre les médias traditionnels et la population. Il faut aussi investir tous les autres moyens de communication notamment les réseaux sociaux. Aujourd’hui beaucoup de jeunes ne consultent plus les médias traditionnels. Il faut donc investir ces champs. A mon sens, on sous-estime aussi l’importance des médias non traditionnels par exemple sur les réseaux sociaux qui viennent de l’étranger. Il faut donc investir ces réseaux sociaux avec une information qui soit fiable et de qualité".

Quelles solutions ?

Entant donné que l’objectif affiché des autorités est de parvenir à 70% de la population belge vaccinée, quelles pourraient être les solutions pour réduire les écarts dans les taux de vaccinations entre communes et aussi dans les tranches de la population dites plus défavorisées ?

Pour Catherine Linard, géographe de la santé à l’UNmur, "pour toucher des publics moins favorisés, on peut développer différents types de stratégies comme des équipes mobiles de vaccination. On peut aussi développer une communication dans plusieurs langues. On peut aussi avoir des ambassadeurs (acteurs associatifs, médecins généralistes, maisons médicales,…) pour entrer en contact avec ces publics plus précarisés peut être une excellente idée".

Selon Andréa Réa, professeur de sociologie à l’ULB, "Il est urgent que l’on fasse une information de vulgarisation extrêmement précise faite notamment par des scientifiques mais qu’elle soit portée par des intermédiaires qui ont la confiance des publics qui, eux, se méfient des médias traditionnels. Il faut y avoir des campagnes de sensibilisation menées par des maisons médicales, des médecins généralistes, des associations ou voir des leaders locaux qui pourraient porter ce discours rassurant par rapport à la vaccination. Il faut aussi des figures par rapport auxquelles, la population se sent en confiance".

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