Coronavirus: "Par précaution, nous avons fermé temporairement une école chinoise de Bruxelles"

Angelina Chan est conseillère communale MR à Schaerbeek. D’origine chinoise, celle-ci connaît bien la situation dans l'Empire du Milieu, où les autorités tentent d’endiguer l’épidémie de coronavirus. A ce jour, 14.000 personnes sont contaminées par la maladie et plus de 300 personnes ont perdu la vie, avec un premier mort hors de Chine, aux Philippines. Chez nous, en Belgique, la communauté chinoise, qui compte une trentaine de milliers de membres, tente également de réagir, à son niveau. Angelina Chan, née en Belgique, en fait partie.

Comment vivez-vous ce qui se passe en Chine, depuis la Belgique ?

"Le coronavirus suscite une inquiétude voire une psychose. Mais la communauté chinoise se mobilise pour envoyer des masques, des gels hydroalcooliques, des gants… Nous soulevons des fonds pour les envoyer là-bas".

Une épidémie comme celle-là était-elle prévisible ?

"Difficile à dire évidemment. Peut-être pas. Mais cette maladie fait peur, elle est contagieuse. Elle est méconnue à ce stade. On n’en connaît pas trop les risques. D’où cette peur".

Vous êtes active au sein de l’associatif chinois à Bruxelles. Quelles mesures ont été prises au niveau local, ici ?

"Je suis bénévole dans une école d’enseignement du chinois située avenue d’Auderghem à Etterbeek. Ce sont des cours extrascolaires de chinois donnés le weekend aux enfants d’origine chinoise mais pas que. Nous comptons une centaine d’élèves. Avec la direction de l’école, nous avons décidé de fermer l’école le weekend dernier et ce weekend. Rien n’a encore été décidé pour le weekend prochain. L’idée est d’analyser sereinement la situation, notamment par rapport aux mesures d’hygiène à mettre en place, au niveau des gels, des masques… Et puis, il y a eu récemment le Nouvel an chinois. Des parents et des enfants se sont peut-être rendus en Chine pour les célébrations. Raison pour laquelle nous avons décidé de prendre toutes nos précautions afin d’éviter des propagations".

Mais encore?

"Il faut savoir que l’ambassade de Chine à Bruxelles a demandé aux ressortissants chinois originaires de Wuhan (NDLR : la ville au centre de l’épidémie), de se faire connaître. Pour quelle raison? Certainement pour savoir s'ils ne sont pas revenus récemment de là-bas..."

Y a-t-il une psychose exagérée ici en Belgique par rapport au coronavirus ?

"Moi, je ne la sens pas encore. Mais lorsqu’on m’a demandé d’aller acheter des masques pour pouvoir les envoyer en Chine, j’ai constaté que plusieurs pharmacies étaient en rupture de stocks. Les gens essaient de se constituer leur propre stock et de prévoir le jour où le coronavirus arriverait éventuellement chez nous".

Est-ce que les mesures prises par les autorités belges vous semblent suffisantes ?

"Que les Belges revenant de Chine soient placées en quarantaine à l’hôpital militaire de Neder-over-Heembeek, c’est une bonne chose. Cela peut rassurer la population. Se laver les mains avec du savon et des gels hydroalcooliques: c’est déjà suffisant".

Il y a les réactions, parfois racistes, ici de certaines personnes vis-à-vis de la communauté asiatique. Avez-vous, vous personnellement, été victime de cela au cours de ces derniers jours ?

"Moi personnellement, non. Mais il y a un racisme antiasiatique que l’on peut constater sur les réseaux sociaux. Dans la vraie vie, aussi. Dans son école, ma fille cadette a été confrontée à une réaction surprenante. Un petit garçon a refusé de s’asseoir près d’elle et lui a dit: 'Tu as le coronavirus'. Les enfants peuvent être très méchants même si ce n’est pas du tout intentionnel. En tout cas, les blagues racistes sur le coronavirus commencent à se propager. Comment réagir? Tout d’abord, il faut dire que l’on parle ici d’une situation grave, avec des gens qui meurent. On devrait éviter d’en rire".

Comment voyez-vous la suite de cette crise sanitaire ?

"La Chine a mis des mesures en place, assez rapidement, en construisant un hôpital en dix jours, en mettant 50 millions de personnes en quarantaine. Ce qui est mis en place est énorme et bien plus important que ce que l’Organisation mondiale de la santé préconise. Maintenant, avec l’urgence internationale, je ne crains pas la propagation en dehors des frontières chinoises. La maladie reste méconnue, aucun vaccin n’existe. C'est vrai: on ne peut pas contrôler les personnes. Si une personne qui a le virus se déplace, a des contacts rapprochés avec une autre, le virus peut se propager. On ne peut pas empêcher une personne de voyager. Mais tout me semble bien encadré à l’heure actuelle".

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