Coronavirus : les huit moments-clés de l'obligation du port du masque à Bruxelles

A partir du jeudi 1er octobre, le port du masque ne sera plus obligatoire en rue en Région bruxelloise. C’est la suite de la décision prise ce mercredi par le Conseil national de sécurité. Fini de se masquer le nez et la bouche dans l’espace public pour près d’un million d’habitants, sauf lorsque la personne se trouve dans un lieu très fréquenté et lorsque la distance de sécurité d’1,5 mètre ne peut pas être respectée. Les contours de cette possibilité seront laissés à l’appréciation des bourgmestres.

L’obligation de porter le masque, partout, en Région bruxelloise, remonte au mercredi 12 août. Mais comment en est-on arrivé à cette obligation et sa suppression ? Retour sur les principales dates-clés dans cette séquence si particulière et inédite, à l’heure de la pandémie de coronavirus.

1. Début avril : Auderghem et Woluwe-Saint-Lambert recommandent le port du masque partout

Début avril, la Belgique est toujours en confinement et les chiffres des contaminations ne cessent de grimper : on approche les 5590 hospitalisations, près de 1300 en soins intensifs, plus de 2500 décès. A Auderghem, commune du sud de la région bruxelloise, les autorités recommandent très officiellement, et non pas imposent, le port du masque dans l’espace public.

"Je sais que ce n’est pas la position officielle de la ministre fédérale de la Santé", développe alors le bourgmestre Didier Gosuin (DéF). "Mais si le Collège de médecine générale recommande le port du masque et qu’il peut aider à nous protéger les uns des autres, je pense qu’il n’y a aucune raison de ne pas l’utiliser." Dans le même temps, la commune met en place un réseau de production locale, avec le concours d’habitants.

Woluwe-Saint-Lambert recommande aussi le port du masque à ses habitants lorsqu’ils doivent se déplacer dans l’espace public ou être en contact avec d’autres personnes (livraisons, soins à domicile…). La commune basculera dans l’imposition quelques jours plus tard.

2. Début mai 2020 : Etterbeek impose le masque dans ses artères commerçantes

Début mai, cela fait près de deux mois que l’épidémie de coronavirus frappe la Belgique. On recense déjà 49.517 cas dans le pays et 3111 hospitalisations. Le nombre de décès est de 7765. La propagation du virus devient incontrôlable à moins de mettre en place une série de mesures. La Belgique s’apprête d’ailleurs à entrer dans une première phase de déconfinement.

Le 24 avril, le Conseil national de Sécurité, sur la base des avis d’experts recommande alors "fortement" le port du masque. Et l’impose dans tous les transports en commun, dont ceux de la STIB, à partir du 4 mai, dès l’âge de 12 ans.

Mais avant, un bourgmestre, celui d’Etterbeek décide de signer une ordonnance radicale. Vincent De Wolf (MR) impose le masque dans les artères commerçantes de sa commune et aux abords des écoles (dans un rayon de 15 mètres). Les artères concernées sont notamment la rue des Tongres à Mérode, la Chasse (chaussée de Wavre), une partie de la rue Gray, de la rue de l’Escadron…

Selon le bourgmestre, c’est une décision qui "a été mûrement réfléchie et apparaît s’imposer, à l’échelle locale, dans certains lieux spécifiques où il convient d’organiser la protection mutuelle des personnes par le port généralisé du masque afin de contrer le risque de contamination et de lutter contre la propagation du Covid-19".

La première phase vise à sensibiliser les citoyens avec apposition d’affichettes dans les lieux concernés et présence de stewards. Mais aussi à fournir des masques à la population. La seconde phase, celle de la répression, débute le 11 mai, lors de la réouverture de tous les commerces (non essentiels) en Belgique.

3. 11 et 12 mai : Woluwe-Saint-Pierre et Woluwe-Saint-Lambert emboîtent le pas

Etterbeek fait partie de la même zone de police (Montgomery) que les deux Woluwe. En toute logique, les trois communes décident de se coordonner. Le lundi 11 mai, c’est à Woluwe-Saint-Pierre que le masque est rendu obligatoire par le bourgmestre Benoît Cerexhe (cdH) dans les quartiers commerçants de Stockel et du parvis Sainte-Alix. Le mardi 12 mai, l’obligation concerne cette fois Woluwe-Saint-Lambert et son shopping notamment.

Une particularité, précise le bourgmestre de cette commune, Olivier Maingain (DéFi) : "L’obligation prévaudra probablement pour les surfaces commerciales de 100 m² et plus. Ce sont dans les commerces où il y a une forte concentration de clients que le problème du non-respect de la distance sociale peut se poser, car l’exploitant ne peut pas veiller à tout moment au respect de la distance par chacun de ses clients."

Publiée par Olivier Maingain sur Vendredi 15 mai 2020

4. 14 mai : place à Saint-Josse

Le bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir est l’un des premiers à avoir organisé la distribution de masques dans sa commune. Le 14 mai, il passe à l’étape suivante et suit l’exemple de la zone de police Montgomery. L’obligation du port du masque concerne les zones commerçantes, principalement dans le centre de la commune (chaussée de Louvain, place Saint-Josse, Madou). Ici aussi, il y aura d’abord une phase de tolérance avant le début des sanctions.

"Avec le déconfinement progressif et l’ouverture des commerces, les contacts entre personnes se multiplient. En plus des règles de distanciation physique, des mesures d’hygiène, le masque est indispensable pour éviter une recrudescence des contaminations et en particulier dans des lieux fermés, tels que les commerces. Le masque fera partie de notre quotidien, c’est un geste de protection mutuelle auquel nous devons nous habituer", ne croit pas si bien dire le bourgmestre.

5. Le CNS du 23 juillet

En plein cœur de l’été, pas de répit pour le CNS ! Celui du 23 juillet marque un tournant. Sophie Wilmès (MR), Première ministre annonce qu’à partir du samedi 25 juillet, les masques sont rendus obligatoires dans différents lieux publics en zones couvertes comme à l’extérieur. Ils seront obligatoires : sur les marchés, brocantes, dans les rues commerçantes, les fêtes foraines et les lieux "à forte fréquentation, qu’ils soient publics ou privés". Ces lieux seront définis précisément par les pouvoirs locaux, indique la Première ministre.

Le jour-même et le lendemain, en Région bruxelloise, bon nombre des 19 communes communiquent autour des quartiers visés par cette obligation. A la Ville de Bruxelles, par exemple, cela concernera dès le 27 juillet, la rue Neuve, le piétonnier du centre-ville… A Molenbeek, il s’agira de la chaussée de Gand, le parvis Saint-Jean Baptiste…

Et on ne badine pas sur le terrain : la police procède aux verbalisations avec plus de 150 p.-v. le week-end des 1er et 2 août sur la zone Bruxelles-Ixelles et 89 p.-v. dans la zone Bruxelles Nord (Schaerbeek, Saint-Josse, Evere).

6. 12 août : le port du masque devient obligatoire partout en Région bruxelloise

La situation épidémiologique n’évolue pas favorablement au début du mois d’août, en tout cas en ce qui concerne les contaminations. La Région bruxelloise avait prévenu : si le taux d’incidence dépasse les 50 nouvelles contaminations par 100.000 habitants (en moyenne par semaine), le port du masque sera imposé sur l’ensemble du territoire.

Le 12 août, la nouvelle tombe ! Elle a été prise en accord entre le ministre-président Rudi Vervoort (PS) et les 19 bourgmestres. Le port d’un masque couvrant le nez et la bouche est obligatoire pour toute personne âgée de 12 ans et plus dans les lieux publics et dans les lieux privés accessibles au public. En cas de non-respect de cette nouvelle règle, l’amende sera de 250 euros.

Il y a des exceptions : les personnes pratiquant un sport, les personnes effectuant un travail physique intensif et les personnes porteuses d’un handicap qui ne leur permet pas le port d’un masque ou d’un écran facial. Une question, toutefois : qu’en est-il des cyclistes ? Après un coup de pression de certaines associations comme le Gracq, la Région décide, deux jours plus tard, de pas imposer le masque aux personnes à vélo.

7. 16 août : les anti-masques manifestent à Bruxelles

Le dimanche 16 août, quatre jours après la décision bruxelloise, une manifestation est organisée pour dénoncer l’obligation du port du masque. Ils sont plusieurs centaines de participants à se rassembler au pied de la Tour des Finances et à dénoncer des mesures trop strictes.

Ces manifestants suivent les courants anti-mesures Covid déjà lancés dans les pays voisins comme l’Allemagne. A Berlin, le 1er août, une manifestation a rassemblé 17.000 personnes, "libres penseurs", anti-vaccins, conspirationnistes mais aussi des militants d’extrême-droite.

8. 23 septembre : le port du masque ne sera plus obligatoire

Ce mercredi 23 septembre, la Première ministre annonce que le masque "n’est plus obligatoire en extérieur à partir du 1er octobre, sauf dans les lieux où les distances de sécurité d’un mètre cinquante entre les personnes ne peuvent être garanties". Tous les regards se tournent vers la Région bruxelloise, où l’obligation est la plus stricte.

Quelques heures après cette annonce, le cabinet du ministre-président Rudi Vervoort confirme : l’obligation sera levée, à partir du jeudi 1er octobre.

Attention toutefois ! Si "le port du masque est très important dans la gestion de l’épidémie" mais qu’il est "inutile de l’imposer partout tout le temps", comme l’a reconnu Sophie Wilmès, il reste obligatoire dans les lieux fréquentés ainsi que dans les lieux couverts comme les cinémas, les magasins et dans les transports en commun.

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