Coronavirus: le coup de gueule d'un président de CPAS face à la hausse des prix des gels et thermomètres pour les homes

Le prix des gels explose mais les homes publics en ont besoin.
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Le prix des gels explose mais les homes publics en ont besoin. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Alors que le monde entier est confronté à la pandémie de coronavirus, Sébastien Lepoivre (PS), président du CPAS d’Evere, en région bruxelloise est scandalisé. Son centre public d’action sociale gère un home pour personnes âgées, la maison de repos et soins Roger Decamps, comptant 80 lits. A l’inverse des commerces, des écoles, des lieux culturels, les homes ne peuvent pas fermer, l’accueil et les soins doivent se poursuivre. Mais il faut du matériel pour assurer le service quotidien et le prix de celui-ci explose.

"Nous avons des mesures de confinement particulières avec des normes d’encadrement à respecter. Nous sommes confrontés comme bon nombre d’administrations à des problèmes de personnel et de matériel. Nous avons une obligation d’avoir toute une série de matériel de soins. Mais nous avons de gros problèmes d’approvisionnement", expose Sébastien Lepoivre à la RTBF. "Une autre chose qui dépasse le home, les CPAS ont une mission légale, celle de la continuité du service à tous les niveaux pour protéger les personnes les plus vulnérables. Nous ne pouvons pas fermer."

Cinq litres de solution hydroalcooliques pour 400 euros, un thermomètre à 300 euros

En cas de confinement, si un résident devait être malade, le home doit pouvoir disposer dans ses stocks de masques, de gants, de lunettes, de blouses, de charlottes… "Tout ce matériel nous a été confirmé par les autorités de tutelle. Le problème est que nous avons des problèmes d’approvisionnement et de fluctuation de prix qui sont très importants." Exemple : pour les gels, les fournisseurs annoncent des augmentations de prix importantes en l’espace de quelques heures. "De 30, 40 voire 50% pour des gels hydroalcooliques ou des solutions. Nous avons dû passer par une pharmacie qui a bien voulu nous dépanner pour avoir un bidon de cinq litres de solution hydroalcoolique. Nous avons été facturés à 400 euros pour cette solution ! Ce qui est incroyable ! En temps normal, nous aurions été à 30 euros par litre, il me semble. Nous sommes dans des fluctuations anormales."

Je vous avoue que cela m’a mis hors de moi

Autre exemple avec les thermomètres frontaux. A Evere, choix a été fait d’acquérir cet outil pour contrôler la température des visiteurs et du personnel du home. "Nous avions une commande pour cinq thermomètres avec un cahier de charges précis. Nous avons reçu une offre à 240 euros pour cinq thermomètres. Entre la veille et le lendemain, il n’y en avait déjà plus. Nous avons donc dû passer chez un autre fournisseur, pour les mêmes thermomètres. Là, le prix est passé à 300 euros pour un thermomètre. Je vous avoue que cela m’a mis hors de moi. Je ne comprends pas comment ces pratiques sont possibles. C’est une des réalités de la crise que nous vivons."

Que faire dès lors pour empêcher ces dérapages tarifaires ? Pour le président du CPAS, un gel des prix doit être mis en place. "A titre tout à fait personnel, nous sommes dans une crise sanitaire non négligeable et elle est avérée. Je pense que les décisions prises en France pour ce type de matériel de soins sont justifiées. Un gel des prix me semblerait opportun."

Une analyse sera réalisée par les services du CPAS d’Evere afin d’objectiver la situation et porter le dossier auprès des autorités de tutelle (Iriscare, le ministre bruxellois de la santé Alain Maron). Le président du CPAS a contacté Karine Lalieux (PS), présidente du CPAS de la Ville de Bruxelles et présidente de la Fédération des 19 CPAS de la Région bruxelloise.

Un gel des prix comme en France

Pour Karine Lalieux, les homes ont été oubliés par le Fédéral au niveau de la fourniture des masques, actuellement en pénurie. "Personne ne nous a demandé ce dont nous avions besoin", regrette celle dont le CPAS gère cinq homes et 700 lits. "Il y a une commande prévue pour la semaine prochaine" mais celle-ci est destinée au personnel médical. Dans les homes publics, gérés par les CPAS, "les stocks de matériel diminuent. Nous devons être proactifs. J’espère que nous allons nous demander ce dont nous avons besoin."

En matière de prix, celle-ci est également favorable à un gel des prix. "Nous pouvons bloquer le prix des médicaments. Nous pouvons étendre cela au matériel de soins. Dans le contexte que nous connaissons, il faut un minimum de solidarité et non plus la loi de l’offre et de la demande. Ce n’est pas acceptable ! La solidarité doit venir du monde économique, pas seulement des citoyens. Nous accueillons le public le plus vulnérable et il faut que la chaîne tienne. Si nous ne disposons pas de matériel en suffisance, si nous ne parvenons pas à empêcher de nouvelles contaminations dans les homes, nous allons devoir envoyer les malades dans les hôpitaux. Ce n’est pas possible."

Karine Lalieux annonce une réunion des présidents des 19 CPAS bruxellois pour la semaine prochaine, réunion qui devra elle aussi répondre aux nouvelles mesures de rassemblement de personnes.