Coronavirus à Bruxelles : le couac de la prime régionale Phoenix à destination des employeurs

Bernard Clerfayt, le ministre bruxellois de l'Emploi.
Bernard Clerfayt, le ministre bruxellois de l'Emploi. - © JASPER JACOBS - BELGA

La prime régionale Phoenix.brussels connaît ses premiers ratés. Annoncée en octobre dernier par le ministre bruxellois de l’Emploi Bernard Clerfayt (DéFI) et officiellement lancée début janvier, celle-ci doit permettre aux employeurs de bénéficier d’une aide financière de 500 ou 800 euros par mois s’ils engagent "des personnes récemment inscrites chez Actiris et/ou licenciés suite à la crise sanitaire" du coronavirus.

Cette aide concerne le travailleur domicilié en Région bruxelloise, engagé pour une durée de six mois minimum (ou sous CDI) et ayant son diplôme secondaire. Budget alloué à cette mesure phare du plan de relance : plus de 45 millions en 2021 et 2022.

15.000 demandeurs d’emploi hors critères

Tout récemment, entre le cabinet qui a imaginé la mesure et Actiris qui doit la mettre en pratique, la tension est montée. En cause, une interprétation erronée des critères d’attribution. 74.000 demandeurs d’emploi ont vu apparaître l’attestation "prime phoenix" dans leur dossier personnel. En d’autres termes : ils sont éligibles et peuvent donc faire valoir ce petit avantage auprès d’un éventuel employeur.

Mais voilà : pour 15.000 de ces 74.000 demandeurs, c’était une erreur. Ils n’entraient pas dans les conditions. "Nous avons pensé que la prime était destinée pour l’engagement des nouveaux chercheurs d’emploi et des anciens chercheurs, victimes également de la crise sanitaire", parce que confrontés à un marché du travail beaucoup plus tendu, explique Romain Adam, porte-parole d’Actiris. La prime concernait les inscrits chez Actiris depuis le 1er avril 2020 "et non uniquement au 1er avril 2020".

Conséquence, un rétropédalage et un mot d’excuse. Cette semaine, les 15.000 malchanceux recevront un mail les avertissant du retrait des attestations erronées de leur dossier personnel.

85 demandes en près de deux mois

Après des échanges (tendus) entre le ministre Bernard Clerfayt et le directeur d’Actiris Gregor Chapelle, il est finalement décidé de délivrer la prime aux employeurs, pour des demandeurs d’emploi hors critères, si le contrat d’embauche est signé avant le 15 mars 2021 (jusqu’au 1er mars 2022 pour les autres). "Nous nous sommes rendu compte assez rapidement du problème. Un accord a été trouvé en bonne entente entre le cabinet et Actiris."

A qui la faute ? Difficile à dire. Au gouvernement et donc au ministre qui aurait du être précis dans son arrêté ? A Actiris qui est resté dans l’esprit de l’arrêté ?

En tout cas, en marge de ce couac, la prime Phoenix peine à séduire les employeurs. A ce jour, seulement 110 demandes ont été introduites (dont 30 inéligibles mais finalement acceptées).

"La prime existe depuis près de deux mois. Il faut certainement lui laisser le temps de vivre. Il ne faut pas non plus oublier que les employeurs bénéficient également d’autres aides comme le chômage temporaire ou le droit passerelle. Mais il est important aussi que la prime Phoenix.brussels soit connue plus largement."

Le ministre Clerfayt admet l'erreur d'interprétation de l'arrêté. Mais "il n'y a pas lieu de le réécrire. L'interprétation sera corrigée. Est-ce que cela porte préjudice aux personnes qui désormais ne sont plus éligibles? Il faut préciser que nombre d'entre elles sont éligibles à des aides déjà existantes comme l'aide Activa souvent plus avantageuses que la prime Phoenix."

Bernard Clerfayt rappelle que la prime Phoenix est une mesure unique destinée à permettre le retour à l'emploi des Bruxellois, des néo-demandeurs d'emploi. "La prime a été conçue l'été dernier, annoncée en octobre et lancée en janvier. A l'époque de la réflexion, et alors que nous pensions que la crise sanitaire serait rapidement derrière nous, les chiffres tablaient sur une augmentation du nombre de chômeurs comprises entre 10.000 et 30.000."

Mais depuis, "il n'y a pas encore eu d'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi. Il n'y a pas encore un "effet crise" à Bruxelles. Parce que la crise s'est poursuivie, les mesures du Fédéral (chômage temporaire, droit passerelle...) ont été prolongées, il y a un moratoire sur les faillites... C'est lorsque la crise sanitaire sera dernière nous que nous verrons une hausse des demandes de l'emploi et donc une hausse des demandes pour l'obtention de la prime Phoenix. Le dispositif, en tout cas, est déjà prêt pour faire face à cette hausse des demandes."

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