Cordiste en patrimoine: une formation inédite à l'abbaye de Villers-la-Ville

Enlever le lierre accroché en haut des ruines, consolider des pierres, déblayer des arbres tombés à cause du grand vent, accrocher des structures en vue d'un événement, ou tout simplement examiner l'état du site... les exercices ne manquent pas pour les neuf stagiaires qui se forment depuis début mars au métier de cordiste en patrimoine. Pour ce métier en hauteur, qui nécessite de grimper ou de descendre au bout d'une corde jusqu'à sa zone de travail, il n'existait jusqu'ici que peu de manière de se former. "Pour un patron, engager quelqu'un et le former au sein de l'entreprise, cela prend du temps et ça coûte cher", a constaté Alain Delvigne, coordinateur de chantier pour les formations à l'abbaye de Villers-la-Ville. C'est après avoir côtoyé des pompiers et alpinistes spécialisés dans ces formations en entreprise qu'il a sollicité le Fonds social européen pour financer cette formation destinée aux stagiaires du Forem.

Analyser la situation

Les profils des participants sont variés: du spécialiste en patrimoine à l'amateur d'activité sportive en plein air, en passant par des personnes à la recherche d'une reconversion. La formation leur apprend le b.a-ba du travail en hauteur: savoir s'assurer, manipuler du matériel en hauteur, éviter l'engourdissement au bout de quelques heures de travail sur place... Elle comporte aussi un volet "patrimoine": "L'idée n'est pas de procéder forcément aux travaux de restauration en hauteur, mais d'être capable d'analyser une situation pour l'expliquer, avec un vocabulaire commun, au spécialiste qui va s'en charger au sol, comme un tailleur de pierre", précise Alain Delvigne. Au terme des six mois de formation, une fois leur brevet en poche, les stagiaires pourront d'ailleurs continuer à se spécialiser à différentes techniques de restauration de patrimoine, au sein des centres de formation de l'Agence wallonne du patrimoine.

Moins cher qu'un échafaudage

Le fait de voir se former des professionnels de la restauration en hauteur intéresse aussi beaucoup les responsables de l'abbaye de Villers-la-Ville. Aujourd'hui, pour intervenir sur les ruines, la procédure est lourde et coûteuse: "Certains endroits sont inaccessibles, confirme le directeur du site, Patrick Fautré. C'est notamment le cas de l'abbatiale, qui est envahie de lierre. Pour nous, c'est difficile financièrement d'investir pour enlever cette végétation. Cela demande des échafaudages, dont le coût est très élevé. Et ce n'est pas non plus idéal d'un point de vue esthétique". L'abbaye pourrait donc engager régulièrement ces cordistes pour effectuer ce type de travaux, plutôt que des élagueurs-grimpeurs. "Ces personnes ont été sensibilisée au patrimoine au cours de leur formation, poursuit-il. C'est important qu'elles prennent conscience qu'elles n'ont pas un mur de maçonnerie classique face à elles, mais un mur qui a plus de 600 ans d'histoire, avec certaines faiblesses auxquelles il faut faire attention". Les profils ainsi formés sont déjà convoités par plusieurs employeurs, et pas uniquement dans le secteur du patrimoine.

 

 

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