Contrôles des ASBL à Molenbeek: le Premier échevin dénonce des dérives dans une lettre adressée au ministre Jambon

Depuis les attentats du 13 novembre 2015 et du 22 mars 2016, les contrôles dans les associations et les mosquées se sont multipliés à Molenbeek. En décembre dernier, l'Union des mosquées de Bruxelles dénonçaient des dérives dans un courrier adressé aux autorités régionales bruxelloises et aux zones de police. Aujourd'hui, c'est au tour du Premier échevin cdH Ahmed El Khannouss.

Contrôles "iniques et injustifiés"

Dans un courrier (que la RTBF a pu lire) envoyé ce week-end aux ministres fédéraux de l'Intérieur et de la Justice, Jan Jambon (NV-A) et Koen Geens (CD&V), le mandataire humaniste écrit: "Depuis que vous avez lancé vos différents plans, dont le plan Canal, nous assistons à des dérives très graves. D’importants contrôles administratifs ont eu lieu, principalement à Molenbeek, ciblant quasiment l’ensemble des ASBL actives dans le domaine de la jeunesse, de la culture mais aussi l’ensemble des lieux de cultes (principalement musulmans) dans le cadre du plan BELFI (lancé en 2014, ndlr), sous l’égide du Procureur général. Sans contester le cadre légal (contrôle administratif) que permet la loi,  bon nombre de ces associations dépendent déjà de pouvoir subsidiant et de pouvoirs de tutelle, ces contrôles sont totalement iniques et injustifiés pour la plupart de celles-ci."

"Des listes de fidèles des mosquées"

A Molenbeek, des associations para-communales ont été contrôlées, "ce qui est assez étonnant, démontrant soit un acharnement soit une méconnaissance du secteur associatif molenbeekois. Beaucoup plus grave, il me revient que des mosquées de ma commune ont été la cible de contrôles administratifs. Certains de ceux-ci se sont déroulés de manière disproportionnée et arbitraire où on y a collecté des listes de fidèles fréquentant ces lieux de cultes. Ce genre de pratiques, que l’on pensait révolues depuis la deuxième guerre mondiale où nous avons vu des gens fichés en fonction de leur appartenance religieuse qui a abouti à une des pires ignominies de notre histoire. Monsieur le Ministre, l’heure est grave à mes yeux, ce type de dérives n’est pas propice à instaurer un climat de sérénité et de franche collaboration entre tous les acteurs concernés."

El Khannouss appelle à "ne pas se tromper d'ennemis"

Appelant les deux ministres fédéraux à "entendre le malaise du tissu associatif molenbeekois" et à "ne pas se tromper d'ennemis", il précise encore que "nombreuses de ces associations se sentent stigmatisées et pointées du doigt comme présumées coupables de fraudes sociales ou de dissimulation de jeunes radicalisés alors qu’elles fournissent un travail de grande qualité au profit des jeunes et cela depuis de nombreuses années."

"La prévention et la répression doivent être les deux faces d’une même pièce", conclut par ailleurs Ahmed El Khannouss dans sa missive tout en précisant: "Les habitants de Molenbeek-Saint-Jean, comme les habitants de l’ensemble de notre pays, ont été fortement traumatisés par les attentats qui ont touché Paris, Zaventem et la station de Métro de Maelbeek."

Dans une opinion publiée cette semaine sur le site de la RTBF, Catherine Moureaux, cheffe de file du PS à Molenbeek dénonçait également les dérives des contrôles. Peu avant le premier anniversaire des attentats de Paris, Sarah Turine, échevine de la Prévention Ecolo, soulevait déjà plusieurs interrogations.

Une réunion la semaine prochaine

Au cabinet de la bourgmestre Françoise Schepmans (MR), on nous précise qu'une réunion est prévue vendredi prochain avec les représentants des différentes associations de la commune afin de pouvoir entendre les doléances liées aux opérations de contrôles. Face à eux, des représentants de la police locale. Devrait également y participer Sarah Turine.

Toutefois, selon nos informations, seules deux plaintes d'ASBL auraient été adressées à la commune.

Pour rappel, plusieurs des djihadistes ayant frappé Paris et Bruxelles provenaient de la commune de Molenbeek.

 

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