Contrôles aux frontières: les transporteurs évaluent leurs pertes

Les ralentissements peuvent aller de quelques minutes à plusieurs heures à hauteur du poste-frontière d'Hensies
Les ralentissements peuvent aller de quelques minutes à plusieurs heures à hauteur du poste-frontière d'Hensies - © S. Vandreck

On ne perdait que quelques minutes ce mardi midi à hauteur poste-frontière d'Hensies, sur l’autoroute E19, en direction de la France. Mais il y a des jours où il faut s'armer de patience: «C’est fort variable, ça peut aller de cinq à dix minutes à deux ou trois heures, raconte un chauffeur de poids lourd belge, ça dépend du jour, de l’heure…». Ce lundi, par exemple, les usagers de la route ont perdu jusqu’à deux heures sur ce tronçon, et les ralentissements se sont prolongés au-delà des heures de pointe. Et même ce dimanche, nos collègues du centre Perex ont signalé près d’une heure de retard à cet endroit. Dans les files, de nombreux camions de transport international, pour qui le temps est compté. «C’est surtout le cas sur les courtes distances comme Paris ou le Nord de la France, explique Didier Michel, patron d’une société de transport, et président de la FEBETRA, la fédération des transporteurs belges. Sur ce genre de trajet, si vous perdez deux ou trois heures, vous perdez votre journée entière. Même sur une longue distance, c’est énorme, ça correspond à 200-250km de perdus».

L’organisation des livraisons : un casse-tête chinois

Pas question pour les chauffeurs de cette société de rattraper les retards en rognant sur leur temps de repos ou en roulant plus vite: «Chez nous, c’est interdit!». Les transporteurs ont donc dû réorganiser les horaires de leurs chauffeurs. «Pour les transports frigorifiques ou de produits dangereux nous avons dû prendre des dispositions pour qu’il n’y ait pas de pénalités de retard. En messagerie, dans la plupart des cas, les livraisons sont sur rendez-vous et c’est donc un casse-tête chinois et c’est ingérable», ajoute Didier Michel. Sur certaines livraisons ou chargement, le chauffeur qui arrive en retard doit ainsi revenir le lendemain, et a donc perdu une journée. Les clients évaluent aussi chaque mois le taux de retard dans leurs livraisons et peuvent imposer des pénalités, qui peuvent aller de 5000 à 10.000 euros par mois.

2015, une année qui coûte cher

Didier Michel a fait ses calculs depuis le début de l’année, et confirme que 2015 et ses événements coûtent cher à sa société: «Depuis le début de l’année, on a pu chiffrer une perte de l’ordre de 50.000 euros, pour les transports vers l’Angleterre, à cause des contrôles menés pour repérer les clandestins. Et ici, avec ces contrôles aux frontières, je pense qu’on a déjà perdu au moins 20.000 euros». Les chauffeurs routiers sont habitués aux aléas de la route, comme la météo, les chantiers et les accidents, et ils sont pris en compte dans leurs temps de travail. Mais ces contrôles ne sont pas vraiment un aléa comme un autre: «On comprend sur le fond, mais la forme, c’est toujours au détriment du transporteur, qui doit être coûte que coûte dans les temps pour ses livraisons». Ils devront encore prendre leur mal en patience au moins jusqu’à la mi-décembre et la fin de la COP 21 à Paris, qui a nécessité des mesures de sécurité particulières sur les routes.

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