Conseils communaux : "Souriez, vous êtes filmés"

Olivier Maingain, l'oeil rivé sur l'une des trois caméras qui équipent désormais la salle du Conseil communal de Woluwé-Saint-Lambert.
Olivier Maingain, l'oeil rivé sur l'une des trois caméras qui équipent désormais la salle du Conseil communal de Woluwé-Saint-Lambert. - © RTBF - Véronique Fiévet

C'est une tendance lourde depuis le dernier scrutin communal : les caméras s'invitent de plus en plus dans les salles des conseils communaux. Pas celles des chaines de télévision, mais celles que se sont imposées les conseillers communaux eux-mêmes, avec pour objectif de rendre la politique locale plus transparente.

En Région bruxelloise, Woluwé-Saint-Lambert et Saint-Josse ont déjà fait le pas. La Ville de Bruxelles, Ganshoren et Berchem-Sainte-Agathe y songent de plus en plus. Mais quel est l'apport réel de ces dispositifs ? Les citoyens sont-ils au rendez-vous? Regards croisés dans les deux communes bruxelloises qui ont systématisé la retransmission vidéo des séances de leur Conseil communal.

J'ai vu que tout le monde restait désormais en place

A Woluwé-Saint-Lambert, c'est Olivier Maingain qui nous fait la visite guidée. "Voilà les 3 caméras, qui se placent spontanément sur l'orateur en fonction des micros qui s'allument", explique le bourgmestre. Ce qui le marque, c'est le changement d'ambiance au Conseil communal. Un peu comme si les élus étaient sous surveillance. "J'ai vu que tout le monde restait désormais en place. Il y a moins d'interruptions, moins de propos vifs."

La première retransmission a eu lieu le 18 février dernier : "quelques habitants m'ont dit avoir suivi, certains une demi-heure, d'autres un peu plus". Mais l'audience n'est pas massive. Il faut dire que Woluwé-Saint-Lambert se contente pour l'instant du direct. Pour doper les statistiques, il faudrait peut-être permettre de revisionner les débats sur internet, comme à Saint-Josse.

Depuis juin 2018, la commune de Saint-Josse diffuse non seulement son Conseil communal en direct, mais elle le rediffuse aussi sur sa chaine YouTube.
Et pour Ahmed Mouhssine, cela change tout : "on peut renvoyer des citoyens vers des moments précis de la séance où il y a eu des échanges sur les sujets qui les concernent. Cela permet une vraie interactivité avec le citoyen, estime le conseiller communal Écolo dans l'opposition. Je crois qu'il y a peu de gens qui regardent pendant 4 heures en direct le Conseil communal. Par contre, le fait qu'on puisse retrouver après sur YouTube, c'est un vrai plus."

Cela a apaisé les débats

Alors la retransmission des conseils communaux, est-ce un gadget de communication ou un vrai outil démocratique? "C'est une vraie transparence, tranche Ahmed Mouhssine. A saint-Josse, cela a aussi apaisé les débats. Avant il y avait de très très vives tensions, avec parfois des noms d'oiseaux qui volaient. Je pense que le fait que ce soit filmé amène à une certaine retenue, c'est un autre avantage."

Olivier Maingain va dans le même sens : "je constate que chacun se respecte d'avantage. Et cela, c'est bénéfique. Mais je ne dirais pas que c'est LE moyen qui va révolutionner la participation des citoyens à la vie locale", conclut le bourgmestre de Woluwé-Saint-Lambert.

Qui va vraiment aller consulter ces données-là?

Pas la solution miracle, donc? C'est aussi l'avis de Min Reuchamps (UCL). "En soi, c'est une bonne nouvelle, il faut saluer l'initiative, mais il faudra faire d'autre choses pour que la démocratie locale puisse véritablement s'installer", entame le politologue spécialisé dans les enjeux démocratiques.

Le principal écueil, c'est le nombre de personnes que la vidéo-diffusion touchera. "Qui va vraiment aller consulter ces données-là? interroge Min Reuchamps. Ces personnes seront assez peu nombreuses, et il faudra une certaine technicité pour les comprendre."

Le politologue rejoint par contre les deux mandataires sur l'effet bénéfique que les caméras ont sur le comportement des conseillers communaux : "les personnes filmées savent qu'elles le sont et qu'on pourra les revoir", conclut Min Reuchamps.

 

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