Confinement: quand on peut mieux écouter la Terre et ses mouvements

Il y a quelques semaines encore, le décor sonore de Bruxelles laissait entendre le bourdonnement des avions, le bruit des voitures, celui des trams, des trains. Notre brouhaha quotidien. Le confinement a mis ce bruit en sourdine. Le bruit sismique aussi. Ce qui fait que l'on peut mieux écouter la Terre et mieux l'étudier aussi. Explications. 

Thomas Lecocq est sismologue à l'Observatoire royal de Belgique, à Uccle. Son travail consiste à mesurer et détecter les tremblements de terre en Belgique et dans les régions limitrophes. Il conduit aussi plusieurs recherches notamment sur le bruit sismique.

"Un signal plus propre "

Depuis le confinement, les sismographes, ces instruments qui mesurent les mouvements du sol, enregistrent moins de "bruit sismique", c'est à dire "tout ce qui n'est pas un événement sismique", explique Thomas Lecocq.

"Dans l'enregistrement typique d'une station sismique belge, on va voir quelques événements sismiques comme les tremblements de terre, les tirs de carrière, des événements particuliers comme des explosions en mer de l'armée qui fait par exemple sauter des mines de la première et deuxième guerre mondiale. De nombreux signaux n'appartiennent pas à ces catégories-là. Il s'agit du bruit sismique, c'est à dire le bruit continu qu'il y a entre deux séismes deux événements dans nos enregistrements".  

Depuis la mi-mars et le confinement, il y a donc moins de bruit, de pollution liée à l'activité humaine dans les enregistrements sismiques. "On voit donc mieux les petits mouvements du sol, les petits séismes qui se situeraient très loin... Le signal est plus propre, plus beau". 

Une diminution aux quatre coins du monde 

Le bruit sismique a diminué d'un tiers en région bruxelloise. En soi, ce n'est pas exceptionnel. Cette diminution s'observe aussi par exemple pendant les vacances d'hiver par exemple, quand il y a moins de navetteurs et que les écoles sont fermées.

Cette diminution est par contre exceptionnelle par la durée et son aspect permanent: " Entre la nuit et le jour, il y a une moins grande différence et on reste à un niveau beaucoup plus bas que d'habitude. Et cette diminution est observable à différents endroits dans le monde. On est en contact avec des sismologues du monde entier pour un projet commun qui vient de débuter. Les signaux sont clairs en Italie, au Népal, Brésil, Mexique, Bolivie, Etats-Unis par exemple. A ma connaissance, c'est la première fois que l'on observe ce phénomène aux quatre coins du monde, à peu près en même temps". 

Une fenêtre d'opportunités 

Pour les sismologues, un peu partout dans le monde, c'est une course contre la montre pour mettre cette période à profit. "On va pouvoir utiliser cette période de temps maintenant - et je pense que l'on va avoir du boulot pour les mois qui vont suivre - pour faire des recherches à partir de données enregistrées par des stations qui sont généralement mauvaises. Par exemple dans le centre de Londres ou à San Francisco.

On ne peut généralement pas utiliser ces stations en temps normal, parce qu'elles sont trop 'bruitées', il y a trop d'énergie polluée par la vibration générée par l'humain. Nous allons pouvoir utiliser ces stations pour étudier les zones de failles par exemple". 

Mieux écouter la Terre 

Bref, la Terre tremble moins. Et surtout, on peut mieux l'écouter. Parce que sans une partie de ces vibrations générées par l'activité humaine, on "entend" mieux les relevés entre les tremblements de terre. "Cela fait une dizaine d'années que l'on a découvert que l'on peut utiliser le bruit sismique, les vibrations continues de la terre générées par les océans par exemple, pour imager ou surveiller la croûte terrestre". 

Confinement oblige, on baisse "notre influence sur l'environnement sismique de nos villes et on a peut-être aussi des choses à réfléchir en terme d'environnement de manière générale", conclut Thomas Lecocq.   

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