Concerts : pourquoi il n'y a (presque) plus de musique au Palais 12

Palais 12 du Heysel, le jour de son innaugration
Palais 12 du Heysel, le jour de son innaugration - © RTBF

Depuis le mois de juin dernier, pas un seul concert n'a été organisé au Palais 12. Et le programme est clairsemé ! Le 23 octobre, Jean-Michel Jarre occupera la scène. Le 8 janvier, ce sera au tour d'André Rieu. Le bilan de l'année n'est donc pas vraiment bon : 26 jours d'occupation en 2016, dont moins de 20 concerts.

Pas à la hauteur de ses ambitions

Ouverte il y a trois ans, sur le Plateau du Heysel, la salle se profile pourtant comme un lieu d'envergure. Un passage incontournable sur la carte des tournées internationales. Sur son site internet : "Le P12 ne cache pas ses ambitions. (...) Chaque année, en une centaine de jours, la salle accueillera pas moins de 1,5 million de visiteurs pour des concerts d’artistes nationaux et internationaux, des spectacles familiaux, du divertissement, des foires commerciales, des événements sportifs, etc. Le P12 constitue d’ores et déjà un passage obligé pour les organisateurs de concerts et d’événements."

Alors que s'est-il passé ? Inaugurée en septembre 2013, la salle connaît de bonnes premières années sur le Plateau du Heysel. Mylène Farmer, Kylie Minogue, Stromae, Faithless, Benabar, Magic System, Santana, Eros Ramazzoti, Souchon et Voulzy... L'affiche correspond aux attentes de Brussels Expo, l'asbl liée à la Ville de Bruxelles, et qui gère notamment le Palais 12. Mais au fil des mois, la scène se vide doucement. Jusqu'au printemps dernier (2016)... A partir du mois de mai, il ne se passe plus grand chose.

Le concert de Muse marque un tournant

Pour comprendre, il faut remonter quelques semaines plus tôt. Le groupe anglais Muse installe sa gigantesque scène au Palais 12 pour quatre jours. 60 000 tickets sont vendus. Les 4 concerts sont sold-out. C'est un véritable succès! Pour la direction du Palais 12 "avec ce concert, Bruxelles est remis parmi les étapes de tournées" des artistes internationaux. Ceux qui, d'habitude, vont à Anvers, au Sportpaleis, faute de salle suffisamment grande. Mais cette série de concerts de Muse marque un autre tournant. Et celui-là s'est opéré en coulisses! Le Palais 12 a négocié le contrat du groupe directement avec l'agent des Britanniques, sans passer par la case Live Nation. Live Nation, filiale de la multinationale ClearChannel, contrôle divers maillons de la chaîne du spectacle, dont la promotion des artistes. Live Nation Belgium est dès lors un interlocuteur incontournable lorsqu'une salle comme le Palais 12 (environ 15 000 places) veut faire jouer tout artiste anglo-saxon, et la plupart des artistes français.

Live Nation déserte le Palais 12

Conséquences : Live Nation met en place des mesures de rétorsion. Plus aucun artiste anglais, américain ou même français labellisé Live Nation ne se produit au Palais 12. Brussels Expo a tenté de rompre un monopole... Mais n'a visiblement, jusqu'ici, pas les reins assez solides. Et la méthode n'est pas décriée par la seule multinationale. Chez les plus petits opérateurs, on grince aussi des dents. Ce genre de pratiques pourrait déséquilibrer tout le secteur. Brussels Expo tente de casser les codes et ce n'est pas au goût de tout le monde : la crainte est là, que Brussels Expo se crée un nouveau monopole. L'asbl possède déjà le Palais 12 et la Madeleine, dans le centre-ville. Elle compte également récupérer le Cirque Royal. Cette position très forte pourrait ébranler l'équilibre d'un secteur où les organisateurs sont en position précaire.
Le pari du Palais 12 est-il pour autant voué à l'échec ? L'outil a une bonne acoustique. Il occupe un créneau absent à Bruxelles : plus grand que Forest National, et moins engorgé au niveau de la mobilité. Chacun a donc intérêt, aujourd'hui, à mettre un peu d'eau dans son vin. Le dialogue reprend d'ailleurs progressivement entre Live Nation et le Palais 12. Le 29 novembre le groupe de rap IAM, promu par Live Nation, se produira au Palais 12. Le concert de la réconciliation ?

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK