Communes "zéro plastique": plus qu'un effet de mode?

Lors des réceptions à la ville de Jodoigne, bouteilles et verres en plastique n'ont plus droit de cité
Lors des réceptions à la ville de Jodoigne, bouteilles et verres en plastique n'ont plus droit de cité - © S. Vandreck

Le plastique, pointé du doigt pour la pollution des océans et les gaz à effets de serre, n'a plus la cote. Depuis quelques semaines, des motions "commune zéro plastique" font leur apparition dans les ordres du jour des conseils communaux et sont adoptées dans la plupart des cas. Ittre, Ramilies, Rebecq et d'autres communes ont ainsi décidé de se passer de plastique: bannir les objets à usage unique (gobelets, couverts, dosettes de lait...) et privilégier, dans la mesure du possible, lors des achats de matériel pour la commune, les produits qui ne contiennent pas de pastique.

Bouteilles en verre et intercalaires en carton

La première a avoir initié le mouvement est Jodoigne. Lors des réceptions, par exemple, les gobelets en plastique jetables n'ont plus droit de cité. Tout est servi dans des verres. Finies aussi les bouteilles en plastique pour les boissons. La mission de Sylvana Colin, l'une des responsables des marchés publics de la ville est de chercher des alternatives au plastique pour tous les types d'achats. "Ce qui a été facile, c'est de remplacer les bouteilles en plastique par des bouteilles en verre, d'opter pour des intercalaires en carton recyclés plutôt qu'en plastique, constate-t-elle. Mais quand nous allons remplacer des modules pour les aires de jeux, nous allons aussi être sensibles aux matériaux alternatifs". D'autres mesures ont été prises pour sensibiliser le personnel communal, comme la distribution de boîtes à tartines et de gourdes. Un travail de sensibilisation sera également mené auprès des écoles communales: "Nous avons adressé un courrier aux directions pour voir ce que l'on peut faire au niveau du tri et du recyclage des déchets et sensibiliser les enfants à leurs gestes quotidiens. Au niveau des cantines scolaires, il y a aussi beaucoup de travail à faire, vu que les repas arrivent dans des conditionnements qui génèrent beaucoup de déchets", reconnait l'éco-conseillère de la ville, Bénédicte Maréchal.

Le casse-tête des gobelets réutilisables

La mesure la plus compliquée à mettre en place dans les communes, c'est d'en finir avec les montagnes de gobelets jetés lors des carnavals et autres festivités locales. "On voit que dans des événements comme des festivals, les jeunes ont adopté le gobelet réutilisable et les consignes, et si les organisateurs de festivals le font, nous pouvons aussi le faire au niveau communal, poursuit l'éco-conseillère de Jodoigne. Mais il faut changer les règlements, expliquer pourquoi on veut le faire, former le personnel de nettoyage... Cela prend du temps". La commune en a déjà acheté quelques centaines d'exemplaires, qu'elle met à dispositions des organisateurs d'événements. Mais pour des festivités qui drainent plus de monde comme le marché de l'Ascension, les choses s'annoncent un peu plus compliquée. La réflexion prend du temps dans d'autres communes aussi: la ville de Nivelles, qui ambitionne quant à elle de devenir zéro déchets, a renoncé à appliquer la mesure lors du prochain carnaval, vu les délais trop courts. La question des cautions et du nettoyage doit encore être réglée. Chez les Aclots, les gobelets réutilisables devraient donc faire leur apparition lors des festivités du 21 juillet notamment.

Il va falloir calculer les coûts supplémentaires

Mais pourquoi toutes ces communes sont-elles soudain prises de ce même élan de protection de l'environnement? Pourquoi la motion proposée par le conseiller communal et sénateur MR Jean-Paul Wahl à Jodoigne a-t-elle fait tache d'huile? "Je pense que la commune est le niveau de pouvoir le plus proche du citoyen et que nous sommes bien placés pour montrer l'exemple", répond le bourgmestre de Jodoigne, Jean-Luc Meurice. Il se dit interpellé par les manifestations des jeunes pour le climat, notamment dans sa commune. "Mais il faut que les citoyens emboîtent aujourd'hui le pas", insiste-t-il. Se passer du plastique dans tous les achats d'une commune, offrir des gourdes aux élèves des écoles ou proposer des gobelets réutilisables lors des festivités locales, ça peut alléger les poubelles et la conscience, mais aussi alourdir le budget communal. "Il va falloir calculer les coûts supplémentaires que cela va engendrer, le budget 2019 ayant été adopté avant l'adoption de la motion", reconnaît Sylvana Colin. En fin d'année, au moment des comptes, le communes tiendront-elle toujours leurs bonnes résolutions? "Je n'ai pas l'habitude de revenir sur mes décisions et je ne ferai donc pas marche arrière, affirme Jean-Luc Meurice. Nous essaierons de faire d'autres économies".

 

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