Comment les entreprises du Brabant wallon se préparent-elles au Brexit?

Tout le département "vaccins" de GSK est sur le sol belge, mais sa maison-mère est à Londre
Tout le département "vaccins" de GSK est sur le sol belge, mais sa maison-mère est à Londre - © RTBF

Contrôles plus nombreux aux frontières, augmentation des frais de douane et de certification, circulation plus difficile des biens et des personnes entre le continent et le Royaume-Uni... En cas de Brexit "dur", sans accord, les relations commerciales outre-Manche vont devenir extra-européennes. Les entreprises de chez nous ne suivent pas passivement les débats relatifs à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. "Au contraire, elles se préparent du mieux qu'elles peuvent à ce Brexit !, réagit Olivier De Wasseige, le patron de l'Union wallonne des Entreprises. Je ne vous dirai pas qu'elles sont toutes prêtes à 100%, mais elles ont toutes bien anticipé les choses, en se réorientant éventuellement vers d'autres marchés ou en ne produisant plus des marchandises qui risquent de rester dans les stocks."

Frais de douane, de certification et d'emballage

La Région wallonne exporte vers le Royaume-Uni pour près d'un milliard d'euros par an. Les secteurs qui pèsent le plus lourd sont l'agro-alimentaire, le textile et l'industrie pharmaceutique. L'entreprise GSK, dont les sites de Rixensart, Wavre et Gembloux emploient quelque 9000 personnes, est particulièrement concernée. Son siège social se situe à Londres, mais la Wallonie héberge toute la branche "vaccins". Cela signifie de nombreux va-et-vient de personnes entre la Belgique et le Royaume-Uni. Ce sont aussi de grandes quantités de médicaments et de vaccins qui font les mêmes trajets. L'entreprise tente de planifier les risques liés au Brexit. Le groupe a même prévu un budget de plusieurs dizaines de millions d'euros pour faire face aux changements. Il prévoient ainsi notamment une augmentation des frais douaniers, une double certification des produits, voire leur reconditionnement. Pour éviter l'allongement des délais de livraison, voire les pénuries, tant sur le continent qu'en Angleterre, GSK a également adapté ses stocks, des deux côtés de la Manche.

Jusqu'à 48h d'attente à Calais

GSK n'est d'ailleurs pas la seule entreprise à faire des stocks au plus près de ses clients. Une situation dont témoignent des sociétés de transport et de logistique : "Pour le moment, les volumes que nous transportons entre le Royaume-Uni et le continent sont plus importants, car nos clients anglais et du continent veulent construire des stocks des deux côtés de la manche et nous demandent de leur trouver des lieux de stockage", confirme Joël Cavrenne, responsable du transport de la logistique de la société Van Mieghem, basée à Saintes. Le transporteur s'attend d'ailleurs à une montée en régime d'ici la nouvelle date butoir du 12 avril. "Mais s'il y a une sortie sans accord, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre, s'inquiète-t-il. Qu'en sera-t-il du dédouanement, de la représentation fiscale ? le stock devra-t-il être mis du jour au lendemain sous douane ? On n'en a aucune idée." En attendant, les chauffeurs de la société font face à d'énormes embouteillages avant d'embarquer à Calais. Ce qui rallonge parfois les délais de livraison de 24 à 48h.

On avance tous à l'aveugle

Les craintes se font aussi ressentir du côté de certains fabricants de chez nous, qui utilisent des composants en provenance du Royaume-Un.i "Si ces composants n'ont plus le label CE, vu qu'ils seront fabriqués hors de l'Union européenne, le produit final risque de ne plus avoir le label CE. Il faut donc aussi pour certains chercher de nouveaux fournisseurs, de manière à pouvoir garder ce label", explique Olivier De Wasseige. Pour répondre au maximum aux inquiétudes et interrogations des chefs d'entreprises, des séances d'information ont été organisées. La Chambre de commerce et d'industrie du Brabant wallon, en a ainsi organisé plusieurs. Elles ont attiré près de 77 responsables d'entreprises. Ce qui n'empêche pas beaucoup d'entre eux de rester incertains quant à l'avenir de leurs relations commerciales outre-Manche : "C'est impossible de prévoir plus, de budgéter quelque chose... côté anglais, comme côté continent, constate Joël Cavrenne. Aujourd'hui, on ne sait pas où on va : on avance tous à l'aveugle".

Brexit : l'appréhension des entreprises belges (JT 12/02/2019)

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