Comment le Parlement européen finance un parti d'extrême-droite à Bruxelles

La façade taguée de l'Alliance pour la Paix et la Liberté
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La façade taguée de l'Alliance pour la Paix et la Liberté - © Tous droits réservés

C'était jusqu'ici une façade discrète au rez-de-chaussée d'un immeuble du square de Meeus, à Ixelles. Ces tags la désignent désormais comme les locaux d'un parti d'extrême-droite, en plein cœur du quartier européen. Nous avons voulu savoir qui se trouvait derrière les lettres APL mentionnées sur la sonnette.

Derrière ces trois lettres, on découvre d'abord une très rassurante "Alliance pour la Paix et la Liberté". L'APL (APF en anglais) est, officiellement depuis 2015, un parti européen reconnu. Dans ses statuts, l'Alliance pour la Paix et la Liberté plaide pour une Europe des Nations, nourrie de valeurs chrétiennes. Elle affirme défendre la liberté, la démocratie et les droits humains fondamentaux. Rien à redire jusque là, mais deux "clics" sur la composition de l'équipe dirigeante ont de quoi surprendre. Le président de l'APL, Roberto Fiore n'est autre que le leader de Forza Nuova, un petit parti italien ouvertement néo-fasciste.

A ses côtés, on trouve un député européen du parti néo-nazi grec, Aube dorée, ou encore Jens Pühse du parti allemand d'extrême-droite NPD. Un Belge figure également dans l'équipe de l'APL. Il s'agit d'Hervé Van Laethem, fondateur et leader du groupuscule belge néo-nazi "Nation". Cet ancien militaire a été condamné à plusieurs reprises pour des actes racistes ou des actions violentes.

600 000 euros de subsides du parlement européen en 2016

Quelque soit l'idéologie réellement véhiculée par l'APL, sa reconnaissance comme parti européen lui ouvre le droit à un financement de la part du parlement européen. En 2016, un montant de 400 000 euros a été accordé à l'Alliance et 197 625 euros à la fondation "Europa Terra Nostra" qui lui est adossée. Soit au total, un montant de près de 600 000 euros.

Avec cet argent, l'Alliance peut financer des "voyages d'études" en "pays ami", comme en Russie ou en Syrie, organiser des conférences néo-nazies ou louer des locaux. Des activités qui lui assureront une réelle visibilité et ce coup de pouce ne manque pas de poser question, même si pour Manuel Abramowicz, animateur du site "RésistanceS" et spécialiste de l'extrême-droite, il n'y a là rien d'illégal. "On peut déplorer le financement d'un parti d'extrême-droite par le parlement européen, on peut trouver cela scandaleux, cela peut même créer des polémiques mais à l'heure actuelle, ils ont le droit de recevoir ces subsides".

Les contrôles sur l'affectation des fonds auront bien lieu mais plus tard. Ils seront réalisés par une société d'audit externe et validés par le parlement européen en juin 2017. Si les activités financées s'avéraient finalement incompatibles avec les principes européens, l'Alliance pour la Paix et la Liberté pourrait se voir réclamer les sommes indûment perçues.

Mais au sein du parlement, certains s'insurgent contre la facilité avec laquelle les subsides sont octroyés. Plusieurs députés voudraient que soit mis un terme à la possibilité de soutenir financièrement les ennemis de l'Europe et leur incitation au racisme et au fascisme.

De nouveaux dispositifs devraient entrer en vigueur en 2017. Ils devraient, en principe, empêcher les partis qui ne respectent pas les valeurs européennes, de s'en approprier les fonds.

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