Trottinettes, militaires, piétonnier: comment Bruxelles a changé en une décennie

Trottinettes, militaires dans les rues, piétonnier: Bruxelles a changé en dix ans.
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Trottinettes, militaires dans les rues, piétonnier: Bruxelles a changé en dix ans. - © BELGA

2019 se referme et avec cette année une décennie qui a vu tant de bouleversements. Ce fut le cas également à Bruxelles où les paysages urbanistique, économique, festif, sécuritaire et écologique ont radicalement changé. Voici les dix changements notoires qu’a connus la Région de Bruxelles-capitale au cours de ces dix dernières années.

Plus de 120.000 habitants en dix ans

1,084 million d’habitants en 2010, 1,211 million en 2019. Si les dernières statistiques n’ont pas encore été publiées, une chose est sûre : l’accroissement de la population a été flagrant dans les 19 communes. Une décennie de boom démographique après plusieurs décennies sous le million d’habitants avec une moyenne de 950.000 habitants dans les années 90 jusqu’au milieu des années 2000. Trois communes sont particulièrement impactées: la Ville de Bruxelles avec plus de 180.000 habitants, Schaerbeek qui dépasse les 130.000 habitants et Anderlecht qui devrait terminer 2019 à plus de 120.000 habitants.

Comment expliquer ce boum ? Deux facteurs principalement: le taux de natalité plus important qu’en Flandre et qu’en Wallonie et l’immigration internationale. Selon l’IBSA, l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse, les principaux courants migratoires proviennent d’Union européenne (élargissement à l’Est), les Sud-Américains (Brésiliens principalement), les Indiens (travailleurs dans le domaine informatique), les Guinéens (anciens demandeurs d’asile régularisés) et les Syriens (suite à la guerre civile de 2011).

Le piétonnier du centre-ville

Révolution dans le centre-ville de Bruxelles le 29 juin 2015 : les boulevards du centre sont transformés en piétonnier entre la place De Brouckère et la place Fontainas. Le scepticisme est de mise : par où vont passer les dizaines de milliers de véhicules qui empruntent chaque jour cette zone qui traverse le Pentagone de part en part ? Mais le projet tant désiré par le bourgmestre Yvan Mayeur (ex-PS) passera coûte que coûte. Après une phase-test, place aux aménagements et aux grands travaux. Ceux-ci se terminent. Ils s’accompagnent d’un vaste chantier de remise à niveau des stations de prémétro qui jalonnent le centre-ville.

Evidemment, le piétonnier a fait des dégâts les premiers mois. Des commerces ont fermé. L’activité économique a reculé. On se souvient de la polémique née avec la fermeture du restaurant gastronomique "Chez Cécila". Depuis peu, l’heure est à l’optimisme : de nouveaux commerces sont apparus. Des supérettes ont ouvert leurs portes, de même qu’une grande chaîne de fast-food et des commerces de bouche. Certains pointeront la baisse de qualité de l’offre tout comme l’insécurité et les actes de vandalisme. Mais l’aspect global du quartier a évolué.

Les boulevards du centre ne sont pas les seules artères de la Région bruxelloise à être passées en piétonnier. Le parvis de Saint-Gilles a subi un lifting complet et est désormais interdit aux voitures, tout comme le haut de la chaussée de Louvain à Saint-Josse – un piétonnier qui n’est encore tout à fait lisible. Le centre de la place Jourdan à Etterbeek a également été débarrassé de ses véhicules motorisés à la suite d’un grand réaménagement bouclé en 2019.

En avril dernier, nous vous avions proposé un avant-après de la place De Brouckère.

Des trottinettes en veux-tu en voilà

Lime, Hive, Wind, Dott, Tier… Bruxelles a été envahie par les trottinettes électriques au cours de ces dernières années. Une solution de mobilité qui a rapidement montré ses limites. La multiplication des acteurs a conduit certains à fuir le marché bruxellois. Et puis, c’était sans compter sur le vandalisme d’où qu’il vienne, même celui des ultras écologistes qui pointent les dégâts environnementaux en amont de ces petits engins légers. Les trottinettes ont également eu mauvaise presse : le principe du libre-service et leur abandon au milieu des trottoirs en ont agacé plus d’un. Des communes ont même été obligées d’aménager des emplacements de stationnement pour trottinettes.

L’effet de mode semble aujourd’hui passé. Les Bruxellois et les touristes ont trouvé plus confortables, plus sûrs et plus rapides : les vélos électriques en libre-service de Jump (Uber), Billy, Villo. Sans oublier les scooters électriques, autre nouveauté dans la région-capitale, exploités par Scooty, Felyx ou encore Poppy. L’offre partagée de déplacement dans la ville a également vu apparaître des opérateurs comme DriveNow et ZipCar, sur le principe des voitures classiques à louer à la demande. Mais ces deux offres se sont soldées par un échec.

Les livreurs à vélo

Deliveroo, Uber Eats, Take away… Les Bruxellois se sont habitués à ces trois enseignes au cours de ces dernières années. Le principe : des livreurs à vélo qui viennent vous apporter votre commande de sushis, pizzas, burgers… Une solution pratique qui permet aux Bruxellois de dîner sans devoir cuisiner et aux restaurants de faire découvrir leurs plats sans devoir eux-mêmes se charger de la livraison. Mais le personnel occupé par Deliveroo, Uber Eats ou encore Take away n’est pas le plus avantagé. Statut social hyper précaire, commissions réduites… Les autorités se penchent sur ce nouveau modèle dit de l’économie collaborative. Les coursiers se sont également exprimés à plusieurs reprises sur leurs conditions de travail au travers de manifestations.

Bruxelles, la capitale des burgers

Bruxelles, région des snacks durum-pitas, c’est indéniable. Mais Bruxelles est également devenue la région des restaurants à burgers. Les grandes chaînes de fast-food ont perdu pied, le client réclame du frais et de l’authentique, il ne veut plus du sandwich flasque et aseptisé. Il demande du savoureux et goûtu. Du coup, les restaurants servant des burgers 100% pur bœuf dans du pain de mie de qualité se sont multipliés, dans tous les quartiers de la région. Jusqu’à l’overdose ? Ils s’appellent "Chez Marraine", "Buns", "H & K’s", "Ellis", "Manhattn’s Burger", "Bro’s", "Cool Bun"… Même l’établissement préféré de Barack Obama, "Five Guys", a débarqué à Bruxelles (après une ouverture à Anvers). Notre site et nos programmes se sont régulièrement penchés sur le phénomène. Comme ici dans Vivre ici.

 

La fin du viaduc Reyers

Nous sommes le 29 octobre 2015 : la démolition du viaduc Reyers à Schaerbeek démarre. C’est la fin d’un ouvrage d’art qui a balafré ce quartier de Bruxelles pendant près de quarante ans. C’est un démantèlement parmi les plus emblématiques de la Région depuis la chute du viaduc Léopold II. Il faut dire que le docteur Pascal Smet, alors ministre régional des Travaux, ne pouvait plus rien pour son patient viaduc. Des fissures sont constatées quelques mois auparavant. Deux possibilités s’affrontent : lancer une énième rénovation et engloutir des millions d’argent public ou démolir le viaduc et aménager un boulevard urbain. C’est la deuxième solution qui est choisie. Hic, la rénovation du boulevard Reyers n’est pas encore terminée. Il faut dire qu’entre-temps, la Région a dû faire face à un autre problème urgent, l’état lamentable de ses tunnels.

Des attentats et des militaires dans nos rues

L’attaque du Musée juif de Bruxelles en mai 2014, les attentats de Paris le 13 novembre 2015, les attentats de Bruxelles le 22 mars 2016… La décennie a également été tragique et sanglante à Bruxelles. Le terrorisme a frappé notre capitale et l’a impliqué en ce qui concerne les attaques du Bataclan, du Stade de France et des terrasses dans la capitale française. Des réponses sécuritaires ont dû être trouvées rapidement par les autorités fédérales et régionales. Au fil des mois, les Bruxellois se sont par exemple habitués aux militaires réquisitionnés pour assurer une présence rassurante dans les rues, aux abords des lieux sensibles, dans les centres commerciaux. Méfiants et circonspects, les habitants ont appris à cohabiter avec ses hommes en arme : jusqu’à 1800 déployés partout dans le pays après les attentats du 22 mars.

Les nouveaux visages de la politique bruxelloise

Elles et ils se nomment Nawal Ben Hamou (PS), Elke Van den Brandt (Groen), Gautier Calomne (MR), Boris Dilliès (MR), Ahmed Laaouej (PS), Pierre Kompany (cdH), Emmanuel De Bock (DéFi), Mahinur Ozdemir (ex-cdH)… Il y a dix ans, ces personnalités étaient quasiment inconnues ou presque du paysage politique bruxellois. La première a été élue députée pour la première fois en 2014 et siège désormais au gouvernement bruxellois. Elke Van den Brandt est devenue députée en 2009 mais il lui aura fallu attendre 10 ans avant de devenir ministre à Bruxelles. Boris Dilliès est devenu bourgmestre d’Uccle. En dix ans, Ahmed Laaouej est passé du statut de sénateur coopté a député fédéral-chef de groupe, président de fédération et bourgmestre. Pierre Kompany, papa de Vincent, est élu pour la première fois député en 2014 et est aujourd’hui également bourgmestre de Ganshoren, devenant le premier maïeur origine d’Afrique subsaharienne de l’histoire de Belgique.

Changements notables, plusieurs communes ont été dirigées pour la première fois par des femmes : Françoise Schepmans (MR) puis Catherine Moureaux (PS) à Molenbeek, Dominique Dufourny (MR) à Ixelles, Cécile Jodogne (DéFI) comme faisant fonction à Schaerbeek avant et après son mandat de secrétaire d'Etat régionale… Rajae Maouane (Ecolo), de Molenbeek, est également l’une des révélations politiques bruxelloises de la décennie. Originaire de Molenbeek, elle occupe la fonction de co-présidente Ecolo.

Les nouvelles lignes de trams avant le nouveau métro

La STIB ne cesse de grandir et de transporter de plus en plus de voyageurs. La société a dû adapter son réseau à la demande du public. Septembre 2011 marque l’ouverture de la ligne de tram 62. Elle relie le cimetière de Jette à Eurocontrol (Haren). La ligne 62 a existé par le passé avant d’être transformée en ligne de bus, le 61. Mais la ligne 62 a fait son retour au début de la décennie pour desservir plus rapidement les habitants du Nord-Est de Bruxelles. Il est toujours question de prolonger la ligne 62 jusqu’à l’aéroport.

Mais d’autres grands changements apparaissent durant la décennie : l’arrivée de la ligne 7 (en remplacement des lignes 23 et 24), le prolongement de la ligne 94 jusqu’au Musée du tram (et la mise en service de la ligne 8), le renforcement des fréquences sur les lignes centrales 3 et 4, la mise en service de la ligne de tram 9 entre Simonis et Jette, la création d’une ligne de bus électriques (33)… Au niveau du métro, pas de grands bouleversements mais des décisions importantes qui verront le jour au cours de la prochaine décennie. Il s’agit principalement de la création d’une nouvelle ligne de métro entre la gare du Nord et Bordet à Evere, en passant par Schaerbeek.

La zone basse émission

2018 marque l’année de la fin des voitures diesel les plus polluantes dans Bruxelles. Initiée par la ministre de l’Environnement de l’époque, Céline Frémault (cdH), la LEZ (Low Emission Zone), la zone de basse émission est opérationnelle depuis le 1er janvier 2018. Après une phase de sensibilisation et d’avertissement, la phase de répression a débuté en septembre 2018. Objectif de cette LEZ, améliorer la qualité de l’air des Bruxellois.

L’année prochaine, de nouveaux véhicules polluants seront exclus de la circulation.

De nouveaux objectifs ont été fixés par la région bruxelloise avec la fin des véhicules diesel, essence et LPG en 2035. Le plan Energie-Climat bruxellois prévoit une réduction des émissions des gaz à effets de serre de 40% à l’horizon 2030 (par rapport à 2005).

Le Palais 12 et le musée Kanal

Depuis 2013, la région bruxelloise compte une nouvelle salle de concerts. Le Palais 12 peut accueillir deux plus fois de monde que Forest National, la mythique salle du sud de Bruxelles. Depuis son inauguration, le Palais 12 a accueilli plusieurs vedettes de la chanson : Johnny Hallyday en 2016, Indochine en 2018, Eros Ramazzotti en 2015, Nicky Minaj en 2015 et 2019 mais aussi Jean-Michel Jarre, Mylène Farmer, Laurent Voulzy, Stromae, IAM… S’y sont également déroulés des événements sportifs comme des rencontres de basket et de Coupe David en tennis. Le Palais 12 est devenu un opérateur événementiel unique à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il occupe un des palais du parc des Expositions. Ensuite, il est géré par une ASBL liée à une autorité publique, la Ville de Bruxelles. Ce sont les mêmes gestionnaires que pour la salle de la Madeleine et le Cirque royal.

Outre la confirmation du succès du Musée Magritte (ouvert en 2009,) la décennie a vu arriver un nouveau musée consacré à l’art moderne et contemporain, Kanal, sur le site de l’ancienne concession Citroën, quai des Péniches. Kanal a pré-ouvert en 2018 avant une transformation et une véritable inauguration annoncée en 2002.

L’adieu à l’Océade et à Bruparck

Néo, le projet encore balbutiant de réaménagement du plateau du Heysel a déjà fait deux victimes: la village Bruparck et l'Océade. Le parc aquatique Océade (Océadium) a fermé ses portes en septembre 2018 avant d’être démonté. Océade, inauguré en 1988, accueillait jusqu’à 250.000 nageurs par an.

Un nouveau shopping: Docks

Depuis 2016, Bruxelles compte un nouveau centre commercial, le Docks Bruxsel, le long du canal et du pont Van Praet. Il compte plus de 100 magasins. Ce nouveau shopping a eu du mal à trouver son public. D'ailleurs, après avoir été revendu par Equilis (Mestdagh) peu après son inauguration, le Docks s'est séparé de plusieurs enseignes jugées trop haut de gamme. En tout cas, il est le premier des trois shoppings annoncés (avec Uplace et Neo) réalisés dans cette partie de Bruxelles.