Commémorations de la Bataille des Ardennes : "Il faut que nous sachions nous opposer et nous battre pour la liberté", rappelle le roi Philippe

C’était il y a 75 ans jour pour jour. Le 16 décembre 1944, Hitler lançait une offensive dans les Ardennes. 250.000 soldats allemands prenaient la région d’assaut, mais ils feront face à des forces alliées héroïques qui contre-attaqueront.

Les alliés s’imposeront après six semaines de bataille dans la neige et le froid. Aujourd’hui, 75 ans plus tard, place aux cérémonies officielles ce lundi matin au Mardasson. Le roi et la reine seront présents, avec à leur côté Sophie Wilmès, Première Ministre, ainsi que les chefs d’État de sept pays. Parmi eux, le Président allemand. Une première depuis la fin de la guerre.

Message de réconciliation

Pour la première fois, cette cérémonie officielle comptera autant de délégations que de pays belligérants. Frank-Walter Steinmeier, président de la République fédérale d’Allemagne depuis 2017, sera au rendez-vous dans les Ardennes.

Une présence tardive, mais essentielle, assure Benoît Lutgen, bourgmestre de Bastogne : "C’est important pour Bastogne, pour la mémoire, mais aussi pour les messages que nous voulons envoyer sur le plan belge, européen, et mondial. Il s’agit d’honorer les vétérans américains, mais aussi de défendre des valeurs de démocratie, de liberté d’expression, de lutte contre toute forme d’extrémisme, de populisme, de racisme. C’est la plus belle façon de remercier les vétérans américains, puisqu’ils l’ont fait au péril de leur vie", a-t-il rappelé.

Présence américaine

La présidente de la Chambre des Représentants des États-Unis, Nancy Pelosi, est présente à Bastogne pour l’occasion. "Il ne s’agit pas seulement du passé, il s’agit aussi de nos liens pour l’avenir", avait-elle déclaré.

La cérémonie a débuté vers 10h30 avec l’arrivée des différentes délégations, suivi des vétérans accueillis dans de chaleureux applaudissements.

Nous devons nous battre pour la liberté.

Dans son discours, le roi Philippe a naturellement rendu hommage à ceux qui se sont battus pour notre liberté. "La Bataille des Ardennes a signifié presque deux mois de combats, de souffrance dans le froid et la neige. Il y a eu des actes innombrables de bravoure et d’héroïsme. La Belgique doit sa libération à ces soldats si courageux. Ce mot si célèbre que le général américain McAuliffe a prononcé en signifiant son refus catégorique continuera à résonner dans nos mémoires collectives pendant des années. Il incarne le courage et la détermination de nos libérateurs, et il fait écho à la ténacité légendaire de nos Ardennais", a-t-il déclaré.

Le souverain a également formulé le souhait de continuer à s’unir pour l’avenir, dans un contexte de montée des extrêmes partout en Europe. "Il faut parfois savoir dire non au mal extrême perpétré par une idéologie de haine. C’est ce que nous avons fait ensemble il y a 75 ans. Combien de vies n’aurions-nous pas pu sauver si les hommes et les femmes n’avaient pas été aveugles face à autant d’injustices, s’ils avaient été émus bien plus tôt face à ces profanations de haine et de racisme ? […] Nous avons fondé une nouvelle Europe, fondée sur la réconciliation et sur un désir ferme de tourner la page de cette guerre", a-t-il salué.

Le discours du roi s’est achevé par une mise en garde : "Aujourd’hui, la lutte n’est guère terminée. Par définition, les démocraties sont plus exposées et fragiles que les régimes qui restreignent la liberté. La haine et la xénophobie peuvent faire tache d’huile très rapidement. Comme nous l’avons fait en 44, face à l’ennemi, il faut que nous sachions nous lever et nous opposer. Nous devons nous battre pour la liberté. Nous devons condamner l’exclusion, tenter de réconcilier, d’unir. Faisons le vœu solennel de continuer la lutte".

Le "cadeau" de la Belgique

Présent pour la première fois depuis la fin de la guerre, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a lui aussi tenu un discours rassembleur, comme une sorte de réponse à celui du roi Philippe. "Sire, je vous remercie du fond du cœur pour cette invitation à venir célébrer cette commémoration avec vous. Je me tiens devant vous, devant toutes les femmes et tous les hommes de Belgique, humble et plein de gratitude. Je sais que cela ne va pas de soi que je prenne la parole ici, à Bastogne ; ici, en Belgique, où l’on a vécu deux offensives allemandes au cours du dernier siècle, a-t-il tenu à préciser. C’est avec tristesse que je m’incline devant les morts de toutes les nations. Ces morts étaient des victimes de la haine, de l’aveuglement et de la terreur destructrice qui trouvaient leur origine dans mon pays."

Frank-Walter Steinmeier a également manifesté sa gratitude à l’égard de la Belgique, du Luxembourg et des États-Unis, sans qui une Europe de paix n’aurait été possible. "Votre pays, sire, nous a tendu la main par-delà les tombes de deux guerres mondiales. La Belgique nous a fait ce cadeau d’être disposée à une réconciliation. Vous nous avez ouvert la voie vers une Europe en paix. Nous vous en sommes, nous, Allemands, profondément reconnaissants", a-t-il asséné.

À la suite des différents discours, les chefs d’États et haut représentants ont déposé ensemble une couronne de fleurs à la mémoire des victimes de la guerre. Ils ont observé une minute de silence.

Témoignage d’un vétéran

Parmi les vétérans mis à l’honneur ce lundi, c’est Malcolm “Buck” Marsh, 96 ans, originaire d’Alabama, qui a tenu un discours au Mardasson. Il avait 21 ans lorsqu’il s’est battu dans les Ardennes. "Je n’ai jamais rêvé de pouvoir revenir un jour en Belgique et de revoir l’endroit de cette bataille. C’est extraordinaire, et cela me réchauffe le cœur de voir comment nous sommes reçus", s’est-il ému.

Malcolm Marsh a évoqué plusieurs souvenirs de cette bataille. Il se souvient notamment de l’hospitalité des Belges. "Mon camarade et moi-même nous sommes retrouvés dans un petit village en plein blizzard. Nous nous apprêtions à affronter le gel. Et puis soudain, une dame est sortie de la maison où nous étions logés avec deux tasses de bouillon de poulet fumant. Je crois que c’était le meilleur repas que je n’aie jamais eu. De toute ma vie. Quelle gentillesse ! Comme elle était attentionnée !", se souvient-il encore.

"Aujourd’hui, en ces circonstances, ce que je voudrais que nous fassions tous, tous les jours, toutes les semaines, tous les mois… c’est de prier pour la paix dans le monde", a-t-il conclu.

Chorégraphies en draps blancs

La bataille des Ardennes a en outre été évoquée au travers d’une performance artistique mêlant chorégraphies, chant lyrique et acrobaties, le tout sous une fausse neige rappelant les rudes conditions des combats. L’espace d’un instant, les chefs d’État, représentants et vétérans ont retenu leur souffle. L’émotion était palpable.

Notons que les draps blancs portés par les figurants font référence à une véritable page de l’histoire. Les Américains étaient habillés de simples tenues kaki, rendant visible le moindre de leurs mouvements dans la neige. Pour qu'ils puissent se cammoufler plus facilement, les Ardennais leur ont apporté leurs draps de lit... que les Américains restitueront des années plus tard.

La cérémonie officielle s’est achevée par les hymnes de l’Union européenne, des États-Unis, et de la Belgique.


Retrouvez tous nos articles relatifs aux commémorations du 75e anniversaire de la bataille des Ardennes sur notre page spéciale.

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