Comines: le pari du néerlandais dans une commune "isolée" en Flandre

Tous les panneaux de signalisation sont en français et en néerlandais à Comines-Warneton
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Tous les panneaux de signalisation sont en français et en néerlandais à Comines-Warneton - © Tous droits réservés

Comines-Warneton, c'est cette commune wallonne à l'ouest du pays, complètement enclavée en Flandre et dont la frontière sud est délimitée par le territoire français. Une "petite île francophone", comme la définit son bourgmestre, car malgré cette implantation au nord du pays, on y parle majoritairement le français. Comines n’a toutefois pas toujours appartenu à la Wallonie, et compte aussi une minorité néerlandophone qui bénéficie de ce régime typiquement belge dit des "facilités". Résultat de tout cela: les francophones se tournent résolument vers le néerlandais, qui constitue un défi pour l’enseignement et une véritable clé pour l’emploi dans la région.

Une commune a priori comme les autres. Ses maisons, ses briques, ses commerces, ses parcs, ses places et autres bancs publics, ses travailleurs, ses travaux, ses… ses panneaux! Voilà certainement ce qui la différencie, à première vue, des autres communes wallonnes: à Comines-Warneton, tous les panneaux de signalisation sont écrits en français et en néerlandais.

Car un an après la fixation définitive de la frontière linguistique en 1962, Comines-Warneton est passée de la Flandre à la Wallonie, devenant une commune à "facilités linguistiques". Un régime qui doit garantir le droit de la minorité néerlandophone à être servie par l’administration communale en néerlandais. Les annonces officielles sont donc rédigées dans les deux langues, tout comme les panneaux.

Ce véritable îlot francophone en plein territoire flamand est délimité, au sud, par la frontière française (en haut à gauche sur la carte, ci-dessous) et n’a donc aucun contact territorial direct avec la Wallonie. Une situation "tout à fait normale" pour certains habitants, quand d’autres la qualifient plutôt de "bizarre", ou encore de "complètement surréaliste".

A quelques pas de la gare, dans la rue du même nom, un commerçant néerlandophone explique ainsi qu’il "ne croit pas à la fin de la Belgique". Il est résidencié à Comines et, si le régime des facilités lui laisse la possibilité de voter en Flandre pour les fédérales, il n’en fera rien: "Je suis résidencié ici, dit-il, pourquoi irais-je voter en Flandre?"

De l’autre côté du village, tout au bout de la rue, un boucher voit même en Comines "un véritable modèle à suivre". Il a de la famille en France, en Flandre et en Wallonie, et habite ici depuis toujours. Pour lui, les habitants de la commune sont "la preuve vivante qu’une cohabitation entre néerlandophones et francophones est possible, et surtout assez simple".

Il ajoute toutefois, toujours assis dans l’arrière-salle qui sépare sa boucherie de sa maison, que "des efforts sont nécessaires": "Sans le néerlandais, dit-il, c’est plutôt difficile de trouver un boulot par ici".

Le néerlandais, véritable clé pour l'emploi à Comines-Warneton

Pour beaucoup de jeunes Cominois, l’emploi est justement "un sérieux problème", dit Jean-Paul, qui travaille non loin de la boucherie mais habite Houthem, un petit village du nord de la commune, où les néerlandophones sont nettement plus nombreux qu’à Comines même.

Dans un petit espace vert, non loin du centre culturel, il explique que c’est avant tout l’accès aux études qui est difficile, "à cause de cet isolement géographique". Pour rejoindre Tournai en train, il faut compter environ une heure suite aux nombreuses correspondances, et le double pour aller à Bruxelles.

"Or forcément, continue-t-il, l’immersion linguistique présente donc une solution idéale pour beaucoup de ces jeunes", et ouvre surtout "une porte sur l’emploi, car Comines ne peut pas offrir du boulot pour tout le monde".

Ce jeune garagiste partage entièrement cette idée: il n’a pas hésité une seule seconde avant de placer ses enfants dans un programme d’immersion.

A l’Institut Notre-Dame (IND) de Comines, l’apprentissage du néerlandais de façon intensive génère l’enthousiasme de nombreux parents. L’IND est la première école de Comines à avoir lancé l’enseignement en immersion linguistique, et ce dès la maternelle.

Guy Decoster, son directeur, explique qu’il a fallu petit à petit remplacer les enseignants par des néerlandophones, et aujourd’hui la majorité d’entre eux sont Flamands.

"C'était une nécessité", dit-il en précisant qu'en début de parcours, tous les écoliers passent par le programme d'immersion.

"Dès qu'on quitte Comines-Warneton on est soit en Flandre soit en France, et les opportunités de travail sont bien souvent en Flandre ", ajoute-t-il.

C’est ce que pense une jeune maman, postée avec les autres parents qui attendent en discutant que la sonnerie retentisse dans la cour de l’école. Elle est Française, et a voulu saisir pour sa fille "une opportunité qu’elle ne regrettera pas plus tard": "Nous habitons à un endroit où deux langues différentes sont parlées, je suis certaine que le fait de les connaître lui garantira un emploi plus tard", dit-elle en regardant sa petite fille d’un air complice.

Germain Renier

@g_renier

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