Claude cultive les simples à Lillois : "Je veux utiliser les plantes pour leur goût"

En bordure de la parcelle qu’elle cultive à Lillois, Claude s’affaire à la cueillette de fleurs de camomille. "Je vais les utiliser pour tester un velouté de panais à la camomille, explique-t-elle. L’idée est de sortir des usages traditionnels : au lieu de la classique tisane à prendre après le repas, je propose de l’associer avec des légumes, des fruits, histoire d’amener un côté plus insolite". Claude Remacle est tombée dans les plantes quand elle était petite, avec une grand-mère ardennaise et des parents passionnés de nature. "Et comme je fais partie d’une génération qui n’a pas grandi avec internet, quand je m’ennuyais, j’allais dans la bibliothèque de mes parents et je prenais toujours le même livre : "Secrets et vertus des plantes médicinales". J’étais vraiment fascinée", raconte cette mère de famille de 41 ans.

Une herboriste gourmande

Comme beaucoup d’adultes au tournant de leur vie professionnelle, Claude s’est remise en question pendant le confinement l’an dernier et a rapidement compris que c’était vers les plantes qu’elle voulait se réorienter. Elle a donc suivi des cours d’herboristerie, dans le but de cultiver les simples, c'est-à-dire les plantes condimentaires et médicinales. Mais, sans doute parce que son mari est chef cuisinier, lui aussi passionné de plantes aromatiques, elle a préféré cultiver les plantes pour leurs saveurs, plutôt que pour d’éventuelles vertus thérapeutiques. "Je ne veux d’ailleurs pas rentrer dans le débat de l’herboriste face au médecin ou au pharmacien : mon objectif est vraiment d’utiliser les plantes pour le goût, la curiosité que ça peut amener, le côté insolite. Mais en faisant bien attention aux propriétés des plantes, à leurs principes actifs", se défend-elle. Pas question par exemple d’abuser de la reine-des-prés, qu’elle affectionne beaucoup, si on prend déjà de l’aspirine pour fluidifier le sang, vu que les deux contiennent le même principe actif.

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Claude expérimente toujours de nouvelles plantation, ici du "thé des bergers", bien connu des Grecs © S. Vandreck

Angélique, agastache, verveine d’Argentine…

Pour concrétiser son projet, cultiver et tester toutes ses plantes, un cultivateur bio a mis à la disposition de Claude deux petites parcelles de terre, à Lillois. Elle y passe plusieurs fois par semaine, après sa journée de travail au service d’aide aux étudiants de l’UCLouvain. Au printemps, elle y a planté toutes sortes de choses : de la réglisse, de l’angélique, de l’agastache, de la verveine d’Argentine, de l’armoise cola, de thé de l’Aubrac ou encore du thé des bergers, une plante populaire en Grèce mais méconnue chez nous. "Je n’ai pas trop raté le démarrage, se rassure-t-elle. Je m’inquiétais un peu de trouver le moment où les mettre en terre, entre le manque d’eau, le manque de soleil, le gel. Mais la nature finit toujours par reprendre ses droits. Les mauvaises herbes aussi !" Un petit mois de retard, finalement pas trop préjudiciable, étant donné que ses principaux clients, les restaurateurs, viennent seulement de reprendre leurs activités.

Cultiver ces plantes moi-même me permet d’avoir à la fois un contrôle qualité et de ne pas nuire à la nature

Claude mise avant tout, pour séduire une clientèle la plus large possible, des professionnels aux particuliers, sur le côté local et bio de ses plantes. Les orties qu’elle glisse dans sa recette de mochis japonais, où elles remplacent le thé vert matcha, n’ont par exemple pas été cueillies au bord de n’importe quel chemin. "L’ortie absorbe toute la pollution du sol. Il faut donc s’assurer qu’elle a poussé dans un endroit sain, où les animaux ne sont pas venus non plus uriner dessus, recommande-t-elle. C’est pareil pour la reine-des-prés, qui pousse dans les bois. Cultiver ces plantes moi-même me permet d’avoir à la fois un contrôle qualité et de ne pas nuire à la nature". Aujourd’hui, elle exerce cette activité à titre complémentaire mais elle espère un jour s’y consacrer à plein temps. Pour cela, elle compte multiplier les collaborations avec des restaurants, mais aussi les artisans de bouche. "J’ai un contact avec un artisan qui fait des guimauves et est très intéressé. Je vais aussi essayer de faire des macarons avec une de mes amies, qui lance sa boulangerie du côté de Chastre, et qui maîtrise la technique mieux que moi". Elle fourmille d’ailleurs d’idées, qu’elle espère aussi développer dans des ateliers culinaires.

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