Cinéma et déconfinement : quand le Drive-In du Cinquantenaire attirait plus de 15.000 cinéphiles chaque été

Les arcades du Cinquantenaire, majestueuses. Et à gauche, un écran géant de plus de 300 mètres carrés. Au pied, alignées avec ordre, des dizaines de voitures. A l’intérieur, popcorn et boissons à la main, des cinéphiles, couples, potes, familles venus voir un bon film. Pour le son, on se branche sur la bande FM. Générique !

Chaque été, entre 1988 et 2009, jusqu’à 15.000 personnes ont répondu présents à l’appel du Drive-In Movies du Cinquantenaire. Au moment où le Conseil National de sécurité s’apprête à annoncer la réouverture sous conditions des cinémas, à l’heure où plusieurs privés envisagent de relancer des drive-in afin de permettre le respect des gestes barrières et de la distance sociale, retour sur l’événement le plus abouti en Belgique au cours de ces dernières années, enterré faute de financements privés. Conséquence certainement de la crise financière de 2008.

Nous sommes en 1988. Michel Culot, de la Rétine de Plateau, une ASBL qui fait la promotion du cinéma, décide de lancer le concept dans la capitale. Son idée : sortir le septième art des salles obscures, recréer chez nous l’ambiance des drive-in à l’américaine, comme dans les années 50 et 60.

Il faut encore trouver un lieu où monter un écran, permettre le parking d’un nombre suffisant de voitures (plus de 250)… Ce sera le Cinquantenaire, sous les arcades, entre l’Autoworld et le Musée de l’Armée, qui présente un décor idéal. "L’offre culturelle n’était pas très étoffée l’été à Bruxelles. Nous sommes arrivés au bon moment, à l’époque où se créaient Kinepolis, le festival Couleur Café…", racontait Michel Culot dans La Libre du 6 août 2008.

La programmation sera mixte : des sorties récentes et des classiques du cinéma, question de contenter les plus jeunes et celles et ceux qui ont vécu l’âge d’or des drive-in. Pour le prix, on tourne autour des 500 francs (12,5 euros), par véhicule quel que soit le nombre de passagers. Les ancêtres sont conviés (prix réduits à 250 francs). Quant aux cinéphiles à pied, ils paieront leur ticket d’entrée sur l’esplanade 150 francs. Au final des ans, les animations vont se multiplier avec un salon de coiffure sixties de même que des dégustations de mets typiquement américains.

Les étés passent et le Drive-In du Cinquantenaire fait recette. Les soirs de projection, il y a même des embouteillages aux abords du parc. On se presse pour vivre dans l’intimité de l' habitacle de sa voiture une séance de cinéma à l’américaine.

Indissociable du Cinquantenaire

Le premier coup dur arrive en 2003 : le sponsor principal Douwe Egberts quitte l’aventure. Au début du nouveau siècle, dans la capitale, de plus en plus d’événements culturels et festifs s’organisent pendant les grandes vacances (Couleur Café, Bruxelles-les-Bains, American Movie Day sans compter la Foire du Midi…).

La concurrence devient rude au milieu des années 2000. Le Drive-In fait régime : il ne durera plus deux mois pour ne démarrer qu’en août. Les films à l’affiche restent toujours attractifs pour le grand public : "Brice de Nice", "Da Vinci Code", "Batman Begins", "Kill Bill"… Les grands soirs, la capacité d’accueil est même portée à 350 véhicules !

Pour Michel Culot, le Drive-In reste un incontournable de Bruxelles. "Un événement qui est indissociable du Cinquantenaire", insiste celui qui a entre-temps créé la société organisatrice VO Communication. "Je vois mal le Drive-In s’organiser ailleurs."

Ne plus proposer de Drive-In à Bruxelles serait une erreur

En 2008, l’année des 20 ans, le concept commence à s’essouffler. Les Bruxellois ont découvert le streaming, le téléchargement de films en ligne (légal et illégal)… C’est aussi l’avènement des séries. Les écrans noirs font grise mine. Il faut s’adapter.

"Le public a forcément changé. Mais ne plus proposer de Drive-In à Bruxelles serait une erreur et un manque. A nous de tenter de déterminer ce qu’il faudrait changer ou garder dans notre formule", disent les organisateurs qui transforment pourtant régulièrement la formule : transats pour les piétons, expositions, espaces VIP, animations pour les petits, jeux-concours, soirées thématiques réservées à certains véhicules ancêtres…

Au début de l’été 2010, alors que tout le monde s’attend au retour annuel du Drive-in, la nouvelle tombe : l’événement est annulé, faute de financements. "Le financement privé fait défaut cette année", souligne Michel Culot à l’époque. "Il nous manque environ 35.000 euros pour organiser le Drive-In Movies. Il y a quelques mois, nous avons dû accuser le départ de la Loterie Nationale qui finançait de manière importante l’événement. Nous avons cru pouvoir retrouver d’autres financements privés mais cela n’a pas été le cas."

L’espoir en 2011

En 2011, l’espoir renaît. Il est de courte durée. Malgré la promesse faite en 2010 de revenir, Michel Culot doit renoncer. Idem en 2012 et les années suivantes. Clap de fin ! "Nous ne recevons des subsides qu’à hauteur de 25.000/30.000 euros. Lorsque l’on sait que la production de l’événement nous coûte 250.000 euros, faites le compte : il nous manque 220.000 euros", déplore Michel Culot dans La Capitale, le 3 avril 2012.

Il faut dire également que sa société, VO Communication, a grandi. Dites désormais VO-Group, spécialisée dans l’organisation d’événements (Foire du Livre de Bruxelles, Patinoire de la Grand’Place, Bicentenaire de la Bataille de Waterloo, Drohme ou la réhabilitation du site de l’Hippodrome de Boitsfort depuis peu…). Un portefeuille trop large qui a peut-être fait des victimes.

2020, l'année du retour des drive-in

En tout cas, si 2020 est l’année du coronavirus, sera-t-elle celle du retour des drive-in ? En France et en Allemagne, les cinémas en plein air ont fait leur retour avec le déconfinement, comme à Bordeaux depuis la mi-mai.

Chez nous, il y aura le Kinepolis on Tour, En Voiture Simone à La Louvière ainsi que sur le site de la Mediacité à Liège. Dans la capitale, "Bruxelles fait son cinéma" fera normalement son retour dès le 9 juin, à Molenbeek avant de se rendre dans d'autres communes de la région. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK