Charleroi: un bac à boue pour les hirondelles sur le toit de Mediasambre

On le sait peu, mais les immeubles à appartements disposant de balcons, au bout du boulevard Tirou, côté Finances, abritent une importante colonie d’hirondelles « de fenêtres » qui y reviennent d’année en année. Il y a quelque temps, d’ailleurs, de faux nids en ciment ont été proposés aux habitants qui souhaitent favoriser l’installation de ces oiseaux au-dessus de leurs fenêtres. Une pareille opération a eu lieu également à Nivelles en 2010. Et à Beauvechain, il en existe depuis 2001. Une solution qui est cependant un pis-aller lorsqu’il s’agit de veiller sur l’hirondelle, une espèce protégée. Car lorsqu’elles quittent la Belgique pour aller passer l’hiver bien au chaud en Afrique du Sud, leurs habitats artificiels sont « squattés » par d’autres espèces. Des espèces qui « polluent » l’espace le rendant insalubre et même nocif pour les hirondelles et surtout leurs nichées, au printemps suivant. Or en 40 ans, la Wallonie a vu disparaître 80% de la population d’hirondelles.

Offrir le gîte,…

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Charleroi : un bac à boue pour les hirondelles sur le toit de Mediasambre © Tous droits réservés
Charleroi : un bac à boue pour les hirondelles sur le toit de Mediasambre © Tous droits réservés
Charleroi : un bac à boue pour les hirondelles sur le toit de Mediasambre © Tous droits réservés

L’idéal, en fait, c’est de procurer aux oiseaux la matière première afin qu’ils puissent eux-mêmes bâtir leur nid. Situé juste à côté des immeubles où vivent les hirondelles carolorégiennes, le flambant neuf bâtiment de la RTBF et de Télésambre a été repéré par les ASBL Charleroi-Nature et Les Bocages. Et c’est là, en ce début avril, que ces deux acteurs environnementaux sont venus installer un bac à boue. Claudy Noiret, chargé de projet pour l’ASBL Les Bocages et infatigable cheville ouvrière de l’opération Cap Hirondelles, en est l'« inventeur » et en explique le fonctionnement : « c’est un truc à moi, peut-être, mais c’est juste de l’observation, en fait. Cela fait 40 ans que j’observe les hirondelles et les voir aller et revenir des centaines de fois vers une flaque d’eau m’a donné cette idée. En fait, il s’agit juste de reconstituer une flaque d’eau. Ce sont 8 chevrons de bois vissés ensemble. Par-dessus on étend une bâche d’EPDM, comme pour faire une mare dans un jardin. On tapisse alors le fond d’un mélange d’argile et de calcaire et on recouvre très légèrement d’eau. C’est tout ce dont les hirondelles ont besoin pour fabriquer leur nid. Elles agissent comme des maçons, en fait. Il faut savoir que le nid est constitué de 2000 à 2600 petites boulettes de ce mélange humide, de ce ciment. Et quand on imagine le nombre incroyable d’allers-retours qu’il faut à ces oiseaux pour le fabriquer, mettre à disposition cette matière première à proximité de là où ils construisent, c’est favoriser leur préservation ».

…le couvert et la bienveillance.

« Cette colonie qui existe encore, mais difficilement, sur le Boulevard Tirou, l’objectif c’est de la maintenir mais en même temps de l’augmenter », insiste Claudy Noiret. Mais si une aide est apportée pour le gîte avec les bacs à boue, l’hirondelle ne s’installera pas si elle ne trouve pas le couvert. « L’oiseau ne restera que là où il trouve une masse d’insecte. Lorsque l’hirondelle revient, lorsqu’elle nourrit ses jeunes, elle doit trouver 7000 insectes par jour. Je crois que sur les terrils aux alentours du boulevard, on a un endroit environnemental qui offre cette énorme quantité. Et donc on va lui donner toute cette facilité, toute cette impulsion, cet encouragement à rester sur le Boulevard Tirou ».

Reste alors la bienveillance à l’égard de ces fragiles volatiles. L’ASBL Charleroi Nature a constaté la présence de la colonie en 2011. « Depuis, on a procédé à certains aménagements et on a fait de la sensibilisation auprès du public », explique Benjamin Losseau, chargé de projet au sein de l’ASBL. « Maintenant, Charleroi est une ville en pleine reconstruction. Notre travail va aussi être d’aller à la rencontre des architectes et des entrepreneurs et de leur expliquer qu’au moment de construire, ils peuvent intégrer dans le bâti des dispositifs qui facilitent l’installation des hirondelles. Il faut les amener à penser à ces aménagements au moment de concevoir les bâtiments ».

On ne compte plus qu’une vingtaine de milliers de couples d’hirondelles des fenêtres. Si vous souhaitez, vous aussi, favoriser leur préservation vous trouverez des idées et des plans d’aménagements sur le site de Cap Hirondelles. Et pour tout savoir sur les hirondelles qu’elles soient de fenêtres, de rivages ou rustiques, c’est ici.

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