Charleroi : la lutte interminable contre les pigeons

10.000 pigeons à Charleroi et 500 plaintes de citoyens chaque année.
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10.000 pigeons à Charleroi et 500 plaintes de citoyens chaque année. - © Tous droits réservés

"On peut les appeler les rats des airs, c'est pareil!" Le ton est donné. Et pourtant chaque matin au levé du soleil, Alain Fromont, ouvrier communal engagé auprès des services propreté de Charleroi, a des gestes de tendresse envers les pigeons de sa ville. Ce jour-là, il est 6h10. Alain débarque en camionnette dans une ruelle qui donne sur une cour devant l'abri de nuit pour SDF rue Dourlez. Il lance quelques sifflements aux pigeons qui le surveillent depuis les toits. De sa camionnette, il sort, un saut en plastique rempli de graines qu'il répand sur le sol. "Il faut se retirer maintenant... et patienter. C'est l'appâtage. On les habitue à nous, à notre présence, à la camionnette. Il faut savoir qu'un pigeon, où ce qui nait, il reste où ce qui naît (NDLR: expression fleurie pour décrire la sédentarité, l'attachement à un petit territoire)."

Le piège se tend

En venant plusieurs fois leur donner à manger, Alain gagne la confiance des pigeons. Progressivement, ils sont de plus en plus nombreux à venir picorer les graines au sol. ET puis, un jour Alain revient avec son canon à filet. Un nouvel investissement de la ville capable d’attraper 50 ou 60 pigeons en une prise. "Ce jour-là on doit être plusieurs pour fixer le filet au sol et enfermer les volatiles dans la camionnette. Ensuite vient la partie la plus difficile du métier. On a un caisson à gaz pour les euthanasier." Alain semble un moment troublé. "Ce sont des animaux quand même... mais y'a pas d'avance, avec tout ce qu'on a déjà attrapé, il faudrait une fameuse volière."

Combien justement? Depuis début avril, Alain et son collègue ont déjà éliminé un millier de pigeon dans le grand Charleroi."Il n'y a pas que le canon à filet. On met des cages, des pièges chez les gens qui nous appellent.On a 500 plaintes chaque année. et nous sommes deux pour y répondre. C'est suffisant."

Protection des animaux

La chasse aux pigeons rencontre aussi une certaine résistance. "On n'est parfois interpellés dans la rue. Surtout quand je sors le canon à filet. Et ça part vite en sucette, surtout à la ville basse. Mais sans nous, ce n'est pas 10.000 pigeons qu'il y aurait à Charleroi mais 100.000 et ils sont presque tous malades. Ils ont des virus, des puces, des métaux lourds aussi dans le corps : du plomb, du zinc,..."

Alain rappelle aussi que si l'on veut moins de pigeons, "il faut arrêter de les nourrir. Dans le quartier de la Broucheterre, on retrouve parois des kilos de pain. Et là-bas, les pigeons sont incalculables. Et puis il faudrait aussi fermer les bâtiments. C'est simple : où ce que vous voyez des pigeons, il y a toujours des fenêtres ouvertes dans les bâtiments abandonnés, il suffit de lever les yeux." Un combat ingrat et interminable mais fait avec une certaine bonhomie dans les rues du pays noir.

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