Charleroi: accusations de corruption à l'ISPPC, "c'est la mafia ici"

C'est un mail anonyme reçu lundi soir par les administrateurs en plein conseil d'administration de l'ISPPC qui vient s'ajouter aux informations déjà rassemblées par la RTBF. Un mail qui accuse l'Intercommunale de Santé publique du Pays de Charleroi de corruption pour différents marchés publics et d'abus et de détournement de biens publics. Des accusations graves qui nous sont confirmées à plusieurs sources.

Des membres du conseil d'administration et des membres des syndicats nous décrivent une intercommunale qui a sombré dans les vieux démons carolos.

Des auditions à l'Office central de répression de la corruption ont déjà été menées à Bruxelles. Visiblement, la justice commence à s’intéresser à l'ISPPC sans encore engager d'instruction judiciaire.

Les accusations

Quelles sont les accusations formulées à l'encontre de l'ISPPC ? Il y aurait tout d'abord de la corruption pour remporter des marchés publics. Il y a cet homme, un cuisinier, qui aurait déposé des enveloppes pleines d'argent dans le bureau du chef de service pour obtenir un des marchés liés aux repas. Il y a ces responsables de service et directeurs généraux qui se feraient offrir par les entreprises des vacances en Espagne et en Italie avec des repas offerts à la clé. C’est là-bas, en voyage, qu’ils auraient signé les contrats.

Il y aurait aussi des sommes qui disparaissent. Dans le secteur médical, les hôpitaux doivent faire appel à des huissiers pour recouvrer les impayés. Et l'ISPPC rassemble 78 sites de soins et d'aide à la personne (hôpitaux, crèches, associations d'aide à la jeunesse...). Ce qui représente de grosses sommes d'argent à récupérer. Là, il n'y aurait carrément eu aucun marché public pour choisir l'huissier. Et plusieurs millions d'euros récupérés par cet huissier auprès des patients se seraient tout simplement volatilisés, évaporés quelque part au sein de l'ISPPC.

Parlons encore de ces travaux réalisés dans des maisons de plusieurs membres de l'ISPPC. Ce sont des ouvriers de l'intercommunale qui les auraient effectués ou dans un cas au moins, une entreprise qui désirait remporter en échange un marché public.

En 2014, à l'inauguration de l'hôpital Marie Curie (qui fait partie de l'ISPPC), les visiteurs ont pu découvrir des œuvres d'art de Charles Szymkowicz. Là aussi, aucun marché public. L’artiste aurait donc reçu la valeur qu’il en souhaitait.

Détournements de biens publics

Au centre de la lettre anonyme, on retrouve Philippe Lejeune, le directeur général des hôpitaux de l'ISPPC. Il est aussi bourgmestre PS à Merbes-Le-Château. Nos informateurs nous expliquent que Philippe Lejeune aurait à plusieurs reprises fait réaliser les repas de son bal du bourgmestre dans les cuisines d'un des hôpitaux. Ces repas ont été confectionnés par le personnel de l'ISPPC et conduits à Merbes dans des camions de l'intercommunale.

Nous pouvons encore évoquer le cas de ces agents de sécurité qui devaient assurer la surveillance d’événements se déroulant à l'extérieur de l'ISPPC, de nominations partisanes aussi, où seuls les amis sont assurés d'avoir leur promotion. Deux personnes que nous avons rencontrées ont eu le même mot à la bouche : "C'est la mafia ici."

Réaction des administrateurs lundi soir : le mail anonyme sera déposé au parquet, une plainte contre X sera aussi formulée et une enquête interne est lancée. Si les accusations se confirment, les responsabilités vont être longues à établir.

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